vendredi 29 juin 2018

Quid sur le pardon ?

Pardonner, excuser, est-ce sensé ?

Quand nous excusons les mauvais comportements de quelqu’un,
pour quelles raisons et à quelle fin le faisons-nous ?

Il est question dans ce propos de comportements
ayant un fort impact et des conséquences malsaines.

Est-ce que cela aide, se révèle constructif à long terme, d’excuser, de pardonner ?
Est-ce que cela permet à tous les concernés d’évoluer sainement ?

Est-ce que ça permet d’aller mieux et de rendre le monde meilleur ?
Par exemple : une personne à qui l’on a saccagé l’enfance,
maltraitance ou autres, ferait-elle bien de pardonner ? 
Cette personne, sûrement traumatisée, peut, tout au plus,
s’efforcer de comprendre ce qu’il s’est passé,
ainsi que les motifs des malveillants.
Mais comprendre n’est pas pardonner. 
Comprendre, dans cet exemple, permet de se sentir mieux avec le dommage subi,
voire même d’y puiser de la force (ce qui devient de la résilience).
Le pardon doit avoir du sens,
sinon il n’est qu’un coup de vent, du blabla,
de la politesse, un soi-disant devoir moral, une civilité ;
et alors, en ce cas,
le pardon n’a aucun pouvoir de guérison ni de réconciliation ni autre.

Excuser, pardonner, peut donc se révéler insensé et même contreproductif.


Savoir quand pardonner ou non, une affaire de discernement

Le pardon ne peut avoir du sens, et des effets,
qu’à la condition que l’agresseur ait pris conscience de son acte,
de la souffrance et des dégâts occasionnés.

C’est au "fauteur de troubles" de se pardonner à lui-même.
Et c’est à lui de demander pardon au lésé.
Le lésé, ensuite, lui accorde son pardon ou non.
Je veux dire qu’on ne peut excuser l’autre
que lorsque ce dernier le demande sincèrement,
en ayant déjà entrepris, concrètement (et non uniquement verbalement),
des démarches pour "rectifier le tir" et changer soit,
pour s’améliorer afin de ne plus reproduire le comportement inapproprié.

Il est vain de pardonner s’il n’y a pas un changement déjà amorcé, en cours.

Il est impossible de pardonner si la situation malsaine perdure.

Et il y a des événements, dégâts et blessures, irréversibles.


Le mécanisme vicieux d’un pardon insensé

Il s’agit d’être conscient qu’en excusant l’autre-qui-ne-change-pas,
on admet implicitement qu’il n’a pas besoin de se faire aider
ni de faire des efforts pour régler sa difficulté, sa déviance.
De la sorte, on le conforte dans ses attitude et comportements,
ainsi que dans sa relation avec lui-même et avec l’entourage.
C’est comme si on minimisait son problème,
ainsi que la dynamique sociale que son attitude génère.

Le risque, en excusant ou justifiant le comportement de l’autre
(il faut le comprendre… et il lui est arrivé ceci, le pauvre…),
ne consiste ni plus ni moins qu’à le déresponsabiliser
et à minimiser son impact néfaste sur la communauté comme sur la(es) personne lésée.

Il n’est pas forcément question (à chacun de voir) de lui en vouloir, au "fauteur",
ni de garder rancune ni de chercher à se venger,
ni à lui faire payer ou entendre raison, ni autre,
mais de lui signifier un désaccord, en lui retournant son ignominie,
et en maintenant une position ferme : « non, je n’accepte pas cela ».

Il n’est pas donc question de blâmer ni de punir,
mais il n’est pas non plus question d’excuser pour excuser,
par sentimentalité, pitié, sensiblerie,
par croyance que Dieu souhaiterait que…,
ou parce que « tout le monde dit qu’il faut pardonner ».

Pardonner dans le vide ne fait pas avancer le schmilblick.


Éviter la répétition et la part de responsabilité qui n’est point nôtre

D’excuser, à partir d’un juré-promis « ça ne recommencera pas »,
donne rarement des résultats probants et satisfaisants ;
au contraire, ce rapport laisse des sillons propices à la répétition,
et à une continuation de ce qui est insatisfaisant dans la relation.

Penser aux conséquences, en avoir conscience, car :
en excusant un mauvais comportement, on en prend une part de responsabilité,
du problème de l’excusé !
En effet, excuser autrui, lui pardonner,
c’est prendre sur soi une part de la responsabilité de l’évolution des choses :
si l’autre dérape à nouveau, la responsabilité sera alors partagée, commune.

Un sans-âme, ou un prédateur ou un salopard, tant qu’il trouvera bénéfice à nuire,
n’a aucune raison de cesser de le faire puisqu’il y puise ses forces et plaisirs ;
et ce, qu’autrui l’excuse ou non.


Avons-nous le pouvoir de pardonner ?

Le pardon est une affaire personnelle,
se déroulant entre soi et sa conscience.

Que le lésé se pardonne à lui-même (les victimes culpabilisent, souvent) ;
et que l’agresseur se démerde. C’est son problème, son affaire, son enfer.
C’est à lui de se prendre en charge et de cesser de dysfonctionner.

En poussant et approfondissant ce raisonnement, je me demande :
avons-nous vraiment le pouvoir de pardonner quelqu’un pour ses actes ?

Ne serait-ce pas une forme de prétention que de croire cela ?

Certains disent que seul Dieu peut pardonner.


En résumé

Nous n’avons ni à excuser ni à condamner le comportement d’autrui,
mais à s’en prévenir et à s’en protéger lorsque cela nous nuit.
Défendre son espace vital, son sentiment et ses idées.

Réagir c’est « prendre soin de soi »,
en veillant à son potentiel énergétique
et à sa santé tant physique que psychique.

Quant aux événements graves,
comme dans l’exemple d’une enfance saccagée,
c’est impardonnable puisque, une fois adulte,
le blessé devra composer avec le dommage durant le reste de son existence
(d’où l’importance de comprendre ce qu’il s’est passé).

Il y a des actes sans conséquence grave, que l’on peut pardonner,
et il y a des agissements irrémissibles.

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jeudi 28 juin 2018

En chacun, "ça" aime ou non (G XXVIII)

Rappel :
l'humain se construit une personnalité reposant, inconsciemment, sur plusieurs « moi » ;
et l’humain est constitué, également, d’une essence – d'un être, d'une âme.

D’incarner un répertoire de « moi », somme toute limité d'après G. I. Gurdjieff,
rend difficile l’identification de la nature d’un individu, c’est-à-dire qui il est vraiment.
Pour Gurdjieff, la nature d’une personne se détermine d’après son « type d’être ».




Un participant demande « combien de types fondamentaux en tout »,
c’est-à-dire combien de types d’humains existe-t-il ?
G. I. Gurdjieff de répondre :
Quelques-uns disent douze.
Selon la légende, les douze apôtres représentent les douze types.
Mais d’autres disent davantage.
(…)
Mais dans les conditions actuelles de votre vie, vous devez comprendre
que vous ne pouvez pas rencontrer plus de six ou sept types d’hommes (…)
 
(…) la difficulté est que les types et leurs différences
ne peuvent pas être définis dans le langage ordinaire, (…)
 
Vous ne comprenez pas encore,
et il se passera du temps avant que vous ne me compreniez.
Pensez à la différence entre savoir et être.
Pour comprendre certaines choses, un changement d’être est nécessaire.

Concernant la difficulté de se dire, de se raconter (auprès de personnes de confiance),
G. I. Gurdjieff expliquait :
La personnalité se cache derrière l’essence,
et l’essence se cache derrière la personnalité ;
ainsi, elles se masquent l’une l’autre.
 
- Comment peut-on séparer l’essence de la personnalité ? (demande un participant) 
- Comment sépareriez-vous ce qui est à vous de ce qui n’est pas à vous ?
Il faut y penser, il faut se demander d’où est venue telle ou telle de vos caractéristiques.
Et surtout, n’oubliez jamais que la plupart des gens, spécialement dans votre milieu,
ne possèdent presque rien en propre. Rien de ce qu’ils ont ne leur appartient ;
le plus souvent, ils l’ont volé. Ce qu’ils appellent leurs idées, leurs convictions,
leurs théories, leurs conceptions, tout a été pillé à des sources variées.
C’est cet ensemble qui constitue leur personnalité.
Et c’est cela qui doit être dépouillé, mis au rancart.
 
- Mais vous disiez vous-même que le travail commence par la personnalité. 
- Rien de plus vrai. (…)
Un homme, surtout s’il appartient à la classe "intellectuelle",
est presque exclusivement constitué de personnalité.
Dans la plupart des cas,
son essence a subi un arrêt de croissance dès l’âge le plus tendre.
Je connais des pères de famille respectés, des professeurs pleins d’idées,
des écrivains connus, des hommes d’État, chez qui
le développement de l’essence a été stoppé vers l’âge de douze ans.
Et ce n’est pas si mal.
Il arrive parfois que l’essence cesse définitivement de croître à cinq ou six ans.
Dès lors, tout ce qu’un homme pourra acquérir par la suite ne sera pas à lui :
ce ne sera qu’un répertoire de choses mortes, prises dans des livres ;
ce ne sera qu’une contrefaçon.

