lundi 14 mai 2018

Tao de la survie

La guerre est le père* de toute chose et le roi de toute chose,
de quelques-uns elle fait des dieux,
de quelques-uns des hommes,
des uns des esclaves,
des autres des hommes libres.
– Héraclite
(*Note : guerre, « polemos », est masculin en grec).

Vu les temps difficiles qui s’annoncent (parfois on espère se tromper, si si),
je republie quelques extraits d’un roman de Pierre Bordage intitulé Wang,
ceci afin que chacun puisse se préparer au mieux à ce qui risque bien de devenir,
demain, un art, celui du guerrier ; art consistant à survivre.

J’ai abordé à plusieurs reprises le sujet de l’âme du guerrier,
guerrier au sens noble du terme, nommé aussi « guerrier pacifique »
ou « guerrier de l’esprit » ou « guerrier de lumière » ou « guerrier de l’ombre ».

Dans ce roman SF des années 1990, Wang est le nom du héros.
Ce dernier est né en dehors d’un mur entourant l’Europe (visionnaire !)
Il a été éduqué par sa grand-mère, une femme démunie
mais dotée d’un esprit guerrier noble et implacable.
Tous deux vivent dans un environnement des plus sinistres,
ravagés et violents, où l’unique option se résume à survivre…


Extraits du Tao de la survie (enseigné par la grand-mère) :
Tous les coups sont permis, y compris les coups bas – surtout les coups bas.
Le Tao de la survie ne s’adresse pas aux cœurs épris de noblesse et d’éthique.
Que ceux-là se tournent vers les religions traditionnelles,
se soumettent à un quelconque maître
ou franchissent la porte qui mène dans les mondes de l’au-delà…
 
Choisis de t’engager sur les chemins aventureux
plutôt que de suivre le troupeau dans la plaine.
Je ne parle pas seulement des sentiers qui bordent les précipices
ou des routes qui traversent la zone sinistrée,
mais également des voies de la destinée.
Elles t’entraîneront dans les recoins les plus noirs de ton âme,
là où tu rencontreras tes pires adversaires,
là où tu puiseras la force de survivre dans ta haine et ton dégoût de toi-même.
 
Savoir perdre pour mieux gagner
ou donner pour mieux recevoir
ou s’abandonner pour mieux agir
est la marque des grands stratèges du Tao de la survie.
 
Parfois le vent attise le feu,
parfois le feu s’éteint dans l’eau,
parfois l’eau s’efface dans le vent.
Parfois le vent éteint le feu,
parfois le feu évapore l’eau,
parfois l’eau terrasse le vent.
(…)
Tu crois ton adversaire supérieur à toi parce qu’il possède une cuirasse épaisse
et des armes étincelantes, mais qu’est-ce (…), à côté d’un mental fort,
d’une volonté inébranlable ?
 
(…) ton adversaire (…) ne pourra pas t’arrêter si la survie est ton guide,
si tu t’abreuves à la source inépuisable de l’énergie.
Que sont l’apparence, l’illusion, en regard de la puissance de l’esprit ?
 
L’adepte du Tao de la survie préfère les dangers du combat
à la tranquillité de l’inaction.
Car l’inaction engendre une perte d’attention
et conduit plus sûrement sur le chemin de l’anéantissement
que l’affrontement mortel avec un adversaire.
 
Béni soit l’être qui te convie à croiser le fer,
car il est le reflet de ta propre détermination
et il t’offre la possibilité de franchir une nouvelle étape sur le chemin de l’évolution…
 
La guerre se gagne dans la tête.
Vigilance, détermination, sang-froid, voilà les clefs.
La vigilance te permet de devancer l’intention de l’adversaire,
la détermination te donne la force nécessaire au moment de l’affrontement,
le sang-froid guide tes gestes lorsqu’il s’agit de frapper.
 
La colère, la peur, l’arrogance, la haine, voilà tes véritables ennemis.
La colère t’aveugle,
la peur absorbe une grande partie de ton énergie,
l’arrogance te pousse à commettre des imprudences
et la haine t’entraîne dans la sarabande infinie de l’action/réaction.
(…)
N’aie aucun jugement sur tes actes,
car le bien et le mal sont absents des champs de bataille.
 
Le risque est parfois la meilleure manière de préserver ses chances de survie.
N’hésite donc pas à te remettre dans les mains des ancêtres
qui te guident sur le chemin de la destinée.
 
N’aie aucun scrupule à éliminer les hommes qui se dressent devant toi,
qu’ils soient tes pires ennemis ou tes meilleurs amis.
 
N’oublie pas que tous les coups sont permis, surtout les coups bas.
Laisse la grandeur d’âme aux imbéciles et surmonte sans faiblesse
l’épreuve qui te fera grandir.
 
Apprends donc à ne pas agir.
La volonté est souvent le pire de tes ennemis,
comme ces fers rigides qui se retournent contre leur détenteur.
 
Le cœur et l’esprit vides, tu deviens le guerrier unique, magnifique,
sans peur ni colère. Car, comme de dit Lao Tseu,
les vases sont faits d’argile mais c’est grâce à leur vide que l’on peut s’en servir.
 
De même abstiens-toi de parler : parler beaucoup épuise sans cesse. 
La perfection pour celui qui commande, c’est d’être pacifique ;
pour celui qui combat, c’est d’être sans colère ;
pour celui qui veut vaincre, c’est de ne pas lutter.
(…)
Le Tao qui t’enseigne la survie te recommande
d’être sans colère avec ceux qui te sont supérieurs,
de lutter avec ceux qui te sont inférieurs,
d’être pacifique avec ceux que tu auras au préalable tués.
 