NB : l’homme en question, ne développant plus son essence,
ne devient, au fil du temps, qu’un « faux-moi », une « fausse personnalité ».
Il se contente de s’identifier, d’imiter et de se comparer à ses modèles et aux autres,
c’est-à-dire « qu’il n’a rien » de propre à lui-même (lié directement à son essence).
En fait, si je comprends le propos de Gurdjieff,
c’est l’essence qui permet le développement d’une véritable personnalité, d’un « Moi »,
d’où la nécessité de veiller à son épanouissement, en plus de développer une personnalité.
Notons que C. G. Jung a témoigné, en fin de carrière, qu’il avait deux personnalités :
l’une publique, rationnelle, soucieuse d’une démarche scientifique (en psychologie),
alors que l’autre personnalité était inspirée, créative, fantaisiste et irrationnelle.
Il explique que sa « personnalité2 », l’inspirée, lui insufflait sa voie,
et aussi des intuitions, ainsi que sa clairvoyance notamment en matière de psyché.
C. G. Jung parvenait ainsi à cultiver sa personnalité publique (il était père, docteur,
professeur et psychothérapeute) tout en restant à l’écoute de sa « personnalité2 ».
À la lumière du propos de Gurdjieff,
on peut penser que Jung est parvenu à développer son « essence ».

Poursuivons avec l’enseignement.
Ses élèves exposent leurs difficultés à parler d’eux-mêmes, de leur histoire.
G. I. Gurdjieff leur explique :
Vous ne comprenez pas ce que cela signifie : être sincère.
Vous êtes tellement habitués à mentir, aussi bien à vous-mêmes qu’aux autres,
que vous ne trouvez ni mots, ni pensées, lorsque vous voulez dire la vérité.
Dire toute la vérité sur soi-même est très difficile.
Avant de la dire, il faut la connaître.
Or vous ne savez même pas en quoi elle consiste.

Pour terminer sur ce sujet, et si j’ai bien compris,
G. I. Gurdjieff incitait à découvrir « son trait principal ou défaut principal »,
afin de parvenir à définir de quel type d’humain on est.
Il précise que « connaître son type se réfère à l’essence ».
G. I. Gurdjieff définissait une personne « vivant dans son essence »
par le « Moi ou Je » (avec majuscule), parfois il précisait « Moi objectif ».
À partir de l’identification du « trait principal », on découvre son type d’essence ;
puis, on commence à comprendre et à reconnaître les divers autres types d’humains…

Pour parvenir à distinguer la personnalité de l’essence (ou de l’être),
G. I. Gurdjieff a expliqué :
(…) les gens vivent dans leur personnalité qui a ses intérêts propres, ses goûts propres.
Ceux-ci n’ont rien de commun avec les intérêts et les goûts de l’essence.
La personnalité, dans un tel cas, est le résultat du mauvais travail des centres.
Pour cette raison, elle peut ne pas aimer ce que l’essence aime
– et aimer précisément ce que l’essence n’aime pas.

Commentaire : en saisissant la dynamique, on comprend la scission de l’être,
pourquoi on se sent déchiré, double, ambivalent, en conflit (à l’intérieur de soi-même), etc.

G.I. Gurdjieff poursuit (sur le même sujet) :
C’est ici que le conflit entre l’essence et la personnalité commence.
L’essence sait ce qu’elle veut, mais ne peut l’expliquer.
La personnalité ne veut même pas l’entendre et ne tient aucun compte de ses désirs.
Elle a ses désirs propres. Et elle agit à sa façon.

Concernant l’amour dont est capable un humain ordinaire, G. I. Gurdjieff dit :
(…) l’homme mécanique ne peut pas aimer
– en lui « ça aime » ou « ça n’aime pas ».
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mardi 26 juin 2018

Feuilles allant au gré des vents

Chaque humain adulte est telle une feuille morte
virevoltant selon les caprices des vents,
et autres phénomènes naturels,
et selon la volonté toute-puissante du Système, de l’État.

Chaque fois qu’un vent se lève, souffle,
les feuilles changent de mouvement,
sans s’en rendre compte.

Tantôt elles montent, tantôt descendent,
tantôt elles font un bond en avant, tantôt reviennent au point de départ,
tantôt elles sont contentes, tantôt contrariées, etc.

Durant leurs pérégrinations existentielles,
les feuilles peuvent se cogner contre un arbre,
passer sous un objet-non-naturel comme une voiture, etc.

Et aussi, constamment, quotidiennement,
elles frôlent d’autres feuilles (influence réciproque),
se bousculant les unes les autres, se faisant la bise sans envie,
parlant sans s’entendre, se disputant, s’injuriant parfois,
ou se frottant sensuellement, voire sexuellement,
avant que les vents ne les séparent,
ou non.


Le plus souvent, les feuilles s’agglutinent, par millions,
dans des villes, contre des murs de béton.

* * *

On s’identifie plus facilement à une feuille morte
– un support de projection acceptable et poétique –
qu’à un sac plastique, n’est-ce pas ?

Néanmoins le plastique nous correspond beaucoup mieux,
à voir l’état des océans et de l’eau potable.

À propos de plastique,
voici un court extrait (~3 minutes)
du film « American beauty »:





La liberté consiste à prendre conscience, un maximum,
de tout ce que nous faisons chaque jour, à chaque instant,
ainsi que du comment et du pourquoi nous le faisons ;
car, moins on est soumis aux divers vents et influences,
plus on se sent intègre et libre, allant en vibrant juste.

Apprendre à se connaître permet de contrer les diverses influences non souhaitables ;
et ce, afin de parvenir à garder le cap, l’orientation choisie, sa propre voie.

Plus on prend conscience de son fonctionnement en interaction avec le monde extérieur,
mieux on se désentrave notamment des mécanismes et automatismes qui nuisent.



lundi 25 juin 2018

Exister avec un répertoire de moi (G XXVII)

Intro et rappel

Chacun, nous sommes, au quotidien, multiples (personnalité double,
triple ou quadruple faces, se formant à partir de nombreux « moi » ;
avec, toutefois, une prédominance de 2 à 6 « moi »).
Cela sous-entend que, entre nous, en société, nous sommes,
"jouons", divers personnages ; toujours les mêmes.

D'incarner diverses personnalités ne représente pas un problème en soi,
néanmoins le problème provient du fait de ne pas en avoir conscience,
c'est pourquoi nous sommes contradictoires, par exemple.

Ensemble, en société, nos personnalités inconsciemment doubles (ou plus)
ainsi que le fait que nos niveaux de conscience diffèrent entre les uns et les autres
‒ allant du sommeil hypnotique complet à un Éveil total ‒,
tout cela génère des différences d’appréhension du monde,
et de compréhension réciproque,
ce qui ne peut produire que de nombreuses et incessantes interférences relationnelles,
notamment communicationnelles.

Plus avant (ci-dessous), on risque d'être surpris lorsque G. I. Gurdjieff explique
qu'en parvenant à mieux se connaître et à maintenir une continuité en soi-même,
on peut alors "jouer" davantage de personnages, cette fois consciemment.


L'enseignement continue

Lors d’une réunion avec l’un de ses groupes de travail, G. I. Gurdjieff leur dit :
Tout le malheur vient de votre certitude d’être toujours identiques à vous-mêmes. 
Mais j’ai de vous une vision bien différente. Par exemple, je vois qu’aujourd’hui
un Ouspensky est venu ici, tandis qu’hier c’était un autre Ouspensky.
Quant au docteur – avant votre arrivée, nous étions ensemble tous les deux,
et nous parlions ; c’était un certain docteur.
Puis vous êtes venus.
Et il m’est arrivé de jeter un regard sur lui : c’était déjà un tout autre docteur.
Celui que j’avais vu quand j’étais seul avec lui, vous le voyez très rarement.
 
Réalisez bien ceci : chaque homme a un répertoire défini de rôles
qu’il joue dans les circonstances ordinaires.
Il a un rôle pour chaque sorte de circonstances où il se trouve habituellement ;
mais placez-le dans des circonstances légèrement différentes,
« pour un bref instant, il deviendra lui-même ».
(…)
Le répertoire de chaque homme est extrêmement limité.
Si un homme dit simplement « moi » et « Ivan Ivanovitch »,
il ne se verra pas lui-même tout entier, parce que « Ivan Ivanovitch » non plus
n’est pas seul ; chacun en a au moins cinq ou six : un ou deux pour sa famille,
un ou deux pour son bureau (l’un pour ses supérieurs et l’autre pour ses subordonnés),
un pour ses amis au restaurant, et un autre aussi, peut-être,
pour les conversations intellectuelles sur des sujets sublimes.
(…)
Mais voici le plus important : l’homme, en dehors de son répertoire,
c’est-à-dire aussitôt que quelque chose le fait sortir de sa routine,
ne serait-ce que pour un moment, se sent terriblement mal à l’aise,
et il fait alors tous ses efforts pour revenir au plus vite
à l’un ou l’autre de ses rôles habituels. Il retombe dans ses ornières, (…)
 
Mais dans le travail (de connaissance de soi), pour s’observer soi-même,
il faut absolument admettre cette gêne et cette tension,
et ne plus redouter ces états de malaise et d’impuissance.
Ce n’est qu’à travers eux qu’un homme peut réellement apprendre à se voir.
(…)
Chaque fois qu’un homme n’est pas dans un de ses rôles habituels,
chaque fois qu’il ne peut pas trouver dans son répertoire le rôle qui convient
à une situation donnée, il se sent comme un homme dévêtu. Il a froid,
il a honte, il voudrait s’enfuir, afin que personne ne le voie. (…)
Dans ses rôles habituels, il se sent à son aise et en paix.
 
Mais s’il veut travailler sur lui-même, il lui faut détruire sa paix.
Car le travail et la paix sont incompatibles.
L’homme doit choisir.
Sans se duper lui-même.
C’est ce qui arrive le plus souvent.
En paroles, il dit choisir le « travail »,
alors qu’en réalité il ne veut pas perdre sa « paix ».
Le résultat est qu’il s’assied entre deux chaises.
(…)

Et pourquoi est-ce si difficile (de commencer vraiment un travail) ?
Avant tout parce que « sa vie est trop facile »
(du fait de rester dans le connu et la routine,
en n'ayant recours qu'aux rôles que nous tenons habituellement ;
pour le dire autrement, nous restons dans un répertoire de « moi » contrôlables,
et nous nous y confortons, « même dans le malheur » a précisé Gurdjieff).

* * *

Comment savoir si on est prêt ou non pour le « travail » ?
G. I. Gurdjieff nous informe à ce sujet :
Cet enseignement a une propriété merveilleuse : le moindre contact avec lui
fait surgir du fond de l’homme le pire et le meilleur.
Vous connaissez quelqu’un depuis des années,
et vous pensez qu’il est un brave homme, plutôt intelligent.
Mais essayez donc de lui parler de ces idées,
vous verrez qu’il est un fou complet.
Un autre, en revanche, vous semblait un personnage assez peu intéressant,
mais vous lui exposez les principes de cet enseignement
et vous voyez aussitôt que cet homme pense, et qu’il pense même très sérieusement.
 
- Comment reconnaître les personnes capables de venir au travail ?
demanda l’un (des participants).
 
- (…) Vous devez comprendre en premier lieu que l’on doit avoir
une certaine préparation, un certain bagage. (…)
En général, lorsqu’un homme ne sait presque rien, lorsqu’il a peu lu, peu pensé,
il est difficile de parler avec lui.
(…)
Pour approcher cet enseignement d’une manière sérieuse,
il faut avoir été préalablement « déçu »,
il faut avoir perdu toute confiance, avant tout en soi-même,
c’est-à-dire en ses propres possibilités,
et, d’autre part, en toutes les voies connues.
(…)
Mais comprenez bien, je dis par exemple qu’un dévot doit avoir été déçu par la religion.
Cela ne veut pas dire qu’il ait dû perdre la foi. Au contraire.
Cela signifie qu’il a dû être déçu « seulement par l’enseignement religieux ordinaire
et par ses méthodes ». Alors il comprend que la religion,
telle qu’elle nous est donnée d’ordinaire,
n’est pas suffisante pour alimenter sa foi, et ne peut le mener nulle part.
(…) : il ne suffit pas qu’un homme ait été déçu par les voies habituelles,
il faut encore qu’il soit capable de conserver ou d’accepter l’idée
qu’il puisse y avoir quelque chose – quelque part.
(…)
Cet enseignement est pour ceux qui ont déjà cherché et qui se sont « brûlés ».


À lire attentivement,
la suite concerne le changement d’état d’esprit durant le « travail » :
Lorsque vous ne compreniez rien, vous pensiez tout comprendre,
ou du moins vous étiez sûrs d’avoir la faculté de tout comprendre.
 
Maintenant que vous avez commencé à comprendre,
vous sentez que vous ne comprenez pas.
C’est parce que vous avez acquis le « goût de la compréhension ».
Il vous était entièrement inconnu auparavant.
 
Et aujourd’hui vous éprouvez le goût de la compréhension
comme un manque de compréhension.

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samedi 23 juin 2018

Le pouvoir des mots



« Liberté, Égalité, Fraternité »

Y a comme un « hic », une incongruité, dans cette devise.
Ma liberté commence là où s’arrête celle de l’autre.
Tenter par vous-mêmes, pour vous-mêmes, égoïstement :
en cherchant la liberté,
soit on se confronte aux autres et aussi, au Système,
soit on finit par s’isoler (seul ou en petit groupe, famille, clan) ;
ou encore, on trouve un semblant de liberté à s’enivrer, se droguer,
ou à passer son temps à voyager, ou à baiser, en quête d’aventures,
ou à échafauder des plans pour voler autrui afin de s’enrichir, etc.

Viser la liberté, en premier lieu,
ne mène qu’aux incessants rapports de force :
incompréhension réciproque, conflits, désenchantements, guerres.

Si nous ne parvenons pas à nous sentir libres en groupe, en société,
comment nous sentir égaux ?
Et ce, d’autant plus au sein d’un Système
où les plus riches ont tous les droits et privilèges,
alors que les pauvres fainéants sont traités comme un produit avarié de supermarché,
soumis à d’innombrables interdits, impôts, règlements, normes de sécurité et de civilité.

On ne naît pas tous égaux financièrement, c’est un fait, partout sur cette planète.
Ces écarts de biens ne font que générer la corruption, les inégalités et iniquités.

De commencer une devise sociale par « liberté » ne mène nulle part,
enfin si,
à la tyrannie de ceux voulant imposer leurs idées et conception de la liberté.

Cette devise nous encourage, inconsciemment,
à perpétuer la relation biblique de Caïn et d’Abel.

La liberté est une visée, un but à atteindre,
et non pas un moyen de vivre mieux ensemble, au contraire !
C’est pourquoi, il vaudrait mieux placer ce terme à la fin de la devise.

C’est important, car cette devise est écrite notamment dans les mairies et écoles.
Sans liberté, pas d’égalité.
Sans égalité, pas de fraternité.
Fin (pour moi) de l’histoire de cette devise insensée et hypocrite,
instituée du temps des Lumières, au début de l’industrialisation 1.0

* * *

On pourrait s’attaquer à l’égalité des droits, pour commencer,
notamment entre femmes et hommes, entre noirs et blancs, etc.,
et nous deviendrions, peut-être (ça vaudrait le coup d’essayer),
plus fraternels les uns avec les autres,
c’est-à-dire moins compétitifs, jaloux, envieux, etc.
Ce qui donnerait :
« Égalité, Fraternité, Liberté »

Ou alors :
« Égalité, Liberté, Fraternité »,
puisque si nous étions plus égaux, financièrement et pénalement,
nous pourrions, chacun, nous sentir plus responsables de notre existence
et donc, plus libres, ce qui encouragerait à des rapports plus fraternels.

* * * * *

À mon sens, ce qui pourrait permettre plus d’égalité (de droit),
consisterait à viser, en premier lieu, la fraternité.

Il n’y a qu’à constater avec les migrants :
nous en sommes loin, de la fraternité,
et donc de l’égalité.
Quant à la liberté…

De nos jours, un citoyen aide de pauvres hères en peine, affamés,
certains choqués par la guerre, les viols et violences de toutes sortes,
et notre citoyen-de-cœur finit au tribunal, puni d'être intervenu soit,
de s’être comporté fraternellement avec autrui !

La « Fraternité » amène à se sentir plus égaux et donc, à « l’Égalité ».
De se considérer comme égaux amène à se sentir plus libres.
« Fraternité, Égalité, Liberté »


En conclusion

Soit on change de devise,
soit on en modifie l’ordre.

* * * * * * *

J’ai parlé.

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vendredi 22 juin 2018

Énergie et accumulateurs (G XXVI)



Ce qui suit est important, puisqu’il s’agit d’une explication concernant
l'utilisation du potentiel énergétique en chacun de nous.

G. I. Gurdjieff revient sur le sujet des efforts personnels et volontaires.
S’engage un dialogue avec un participant :
Vous devez comprendre que les efforts ordinaires ne comptent pas.
« Seuls comptent les sur-efforts ». (…)
- Les sur-efforts ne risquent-ils pas d’être dangereux ? demanda l’un des auditeurs, (…)
- Naturellement ils peuvent l’être, dit Gurdjieff, mais il est préférable
de mourir en faisant des efforts pour s’éveiller que de vivre dans le sommeil.
(…)
Vous avez beaucoup plus de forces que vous ne pensez.
Mais vous n’en faites jamais usage.
(…)
Dans la machine humaine,
un rôle très important est joué par une certaine sorte d’accumulateur.
Il y a deux petits accumulateurs à côté de chaque centre (…)



Rappel : il est question des trois centres formant nos personnes soit,
les centres moteur-instinctif, émotionnel et intellectuel.
Chaque centre, ou cerveau, est donc doté de deux petits accumulateurs d’énergie.
On continue :
En outre, il y a dans l’organisme un grand accumulateur,
qui alimente les petits.
 
Les petits accumulateurs sont reliés les uns aux autres
et chacun d’eux est relié au centre le plus proche,
aussi bien qu’au grand accumulateur.