Lorsque tu seras tiré d’affaire,
alors tu pourras chercher le chemin de la vertu
et trouver l’asile mystérieux qui abrite les dix mille êtres.
 
Es-tu prêt à tout pour survivre (…) ?
Es-tu prêt à tuer un être cher si les circonstances l’exigent ?
Es-tu prêt à renier ta propre nature, tes propres pensées ?
Es-tu prêt à accepter l’inacceptable, à tolérer l’intolérable ?
Es-tu prêt à jeter aux orties tes certitudes, tes principes ?
Si la réponse est non, tu erreras bientôt avec les âmes des êtres ordinaires.
Car tous connaissent le bien comme étant le bien : voici le mal ;
tous connaissent le beau comme étant le beau : voici le laid.
 
(…) le bien et le mal s’accomplissent l’un par l’autre,
le long et le court se délimitent,
l’avant et l’après s’enchaînent…
 
Le non-agir n’est pas l’inertie, l’abattement ou la paresse,
le non-agir est le Vide parfait, c’est œuvrer dans l’inaction.
 
Considère que le repos est le maître du mouvement,
que l’Être naît dans le non-Être,
et n’entreprends rien de grand,
accomplis de grandes choses avec ce qui est ténu.
 
Ne défie jamais tes adversaires avec orgueil et fracas,
surtout s’ils sont plus forts et nombreux que toi,
entre par la porte dérobée et agis dans l’ombre, dans le silence.
 
N’oublie jamais qu’un arbre énorme est né d’une racine aussi fine qu’un cheveu. 
Celui qui reste attentif aux changements incessants et subtils de l’univers,
celui-là peut entrer dans la bataille sans cuirasse et sans armes,
car rien en lui n’est vulnérable à la lame ou à la balle.
 
Être attentif à toute manifestation de la vie,
c’est ne plus appartenir à la terre de la mort.
 
Ne crois jamais ta dernière heure venue :
dans les situations les plus désespérées, une porte s’ouvre sur l’espoir, sur l’infini.
 
Choisis bien tes partenaires.
Être entouré d’amis ne t’empêche pas d’être seul.
C’est alors qu’il te faut renforcer ta vigilance.
Ils ne s’allient pas à toi pour t’aider
mais pour atteindre leur propre but à travers toi.
Cherche donc à poursuivre ton but à travers eux.
Garde à l’esprit que vous êtes seulement liés par intérêt.
 
(…) un être accompli (…) ne s’installe ni dans les habitudes ni dans les certitudes,
se nourrit de chaque seconde qui passe
et résonne comme une note juste dans la symphonie de l’univers.
 
« Il ne faut pas désirer être surestimé comme le jade
ni foulé aux pieds comme un caillou », dit Lao Tseu.
Ne cherche donc pas les compliments ni le mépris sur le chemin de la survie.
 
Méfie-toi de ceux qui te flattent ou te dédaignent : ceux-là cherchent à se nourrir de toi. 
(…) ne jamais céder à la panique, respirer avec lenteur,
continuer à chercher l’ordre caché de l’univers
au cœur des tourmentes les plus noires.
 
Tôt ou tard, les événements te commanderont de pactiser avec l’ennemi.
T’es-tu bien demandé, avant de te rendre dans la demeure de l’homme
qui te poursuit de sa haine, si tu as bien nettoyé ton esprit et ton cœur
de tous tes ressentiments ?
 
Sais-tu que le véritable ennemi se terre au fond de toi-même,
monstre féroce qui se nourrit de tes jugements, de tes insuffisances, de tes misères ?
 
Sais-tu qu’accuser l’autre de tes malheurs ne réussit qu’à dénoncer ta pauvreté morale ?
Le non-agir, le calme pur, voilà la solution.
L’esprit en repos ne connaît pas d’ennemi,
ni à l’intérieur ni à l’extérieur de lui-même.
 
Tu peux combattre un ennemi supérieur en nombre.
Sache cependant que seule ta faiblesse
t’as conduit dans une situation aussi peu favorable.
Le danger, ce n’est pas ces adversaires qui t’entourent,
ce sont les failles qui t’ont poussé à les rencontrer.
Mais tu attendras, pour tirer des leçons de cela, d’avoir livré ton combat.
Car considère maintenant les faiblesses de tes adversaires,
plus flagrantes encore que les tiennes : s’ils se sentent obligés
d’être trois ou quatre fois plus nombreux que toi pour te vaincre,
quelle doit être leur médiocrité !
Le moment est venu de pratiquer le non-agir.
Un tranchant trop aiguisé ne peut rester longtemps affilé.
Laisse-les te dévoiler les failles dans lesquelles ils t’inviteront à t’engouffrer.
 
(…) cela doit être accompli. L’heure est à l’acte, et non au jugement de l’acte.
C’est pourquoi l’homme sage, oubliant sa personne, la conserve.
Parce qu’il ne poursuit pas des buts égoïstes,
il réalise à la perfection ce qu’il entreprend.
 
(…) si le ciel et la terre durent toujours,
c’est parce qu’ils ne vivent pas pour eux-mêmes.

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3 commentaires:

  1. Eric,
    Faut que je lise le tome 2. Ça m'avait bien plu. C'est bien cette compil. Merci.
    Thierry

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    1. Lol, et tu te souviens encore du tome1 ?
      Salut Thierry

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    2. Eric,
      Euh, en partie, la trame globale mais certaines pensées restent en tête.
      Thierry

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