G. I. Gurdjieff explique :
Les accumulateurs travaillent de la façon suivante.
Imaginons un homme en train de travailler : il lit, par exemple,
un livre difficile et s’efforce de le comprendre ; en ce cas,
plusieurs rouleaux tournent dans l’appareil intellectuel localisé dans sa tête.
Ou bien supposons-le en train de faire l’ascension d’une montagne
et gagné peu à peu par la fatigue ; en ce cas,
ce sont les rouleaux du centre moteur qui tournent.
Le centre intellectuel, dans notre premier exemple,
et le centre moteur dans le second,
tirent l’énergie nécessaire à leur travail des petits accumulateurs.
Lorsqu’un accumulateur est presque vide, l’homme se sent fatigué.
Il voudrait s’arrêter, s’asseoir s’il est en train de marcher,
penser à autre chose s’il est en train de résoudre un problème difficile.
Mais d’une manière tout à fait inattendue, voici qu’il ressent en lui
un afflux de forces nouvelles, et de nouveau il est en état de marcher ou de travailler.
Cela signifie que le centre fatigué s’est mis en rapport avec le second accumulateur,
d’où il tire sa nouvelle énergie.
Pendant ce temps, le premier accumulateur est en train de se recharger d’énergie,
puisée au grand accumulateur.
(…)
Mais, au bout d’un certain temps, la réserve d’énergie du second accumulateur
s’épuise elle aussi. Alors l’homme se sent de nouveau fatigué.
Encore un choc extérieur, ou un instant de repos, ou une cigarette, ou un effort,
et le contact est rétabli avec le premier accumulateur.
Mais il peut facilement arriver que le centre ait épuisé l’énergie du second accumulateur
si rapidement que le premier n’ait pas eu le temps de se remplir
aux dépens du grand accumulateur,
et qu’il ait pris la moitié seulement de l’énergie qu’il pouvait contenir (…)
G. I. Gurdjieff détaille divers cas de figures.
Ensuite,
il ajoute qu’il y a moyen de relier les centres directement au grand accumulateur
(sans passer par les deux, petits, accumulateurs d’énergie) :
(…) Cela signifie que le centre est maintenant en liaison directe avec le grand accumulateur.
L’énergie contenue dans celui-ci est énorme.
Mis en liaison avec le grand accumulateur,
un homme est capable d’accomplir de véritables miracles.
Mais, naturellement, si les rouleaux continuent à tourner
et si l’énergie tirée des aliments, de l’air et des impressions
continue à se dépenser plus vite qu’elle n’est reconstituée,
alors vient un moment où le grand accumulateur lui-même est vidé de toute son énergie,
et l’organisme meurt. Mais cela arrive très rarement.
D’habitude, l’organisme réagit à l’avance, en cessant automatiquement de fonctionner.
(…) l’homme tombera endormi, ou s’évanouira, ou bien il se développera en lui
quelque complication interne qui mettra l’organisme hors d’état de continuer
à s’épuiser, longtemps avant le danger réel.
Il n’y a pas de raison, par conséquent, de se laisser effrayer par les efforts ;
le danger de mourir d’efforts n’existe pratiquement pas.
Il est beaucoup plus facile de mourir d’inaction, de paresse,
ou de peur de faire des efforts.
Notre but devra donc être d’apprendre à établir des liaisons
entre tel ou tel centre et le grand accumulateur.
(…)
Nous devons apprendre à puiser l’énergie directement au grand accumulateur.
Cela n’est possible, cependant, qu’avec l’aide du centre émotionnel.
Il est essentiel de le comprendre.
Le contact avec le grand accumulateur
ne peut se faire qu’à travers le centre émotionnel.
Les centres instinctif, moteur et intellectuel, par eux-mêmes,
ne peuvent s’alimenter qu’aux petits accumulateurs.
Le centre émotionnel est un appareil beaucoup plus subtil que le centre intellectuel,
(…)
Si un homme veut savoir et comprendre plus qu’il ne sait et comprend aujourd’hui,
il doit se souvenir que ce nouveau savoir et cette nouvelle compréhension
lui viendront à travers le centre émotionnel,
et non pas à travers le centre intellectuel.
(...)
Deux fonctions de notre organisme demeurent incompréhensibles et inexplicables
du point de vue scientifique (…) : ce sont le bâillement et le rire. (…)
Le bâillement a pour effet d’insuffler de l’énergie dans les petits accumulateurs.
(…)
Le rire est lui aussi en rapport direct avec les accumulateurs.
Mais le rire est la fonction opposée au bâillement.
Le rire n’insuffle pas d’énergie en nous, au contraire il en expulse,
il nous débarrasse de l’énergie superflue
qui se trouve emmagasinée dans les accumulateurs.

mercredi 20 juin 2018

Positif, quoi qu'il se passe

- Ô grand Maître Foudchoc, lors de la dernière réunion,
vous avez prétendu que la « positive attitude est contraire au bon sens ».
Pouvez-vous expliquer cela ?


- ♪ Mes biens chers frères, mes biens chères sœurs ♫
Je disais qu’il s’agit de s’adapter,
non pas uniquement aux exigences, règles et normes,
d’un Système conçu par des humains (sans âme),
mais aussi au déroulement des événements naturels et sociaux.
Or, lorsque les événements prêtent à pleurer, à dégueuler,
et à s’inquiéter pour l’avenir,
à quoi et à qui peut bien bénéficier ce paradoxal et incongru positivisme ?


- N’est-ce pas une manière de garder le moral,
de ne pas succomber psychiquement ?


- C’est ce qu’il semble de prime abord. C’est ce que la plupart d’entre nous
choisissent sciemment de croire, pour, comme vous le dites, tenir le coup.
On se persuade que d’être positif aide à garder le moral et la santé.
Mais est-ce vraiment le cas, au quotidien, en vrai ?
Pourquoi tant de suicides professionnels, par exemple ?


- En prenant le temps d’y réfléchir, on se rend compte, effectivement,
que cette injonction profite à Ceux-qui-imposent-leur-rêve au monde.
En tout cas, on ne peut pas prétendre que ça va plutôt bien sur cette planète.
Au contraire, puisque même les officiels scientifiques tirent la sonnette d’alarme,
sans parler des divisions et de la montée de haine que cela génère, les guerres, etc.


- Exactement. Et, je vous le demande : que se passe-t-il, dans les faits,
lorsque la majorité s’efforce de rester positive, en continuant son train-train,
comme si de rien ?


- Euh… J’sais pas… Euh…
Cela favorise et même renforce la politique en cours ?
Qui ne dit rien consent.
Qui reste positif fait croire qu’il adhère à la marche du capitalisme.


- Oui, on peut le dire comme ça.
Est-ce que ça permet d’éviter quelque chose, de rester positif ?


- Sûrement, oui, par exemple d’éviter de mettre la main à la pâte ou pire,
dans la terre (sale, beurk). D’éviter de remettre en question nos croyances
et certitudes notamment que nous n’avions jamais atteint un tel "bon" niveau de vie
et que, de toute façon, on ne peut pas s’organiser autrement, etc.


- Nous fuyons nos irresponsabilités avérées et notre sentiment de culpabilité,
en se convainquant qu’on ne peut pas faire mieux.
Chacun peut constater qu’en restant positif, on laisse faire et, pire, on plie ;
on fait avec et donc, par conséquent, on accepte et valide ce fonctionnement social,
et les décisions des dirigeants, et les injustices, et la corruption, et les malveillances, etc.,
L’attitude positive est malsaine lorsque les événements,
ce qu’il se passe,
nous demandent de nous mobiliser, d’agir, de résister,
de remettre en question notre mode de vie,
notre façon d’être en relation les uns avec les autres, etc.
Il se trouve qu’actuellement nous devrions tous lutter
contre l’insensée politique inégalitaire et autodestructrice.
J’ajoute qu’on ne peut s’efforcer de voir un verre à moitié plein (d’alcool)
qu’à la condition de disposer de suffisamment de moyens financiers.


- Pourtant, les pauvres, certains, préoccupés par leur survie,
m’ont semblé plus heureux que les bourgeois occidentaux.


- Peut-être qu’on confond le positivisme avec la joie d’exister.
Quand on positive, on « veut » se rendre heureux,
ce qui est une construction mentale.
Quand on est joyeux, on est joyeux en résonance avec quelque chose,
c’est-à-dire qu’on « est » en phase avec « ce qu’il se passe » ;
c’est cette interaction entre soi et le monde qui rend joyeux,
ou triste, selon les événements.
La joie n’a rien à voir avec le positivisme.
La joie ne se commande pas, ne se programme pas,
ne s’apprend pas, ne se paye pas (zut !), ne se modélise pas.
En société, la tendance, c’est d’idéaliser et de fabriquer des plaisirs high-tech.
Nous construisons du tout-béton vendu comme « confortable »,
et on se voit imposer un " bonheur" pensé par certains,
un mode de vie qui détruit les âmes autant que l’environnement.
Ce sont des faits.
Le reste n’est que blablabla.
Quel sens de se réjouir, de positiver, alors que coule le navire ?
Lorsque nous trouverons le moyen d’empêcher le bateau de couler,
nous pourrons faire la fête et serons naturellement, spontanément, joyeux, heureux.


- Vous n’êtes donc pas contre la positive attitude, Maître Foudchoc,
mais plutôt vous constatez que les événements ne s’y prêtent pas,
si j’ai bien compris.


- On ne va pas se bronzer sur une plage lorsqu’il pleut et qu’il fait froid.

- La positive attitude, comme la non-violence et le pacifisme,
toutes ces idées ne paraissent, au final, que servir les intérêts des dominants,
et elles ne font que renforcer leurs pouvoirs,
à eux qui sont de plus en plus violents, exigeants, tyranniques,
égoïstes, inflexibles, et indifférents à tout.


- Voilà. C’est insensé. Pas compliqué à comprendre.
Il vaut mieux vivre et exprimer ce que l’on ressent,
plutôt que d’expérimenter ce que l’on attend de nous,
selon des idées et facteurs risques de probabilités.
Si ce que tu ressens à l’instant est cool, réjouis-toi.
Mais lorsque ce que tu ressens n’est pas cool ?
Il s’agit de chercher, constamment, la juste attitude,
ce qui implique de considérer la fluctuation incessante
nécessitant des rééquilibrage et adaptation,
qui doivent nécessairement s’accorder avec ce qu’il se passe autour de soi.
Iriez-vous recommander d’être positif aux enfants des migrants et à leurs parents,
alors qu’on se permet de les séparer, tout en sachant que c’est traumatisant pour l’enfant,
que c'est une déchirure hyper douloureuse et donc, violente intérieurement,
autant pour les parents que pour les enfants ?
Et nous, ici, dans notre confort, voiture au garage,
comment rester positifs alors qu’on nous informe de ces actes abominables ?
Il est temps d’inverser les choses,
et d’apprendre à vibrer juste, harmonieusement, ni plus ni moins.
Nous voulons davantage de positif : agissons en sorte, dès à présent,
pour que le Système change et s’adapte à nos besoins (et non pas l’inverse).
Le prix de cette civilisation-à-pensée-unique est la souffrance psychique
qui se répand dans le monde entier.
Plantons de nouvelles graines, pour cesser de craindre l’avenir,
au lieu de s’efforcer de positiver l’ignominie, l’inacceptable, l’inhumain.


- Je comprends de notre discussion que la joie est une émotion,
alors que le positivisme est une idée.


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* Anges et elfes ...

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mardi 19 juin 2018

Faire, magique ; et faux-moi (G XXV)

Dans cette rubrique paraît une série d’articles portant sur la connaissance de soi,
articles se composant d’extraits de l’enseignement de G. I. Gurdjieff,
selon les notes prises par P. D. Ouspensky, l’un de ses élèves.
G. I. Gurdjieff tenait sa connaissance de la « tradition ancienne ».

Ma motivation : se désenvoûter (un max. d'entre nous).
 
     Soyez votre propre flambeau et votre propre recours.
– Sagesse orientale
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G. I. Gurdjieff revient sur le sujet du « faire »,
en répondant à une question touchant à la pratique de la magie :
On m’a souvent demandé en quoi consistait la "magie noire",
et j’ai répondu qu’il n’y a pas de magie rouge, ni verte, ni jaune.
 
Il y a la mécanique, c’est-à-dire "ce qui arrive",
et il y a "faire".
 
"Faire" est magique,
et il n’y a qu’une sorte de "faire".
Il ne peut pas y en avoir deux.
Mais il peut y avoir une falsification,
une imitation extérieure des apparence du "faire",
qui ne saurait donner aucun résultat objectif,
mais peut tromper les personnes naïves et susciter en elles la foi,
l’infatuation, l’enthousiasme et même le fanatisme.
(…)
Ce que vous appelez magie noire est fondé sur l’infatuation
et sur la possibilité de jouer des faiblesses humaines.
(…)
Je vous ai déjà dit précédemment que
personne ne fait jamais rien pour l’amour du mal,
ou dans l’intérêt du mal.
Chacun fait toujours tout dans les intérêts du bien « tel qu’il le comprend ».
(…)
La magie noire agit par la peur.
(…)
(…) je dis qu’il y a bien pire que la "magie noire". Par exemple,
toutes les sortes de sociétés "spirites", "théosophiques", et autres groupes "occultistes".

M. Gurdjieff, comment identifier, reconnaître, un homme évolué
ou une école digne de ce nom ?
Au commencement (d’un travail sur soi ou d’une initiation dans une école),
il n’y a rien de plus difficile que de vérifier si le travail est juste ou faux,
si les directives reçues sont valables ou erronées.
A cet égard, la partie théorique du travail peut se montrer utile,
parce qu’elle permet à un homme de s’en faire juge plus aisément.

Travailler sur soi permet d’annihiler le « faux Moi ».
G. I. Gurdjieff explique :
La lutte contre le "faux Moi",
contre le trait ou le défaut principal,
est la partie la plus importante du travail,
mais cette lutte doit se traduire par des actes,
non par des paroles.

Un participant demande à G. I. Gurdjieff,
à propos d’un individu existant avec un faux Moi :
« Que lui arrive-t-il en châtiment ? »
Rien, que pourrait-il lui arriver ?
« Il est son propre châtiment ».
Et quel châtiment pourrait être pire ?

G. I. Gurdjieff continue en parlant de la relation de maître à élève(s)
et du « travail sur soi ». Première "exigence", la sincérité :
L’homme ordinaire a de quantités de peurs inutiles, imaginaires.
Les mensonges et leurs peurs – telle est l’atmosphère dans laquelle il vit.
(…)
Tout homme a ses peurs particulières, des peurs qui n’appartiennent qu’à lui.
Il faut qu’il les découvre ; puis qu’il les détruise.
 
Les peurs dont je parle sont habituellement liées aux mensonges
au milieu desquels l’homme vit.
(…)
La lutte contre les mensonges en soi-même et la lutte contre les peurs
constituent le premier travail positif qu’un homme ait à faire.
 
Il faut se convaincre en général que les efforts positifs
et même les sacrifices que l’on fait dans le travail
ne justifient ou n’excusent nullement les fautes qui peuvent suivre.
Au contraire, ce qui est pardonnable chez un homme qui n’a jamais fait d’efforts
et qui n’a jamais rien sacrifié est impardonnable chez un autre,
qui a déjà fait de grands sacrifices.
Cela semble injuste, mais il faut comprendre cette loi.
Ses efforts et ses sacrifices sont enregistrés sur une page du Grand Livre
et ses erreurs, ses méfaits, sur l’autre.
Ce qui est inscrit du côté positif ne peut jamais racheter ce qui est inscrit du côté négatif.
Ce qui est enregistré sur le côté négatif peut seulement être effacé par la vérité, (…)
 
Si un homme voit sa faute mais continue de se chercher des justifications,
cette faute, même petite, peut détruire le résultat d’années entières de travail et d’efforts.

Commentaire : plus on prend conscience, plus on devient responsable,
et moins on a droit à l’erreur (de ce dont on a conscience), d’où, probablement,
l’expression « bienheureux les innocents et simples d’esprits ».

G. I. Gurdjieff parle ensuite des groupes (d’écoles ésotériques) :
(…) dans un groupe tous sont responsables les uns pour les autres.
L’erreur d’un seul est considérée comme l’erreur de tous.
(…)
La règle de la responsabilité commune doit être toujours bien présente à l’esprit.
Elle a encore un autre aspect.
Les membres d’un groupe ne sont pas seulement responsables
pour les erreurs des autres, mais aussi pour leurs échecs.
Le succès de l’un d’eux est le succès de tous,
l’échec de l’un d’eux est l’échec de tous.
 
Une grande faute commise par l’un d’eux, la violation d’une règle fondamentale,
par exemple, entraîne inévitablement la dissolution du groupe tout entier.
Un groupe doit marcher comme une machine.
Mais les pièces de la machine doivent se connaître les unes les autres et s’entraider.
 
Dans un groupe il ne peut pas y avoir d’intérêts personnels
qui s’opposent aux intérêts des autres ou aux intérêts du travail, (...)
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dimanche 17 juin 2018

Détachement n'est pas indifférence

Merci à Zaza, pour cette réflexion.
En com, elle a mis l’accent sur l’évitement des passions de l’amour/haine,
ce qui est de la haute voltige.
  

Ce propos commence par un exemple de situation :
On se promène dans des ruelles où il y a peu de circulation de voitures.
On croise une famille. L’enfant d’~4 ans est sur un petit vélo.
Il roule, ivre de vitesse, l’air réjoui.
Au carrefour, il s’arrête après le « stop ».
Il n’y a pas de voiture qui passe, aucun danger.
Il se retourne, heureux, pour voir où sont ces parents.
Ces derniers sont en train de crier, paniqués et énervés :
« tu aurais dû t’arrêter ! ».
Le père s’approche, pose sa main sur l’épaule de l’enfant,
et commence à lui faire la morale :
« combien de fois il faut que je te le dise… stop… ligne blanche… voitures… danger…
tu ne m’écoutes pas… hôpital… regarder à gauche et à droite avant de passer… »
L’enfant tient la tête baissée, l’air soudain renfrogné,
attendant probablement que l’orage verbal cesse, en retenant son envie de pleurer.
Que peut-il comprendre de ce long et savant discours agressivement bien intentionné ?
Oh, il a parfaitement saisi que ses parents sont tout-à-coup fâchés…

Dans cet exemple,
si on est indifférent, on s’en fiche de cette scène et on poursuit son cheminement ;
alors que,
si l’on est émotionnellement sensible, quelque chose nous touche,
peut-être de juger la réaction des parents juste mais disproportionnée.
On peut même ressentir le trouble soudain dans lequel se retrouve l’enfant.

Le détachement consiste à ne pas se mêler des affaires de cette famille,
à « ne pas en faire une affaire personnelle ».
Toutefois, quelque chose remue dans nos tripes,
d’avoir vu l’enfant passer de la joie à la tristesse.
On n’est donc pas indifférent, dans cette situation,
mais pour X raisons, on décide de ne pas s’en mêler. Détachement.
En effet, peut-être qu’en intervenant, cela énerverait plus encore les parents,
ou peut-être qu’après-coup les parents en voudraient à l’enfant, etc.

Le détachement est donc un état d’esprit, une attitude, volontaire et consciente,
et cela implique une réflexion sur les conséquences d’une intervention (dans cet exemple).

On peut être dans le détachement sans être indifférent (à ce qu’il se passe autour de soi).

L’indifférence est une attitude froide, émotionnellement insensible
(dans l’exemple, insensible face au malaise de l’enfant
ou insensible au ton agressif et infatué du père).
Une personne indifférente développe, au fil du temps,
un cœur de fer, dur, impénétrable, intouchable.
Toute émotion, tout ressenti, se voit transformer en simple information cérébrale.
L’indifférent devient un corps-cerveau, sans émotion.


Le détachement permet de ne pas être affecté, outre mesure, par ce qu’il se passe,
et, s’il y a lieu, de supporter des situations horribles, comme durant une guerre par exemple.
Néanmoins, le centre émotionnel fonctionne et on ressent ce qu’il se passe.


Être sans désir ne signifie pas sans sentiment (au sens d’impression générale,
or ce qui impressionne l’intériorité sont les sensations, instincts et émotions).
Si on est vivant, c’est bien qu’on entretient ne serait-ce que le désir de vivre.
N’est pas Bouddha qui veut, pour parvenir à être sans désir.

Vivre, c’est ressentir et désirer…


Pour saisir la distinction, qui m’est propre, entre indifférence et détachement :
En état d’indifférence, on est blindé affectivement face à ce qu’il se passe à l’extérieur.
L'indifférent n'est pas réceptif.
En état de détachement, on ressent les choses, ce qu'il se passe
(on est donc moins blindé que l’indifférent).
Dans cet état, on reste réceptif.
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L'agressivité du désir sexuel

Aux êtres émotionnellement sensibles.
À ceux/celles ayant été malmenés durant leur enfance.


Enfances bridées, élans détournés ou corrompus,
nous sommes tous, soit à fleur de peau, écorchés vifs,
soit devenus insensibles et indifférents à l’amour (sauf romancé).

Combien de gens se soucient du monde intérieur des enfants,
de leurs souffrances informulées, de leurs craintes, de leur solitude ?

« Mais ce ne sont que des enfants, ils doivent obéir. »
Quel défaut de considération !

Mépris de la sensibilité.
Négation de l’âme.
Dédain du vivant.
Dérision de l’innocence et de la pureté.

Le premier cercle social, pour l’enfant, c’est sa famille.

Un enfant non-aimé grandit, se construit,
avec l’impression constante de déranger, de gêner.
Dans le regard de ses proches, il ne voit qu’une sentence :
« tu ne devrais pas être là, tu n’aurais pas dû naître ».

L’enfant grandit en se niant lui-même,
avec le souci de plaire et faire plaisir aux autres,
pour qu’on lui fiche la paix, n’espérant rien de plus,
puisque la tendresse et l’affection font défauts.

Certains de ses enfants, une fois adulte,
peinent à recevoir l’attention des autres.
Par réflexe, quelque chose en eux s’y oppose.
Il nous faut considérer qu’ils ont subis et n’ont obtenus,
constamment, durant leurs enfance et éducation,
que des coups et/ou remarques humiliantes,
par les personnes qu’ils aimaient.
Des personnes prétendant « vouloir leur bien ».

Relationnel malsain.
Interférences interactives.
Souffrances intérieures, psychiques,
beaucoup de souffrances parfois.

Une fois adulte, en interaction, confronté au désir direct d’autrui,
l’abandonnique réagit spontanément sur la défensive,
en pensant « qu’est-ce qu’il/elle me veut ? »
Comme si un tort allait lui être causé,
notre adulte se sent soudain mal à l’aise et en péril.

Ce réflexe du rejet d’autrui s’explique par le fait que
certains individus niés ont des pensées compulsives du type :
« non, on ne peut pas s’intéresser à moi, ce n’est pas possible ».
L’attention d’autrui se retrouve dès lors mal perçue,
interprétée de travers, comme dissimulant une intention retorse.

Le désir sexuel et la séduction peuvent être ressentis comme agressifs
par ceux/celles qui ont besoin, avant tout, de se sentir en confiance.

Ces élans bruts peuvent susciter un sentiment intérieur de danger,
et une envie de s’enfuir, loin, très loin, ou de se replier sur soi.

* * *

En société, pour tout le monde, pour chacun,
le respect, l’intérêt aimant, la confiance,
sont difficiles à donner, à laisser se diffuser.
Et il est tout autant difficile de prendre, de recevoir,
sans monétiser.

Pourtant, sans respect ni confiance ni attention,
le rapport sexuel se résume à un acte bestial, mécanique.
Il n’y a qu’avec de réels sentiments partagés
que la sexualité peut devenir extatique.


jeudi 14 juin 2018

Jeu de reflets

- J’ai entendu quelque chose et, depuis, ça me trotte dans la tête.
Sais-tu ce qu’on exprime quand on dit « je t’aime » à quelqu’un ?

- Ben, que tu l’aimes quoi, que tu te sens bien avec,
qu’il ou elle te plaît.

- Oui, a priori, mais encore ?

- Ah, j’y suis, je vois où tu veux en venir :
on dit je t’aime pour exprimer une satisfaction,
qu’on a bien baisé, quoi.


- Le plus souvent ça doit être pour ça, ouais,
surtout nous les mecs, ha ha ha

- Bon, crache le morceau.

- On dit « je t’aime » pour ce que l’autre nous renvoie de nous-mêmes.
Tu vois ce que je veux dire ?

- Ouch, peut-être …
Attends…
On se projetterait dans l’autre, et selon,
si ce qu’on y voit nous plaît, on lui dit « je t’aime ».

- Oui. Et c’est pareil dans un groupe, religieux par exemple,
on aime en faire partie parce que l’idéologie de la communauté
sied à l’image de soi qu’on veut afficher et entretenir.

- Ça semble logique.
Souvent, les personnes qui ne s’aiment pas
se supportent mieux lorsqu’elles sont en couple
notamment grâce à l’attention que leur porte le conjoint.
Comme si ce que l’on aime en l’autre permettait de mieux s’accepter,
enfin, d’apprécier davantage l’image que l’on se fait de soi.

- Donc, dans les faits, cet élan "d’amour" est égocentrique.

- Ce que tu dis me fait penser à la situation de haïr quelqu’un :
il arrive que ce que tu détestes en cette personne touche
à quelque chose que tu détestes en toi-même mais que tu ne veux pas voir.
Ou encore,
le défaut que tu méprises en l’autre te renvoie à un défaut similaire en toi,
même si s’exprimant à l’opposé et donc, paraissant différent.

- Exactement, c’est ça, si j’ai bien compris le propos.
Ce serait le "mécanisme", la raison inconsciente poussant à dire « je t’aime »
ou, comme tu dis, « je te déteste ».
Et, à mon avis, ce mécanisme provient de l’idéal du moi,
c’est-à-dire que ce fonctionnement renvoie à « comment on aimerait être perçu par les autres ».
Le risque de cette manœuvre inconsciente consiste en la mise de côté, dans l’ombre,
des défauts et limites, les siennes comme celles de l’autre
(qu’on trouve « trop chou »… au début) ;
jusqu’au jour où le ravalé surgit, s’impose ; ensuite de quoi,
tu n’aimes plus ce que te réfléchis l’autre, voire tu commences à détester ça…

- Ok, j'crois comprendre.
D’où le taux élevé de divorce, de séparation et de mésententes.
Pff, c’est complexe.


On ferait mieux de ne pas penser, tu crois pas ?
Arrêter de tout analyser, décortiquer,
chercher midi à quatorze heures,
couper les cheveux en quatre…
On se sent bien avec quelqu’un, ou non.(<– point)

- T’as raison, mec.
J’en parle pour vérifier si c’est juste.
Pour faire simple, on peut dire que :
quand j’aime l’autre, je suis en paix avec moi-même.
Quand je n’aime pas l’autre, je suis en discorde intérieure.

- Ouaip, voilà.
Il faudrait constamment s’avoir à l’œil, s’observer,
et distinguer ce que l’on projette sur l’autre.

- Yep.

- J’t’aime pas, mec.



mardi 12 juin 2018

Un musicien dans un orchestre

L’unique chose que l’humain-en-conscience ait à faire
consiste à chercher sa propre note vibratoire : « ♪ »
(étape de l'individualisme ou, plus précisément,
d’un égoïsme conséquent, servant à aboutir le processus d’individuation).

C’est une fois qu’on apprend à se connaître qu’on vibre sa note,
et qu’on devient sensible à son lien avec les autres, avec la Nature, avec le Tout.

Le but commun :
entendre et s’accorder avec la vibration d’ensemble,
afin de former, ensemble, de beaux accords.


Dans un orchestre, chacun joue de son instrument,
mais chacun veille à jouer en harmonie avec les autres musiciens.


À force de vouloir tout cadrer, contrôler, étiqueter, calculer, manipuler à loisirs,
nous en sommes à ne pouvoir considérer qu’un fonctionnement individualiste,
ou un fonctionnement collectif.
On croit que c'est ou l’un ou l’autre.
Ou bien ou mal. Ou méchant ou gentil.
Ou de gauche, en politique, ou de droite.
Nous ne parvenons pas encore à considérer que ça peut être et l’un et l’autre.

On peut être à la fois individualiste et soucieux de la collectivité.

Savoir être indépendant et, en même temps, cultiver l’esprit d’équipe.

Les capitalistes nous poussent à l’individualisme égocentré.
Chacun enfermé dans sa souffrance intérieure, psychologique.

Des communistes nous est venue l’idée de réduire chacun à un numéro,
un travailleur à code barre produisant (des déchets toxiques) et consommant.


Tous, la société,
nous ne formons pas un orchestre harmonieux,
mais un groupe disparate et bruyant,
où chacun y est en compétition avec les autres,
craignant la sanction et espérant la récompense d’un abstrait Papa-État.

Nous apparaissons, les uns avec les autres,
tels des musiciens jouant sur une même scène mais chacun pour soi,
ce qui provoque une épouvantable cacophonie générale.

 🙉

Hips, me sens burk

Boum ! Badaboum !
Au son des bombes, pour nous calmer, de temps en temps.


Je pense que c’est pour cette raison que de nombreuses tribus d’une autre culture
se mettent en état de transe, tous, ensemble, pour un rappel à vibrer à l’unisson.

Les personnes de ces tribus nous perçoivent comme « morts »,
tiens ?

À méditer.

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lundi 11 juin 2018

L'amour, et des idées

Du moment où l’on pense à l’amour, qu’on le conceptualise,
on se retrouve aussitôt absorbé par le monde des idées,
où l’on y fabrique une image réfléchissant ce qu’on voudrait que soit l’amour.

Il se trouve que, de cette façon, sans s’en rendre compte,
on refoule l’élan d’amour et l’empêche, par conséquent,
de se diffuser de lui-même (en soi et autour de soi) !

Exister en intellectualisant la vie est devenu compulsif,
au point de trouver ça normal,
de vivre dans un monde d’idées.

Lorsque qu’une voiture passe,
c’est une idée (dangereuse) qui défile.

Le fait de penser, de réfléchir, de calculer,
nous extrait un moment de la Réalité qui,
Elle, continue de se dérouler, de se produire.
Lorsqu’on réfléchit pour avoir des idées,
on se retrouve comme dans une bulle
où le temps interromprait sa course en avant,
où l’on se tient à l’écart des phénomènes qui évoluent incessamment.

Ce que nous préférons, à cette heure, provient du monde abstrait des idéaux.
Pourtant, dans les faits, au quotidien, nous sommes confrontés à des inégalités et iniquités,
à un monde ravagé de produits toxiques, où l’on "vit" à travers des écrans,
et où l’on nous suggère ce qu’il faut percevoir, savoir et considérer,
alors que nous nous éloignons de la Réalité.

Ça craint !

Comment ressentir la vie, la vibration du vivant,
et comment éprouver l’amour, dans ces conditions ?

Apprendre à s’aimer soi-même*.

Aimer apprendre.
Aimer chercher à comprendre.
Aimer relier les choses et événements entre eux.

On ne peut ressentir l’amour qu’en respectant « ce qui est »,
qu’en respectant autrui et autres formes de vie, au préalable.
Et on respecte les autres lorsqu’on les tolère,
et qu’on s’intéresse aux différences.

Pour ressentir l’amour,
il faut être en contact direct avec ce qu’il se passe
– avec l’environnement naturel, avec les autres êtres –
et s’écouter, s’observer,
tout en écoutant et observant le monde interactif,
auquel nous sommes reliés, de façon consciente ou non.

De l’amour,
essence de l’interactivité,
se dégage quelque chose de sauvage,
d’indomptable, d’incontrôlable, d’irrationnel.
À peine on croit saisir ce qu’est l’amour que, paf,
on se retrouve à côté ou en arrière, largué, déçu,
en panne et assoiffé, désemparé, frustré.

L’amour ne supporte aucune pression
ni, surtout, tentative d’appropriation.

Telle une anguille, l’amour glisse entre les doigts crochus
des maladroits possessifs et des manipulateurs pervers.

Tel un matou, l’amour ronronne sous la caresse des doigts agiles et sensibles,
capables d’apprécier sans s’accaparer.

La vie, la joie, le bonheur, l’amour,
il s’agit simplement d’éprouver le monde
– l’environnement naturel, les autres –
et de vibrer à l’unisson.

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Note et liens
* S’aimer (texte d’un anonyme)
- Amour, qualité (dissertation sur l’amour)
- Pour aimer, être (rappel des quatre formes de l’amour)
- Accès par l’émotion (étude d’un poème Andin)


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dimanche 10 juin 2018

L'orchestre des légumes

J'ai découvert « The Vegetable Orchestra » sur le site Reporterre (en lien ci-contre).

C'est étonnant.

Voici un extrait de concert, ~20 min., avec quatre morceaux et ambiances particuliers :




samedi 9 juin 2018

La vie, et des idées

Les idées ne devraient servir qu’à agrémenter la Réalité (naturelle),
un peu comme les épices qui relèvent le goût d’un repas.

Nous sommes d’accords, je suppose, que
ce sont les aliments qui nourrissent,
et non pas les épices.

On peut manger sans épicer le repas, et l’apprécier,
de sentir le goût de chaque aliment.


Si le plat préparé contient trop d’épices, burk, ça arrache.

Aux amateurs, le repas semble fade s’il manque d’épices.

Que se passerait-il si le repas ne contenait que des épices ?

On peut manger un repas sans épice,
mais pas le contraire.


Vous saisissez la corrélation entre vie/repas et idées/épices ?

Les idées sont comme les épices pour un repas.
Or nous en sommes à préférer des idées à « ce qui est »
(pour des promesses d’un monde meilleur, par exemple,
ou pour une soi-disant « sécurité alimentaire » obtenue
avec des pesticides nocifs anéantissant non seulement la terre,
les petits animaux et insectes, mais aussi les nappes phréatiques, l’eau !)

C’est devenu plus fort que nous, un besoin frénétique et irrépressible
de toujours modifier la Réalité, car nous ne l’acceptons pas telle quelle.

Certains, et je l’ai entendu à de nombreuses reprises, disent par exemple :
« la terre, c’est sale » (heureusement que le goudron est propre et, surtout, sain).


Les idées ne nourrissent ni le corps physique ni l’appareil respiratoire,
et elles ne nous procurent aucune impression (naturelle, spontanée,
reliée à ce qu’il se passe soit, aux innombrables stimuli du monde extérieur).

Penser, imaginer, ruminer, calculer, inventer, établir des plans et stratégies, etc.,
les idées ne nous nourrissent pas, elles pompent notre énergie.

Nous dépensons notre énergie à penser.
Puis,
nous dépensons notre énergie à tenter de mouler la Réalité,
de la remodeler, de la modéliser selon nos fantasmatiques idéaux.

Chacun peut le constater : à l’extérieur c’est la catastrophe
(on croyait l’Antarctique préservé ; or, maintenant que ça fond,
et qu’ils vont y chercher du pétrole et autres,
ils découvrent que c’est pollué notamment de plastique, etc.)
Voilà où nous ont mené nos idées.
Certains préconisent un brainstorming de nouvelles idées,
pour trouver des solutions, pour que ça s’arrange !

... ?

Se demander : qu’est-ce qui me permet de me sentir en vie ?

Les idées ?
Style « je pense donc je suis ». 

Ou, peut-être, ce qu’on éprouve ?
Genre « je ressens donc je suis en vie ».

? … ?

Qu’est-ce qui permet de penser, d’avoir des idées ?

Notre troisième nourriture : les impressions.

L’intellect n'intervient que dans un second temps,
afin de traiter les impressions soit, les informations reçues.
C’est la fonction de l’intellect : traiter et calculer des données,
puis de les conceptualiser, de théoriser, etc.

Comment sont "captées" les impressions ?

Par les sens et l’écoute de soi, de son ressenti ;
c’est-à-dire par les sensations, par l’instinct aussi,
et par l’émotion, par le sentiment général qui nous imprègne.

Je vibre,
je suis vivant,
j’éprouve (quelque chose).


jeudi 7 juin 2018

Pouvoir et violence, inséparables.

De chaque chose, de chaque être, se dégage du pouvoir

Au sein de notre monde interactif,
on peut tout considérer sous forme de pouvoirs.
Ce n’est, bien-sûr, qu’une vision des choses, une lecture.

Chacun de nous a du pouvoir, son pouvoir personnel,
notamment son énergie propre, ses élans et volonté.
Par exemple,
dans toute relation il est question d’un échange de pouvoirs :
ainsi, si je suis plombier de métier et que je rencontre un électricien,
je puis profiter de ses connaissances en électricité et lui,
des miennes en plomberie ; ce qui représente un échange de pouvoirs
au travers d’une interaction que l’on peut qualifier de constructive, intelligente.
C’est ce que j’appelle une relation gagnant-gagnant.


Il ne faut pas perdre de vue, en conscience, que les humains,
nous sommes tous conditionnés à obéir à des figures d’autorité :
père et mère, Nation, Église, professeur, docteur, patron, etc.
De la sorte,
chacun de nous délègue de son pouvoir aux diverses autorités.
Pour le dire autrement, par ce biais chacun donne de son pouvoir personnel,
c’est-à-dire de son énergie propre.
On donne de notre énergie au Système, à l’État, par exemple.

Il se trouve qu’actuellement les autorités,
pour exercer leur important pouvoir,
tentent de nous modeler, modéliser, uniformiser,
en nous faisant rentrer dans des cases pré-étiquetées ;
un peu comme le font les médecins avec leur diagnostic,
servant à se référer à une théorie et à trouver le médicament préconisé,
parce que, au fond, ils ne savent pas comment soigner et aider.
Mais ils veulent garder, maintenir, un pouvoir sur leurs patients.


À chacun son pouvoir

Pour garder de son pouvoir personnel :
ne jamais accepter une assertion, de qui que ce soit,
sans l’avoir soupesée, évaluée, et même niée.
Écouter son ressenti,
et entreprendre des investigations si nécessaire,
afin de vérifier que l’assertion corresponde ou non ou partiellement à la réalité.
Il s’agit donc d’exercer son esprit critique, en toute situation,
et ce même devant un Jésus-Christ ou autre prophète.
Comment reconnaître une vérité sans remise en question,
sans avoir exercé son esprit critique ?


Inconsciemment ou sciemment,
chacun lutte pour disposer de davantage de pouvoir.
Et le Système tout-puissant encourage cette incessante compétition.

De cette dynamique sociale hiérarchisée, il faut comprendre que
en reprenant, récupérant, de son pouvoir personnel,
l’autorité perd du pouvoir accumulé, de sa puissance.
Si chacun de nous se réappropriait son pouvoir personnel,
les autorités se retrouveraient comme le roi esseulé sur sa planète,
dans l’histoire du Petit Prince de St-Exupéry.
Idem avec les multinationales : en cessant d'acheter leurs produits,
ils perdent de leur pouvoir,
pouvoir qui se répartira entre plusieurs petits producteurs.


Le côté obscur du pouvoir

En saisissant cette dynamique interactive, on peut constater que :
plus on affaiblit une personne, l’autre, plus on y gagne du pouvoir.
Mais ce pouvoir "volé" est une énergie noire, malsaine.

On prend ainsi conscience de l’importance de veiller sur son pouvoir personnel.

On comprend aussi les raisons et motivations
de ceux qui n’hésitent pas à agresser psychiquement les autres gens.
Toutes personnes obnubilées par le pouvoir deviennent des voleuses d’énergie,
des dépouilleuses d’âmes, des castratrices d’élans, des vampires.

La violence humaine résulte la plupart du temps d’une quête de pouvoir,
pour davantage de puissance et jouissances (mentales).

L’emprise sur quelqu’un stimule le sentiment de pouvoir, de puissance.
L’emprise sur tout un peuple doit procurer un sentiment vertigineux de puissance,
comme une star de musique se produisant devant 20'000 personnes en adoration
(cela a été mis en scène dans le film « the wall » des Pink Floyd,
où la star se transforme, au fur et à mesure du concert, en dictateur nazi).

Se rappeler que
nous sommes tout à la fois, plein de personnalités (ou « moi ») passionnées,
et non seulement un diagnostic ou une case étiquetée ou un profil type.

Anecdote (déjà racontée sur l'autre plateforme) :
dans le cadre d’une formation,
un matin les psychopathologies ont été abordées.
Plus le temps passait, plus je me sentais mal à l’aise...
de me reconnaître dans de nombreux symptômes !
Je me suis inquiété pour ma santé psychique.
À la pause repas, avec mes collègues-amis, en riant (décompression),
j’ai abordé le sujet de front : « je me suis reconnu dans plusieurs maux décrits, ce matin ».
Eh bien, figurez-vous que la plupart se sont confiés à leur tour : c’était pareil pour eux !
Vous avez compris ?

Nous sommes à la fois un peu névrosé, un peu parano, un peu maniaco-dépressif,
plus ou moins sensible, un peu schizo, plus ou moins blessé intérieurement, etc.
Tout cela ne devient problématique, pathologique, que du moment
où l’une (ou plusieurs) de ces caractéristiques s’exacerbe, s’exalte ou pire, se dérègle.


Nous avons chacun du pouvoir personnel.
Nous avons chacun des qualités et des défauts,
des aspects nébuleux et d’autres lumineux,
nos moments de courage, nos moments de lâcheté, etc.

Penser toujours au mouvement incessant et fluctuant,
car nous ne sommes jamais ceci pour la vie,
mais nous sommes tout cela à la fois,
et plus encore…


De la violence psychique, inconsidérée

Il nous faut considérer que, en plus de la violence physique, visible,
il existe une violence dite psychique.
L’abus de pouvoir, par exemple, est violence psychique (contre l’abusé).

La violence psychique blesse l’intériorité d’une personne, sa sensibilité,
pouvant aller jusqu’à la déstabiliser, malmener son estime de soi (amour propre),
ce qui, à force de répétition, aliène son esprit et fragilise son âme.

Lorsque quelqu’un ou l’État se sert de notre pouvoir personnel
sans notre consentement conscient, cela génère de la violence.

L’intruisme est une forme de violence psychique
puisqu’on impose à l’autre des valeurs, un comportement, etc. ;
et cette violence peut se produire de façon parfaitement civilisée, polie, souriante,
c’est-à-dire sans signe extérieur d’agressivité ni de brutalité.

Se méfier des pacifistes et autres non-violents autoproclamés.
Voyez ce qu’il se passe depuis deux mille ans avec les Églises prônant l’amour de Dieu…


L'or, l'argent, le système monétaire ne génère que déséquilibre et violence,
une violence psychique pensée, voulue, par l'humain et ses idées.
Exemple : un bébé naît dans une famille multimillionnaire,
donc dans un lit de pouvoirs (que procure l'argent),
et, au même instant,
un bébé naît dans un bidon-ville, sans aucun pouvoir (social).





Cause de la violence : un schisme
entre ce qui est et ce qu’on aimerait qui soit


Voici ce qu’est le mal : se faire des idées sur ce qui devrait être. Ne pas accepter « ce qui est ».

La "première" violence résulte du décalage entre la Réalité (naturelle) et les idées.

Avec nos idéaux, la plupart du temps, on se fait violence à soi-même.

D’insister et de se raccrocher à des idées rend violent (psychiquement),
même si de façon distinguée, civilisée et maniérée, en apparence.

La non-violence implique de cesser de se faire des idées sur ce qui devrait être.


En résumé

Il est important, vital, de prendre conscience et soin de son pouvoir personnel (devenir responsable).

Chercher à augmenter son pouvoir, si souhaité, mais sans porter préjudice à quiconque
afin que l’élan ‒ l’énergie, la force ‒ reste pur, sain.

S'efforcer d’utiliser son énergie eu rapport et en harmonie avec ce qu’il se passe,
en adéquation avec « ce qui est ».
Discernement et tempérance.

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mercredi 6 juin 2018

Le cinquième rêve



Au début, le Grand Esprit dormait dans le rien.
Son sommeil durait depuis l’éternité.

Et puis soudain, nul ne sait pourquoi,
dans la nuit, il fit un rêve.

En lui gonfla un immense désir…

Et il rêva la lumière.
Ce fut le premier rêve. La toute première route.

Longtemps, la lumière chercha son accomplissement, son extase.

Quand finalement elle trouva,
elle vit que c’était la transparence.

Et la transparence régna.

Mais voilà qu’à son tour,
ayant exploré tous les jeux de couleurs qu’elle pouvait imaginer,
la transparence s’emplit du désir d’autre chose.
À son tour elle fit un rêve.
Elle qui était si légère,
elle rêva d’être lourde.

Alors apparut le caillou.
Et ce fut le deuxième rêve. La deuxième route.

Longtemps, le caillou chercha son extase, son accomplissement.

Quand finalement il trouva, il vit que c’était le cristal.

Et le cristal régna.
Mais à son tour, ayant exploré tous les jeux lumineux de ses aiguilles de verre,
le cristal s’emplit du désir d’autre chose, qui le dépasserait.
À son tour, il se mit à rêver.
Lui qui était si solennel, si droit, si dur,
il rêva de tendresse, de souplesse et de fragilité.

Alors apparut la fleur.
Et ce fut le troisième rêve, la troisième route.

Longtemps, la fleur, ce sexe de parfum,
chercha son accomplissement, son extase.
Quand enfin elle trouva, elle vit que c’était l’arbre.

Et l’arbre régna sur le monde.

Mais vous connaissez les arbres.
On ne trouve pas plus rêveurs qu’eux
(ne vous amusez pas à pénétrer dans une forêt qui fait un cauchemar).
L’arbre, à son tour, fit un rêve.
Lui qui était si ancré à la terre,
il rêva de la parcourir librement,
follement, de vagabonder au travers d’elle.

Alors apparut le ver de terre.
Et ce fut le quatrième rêve. La quatrième route.

Longtemps, le ver de terre chercha son accomplissement, son extase.

Dans sa quête, il prit tour à tour la forme du porc-épic,
de l’aigle, du puma, du serpent à sonnette.
Longtemps, il tâtonna.

Et puis un beau jour, dans une immense éclaboussure…
au beau milieu de l’océan… un être très étrange surgit,
en qui toutes les bêtes de la terre trouvèrent leur accomplissement,
et ils virent que c’était la baleine !

Longtemps cette montagne de musique régna sur le monde.

Et tout aurait peut-être dû en rester là, car c’était très beau.

Seulement voilà…
Après avoir chanté pendant des lunes et des lunes,
la baleine, à son tour, ne put s’empêcher de s’emplir d’un désir fou.
Elle qui vivait fondue dans le monde, elle rêva de s’en détacher.

Alors, brusquement nous sommes apparus, nous les hommes.
Car nous sommes le cinquième rêve, la cinquième route,
en marche vers le cinquième accomplissement, la cinquième extase.

Et ici, je vous dis : faites très attention !
Car, voyez-vous :
Dans la moindre couleur, toute la lumière est enfouie.
Dans tout caillou du bord du chemin, il y a un cristal qui dort.
Dans le plus petit brin d’herbe, sommeille un baobab.
Et dans tout ver de terre, se cache une baleine.

Quant à nous,
nous ne sommes pas le « plus bel animal »,
nous sommes le rêve de l’animal !
Et ce rêve est encore inaccompli…

‒ Légende amérindienne