mardi 20 novembre 2018

Volonté ou contrainte

La pire chose qu’on puisse faire subir à un être humain,
nous le savons tous, depuis longtemps,
consiste à l’enfermer contre son gré,
par exemple en prison ou dans un hôpital psychiatrique.

Une autre condamnation, tout aussi terrible que l’enfermement,
est le rejet (d’une famille, d’une communauté, etc.)

L’isolement affectif,
le sentiment d’exclusion,
la contrainte de solitude,
tout comme la privation de la liberté de mouvement,
sont clairement néfastes, violents, destructeurs pour le psychisme.

Toutefois, comme toujours, le contexte est important
aussi, il est indispensable de distinguer entre :
- un isolement contraint,
- et un isolement voulu.
Et il faut également distinguer entre :
- un isolement entre quatre murs dans une ville,
- et un isolement en forêt où grouillent diverses formes de vie, par exemple.
Il en va ainsi pour beaucoup de choses : pour la solitude, pour la marginalisation, etc.

Par exemple : mettons qu’un homme de 45 ans perde son travail, puis sa femme ;
ne trouvant plus de travail, peu à peu, le gars se retrouve marginalisé.
Cet homme n’a pas choisi cette situation, il la subit.
Violence, incompréhension, perte de l’estime de soi (« suis-je nul ? ») et souffrance.

Par contre,
choisir la marginalité, la souhaiter, par exemple pour résister contre le Système,
n’est pas une situation subie. Dans ce cas, la marginalité devient un choix de vie.
Le choix de la marginalité peut faire du bien à la personne…

Il ne faut pas tout mettre dans le même sac.
Discernement entre contrainte (pas le choix)
et volonté, impliquant un choix.

NB : c’est parce que nous ne voulons pas considérer certains choix, certaines libertés,
et parce qu’on nous conditionne à mépriser tout autre mode d’existence,
que nous craignons les gens du voyage et gitans, par exemple,
et ceux souhaitant vivre simplement, dans un jardinet, avec une chèvre,
qu’on accuse d’ultra-gauchisme écolo, utopistes et radicaux.


Je précise cette évidence car, en septembre, j’ai lu un livre racontant
ce qu’un journaliste-écrivain avait appris concernant 27 ans de vie
d’un homme s’étant isolé dans une forêt, aux States.
L’investigation et, surtout, ce qu’on apprend (peu) de cet homme solitaire m’a passionné ;
par contre, les commentaires et essais de compréhension du journaliste m’ont agacé.
Par exemple : ce dernier comparait l’emprisonnement et, pire, l’isolement en prison,
avec la solitude volontaire de cet homme !

Nous sommes tellement convaincus qu’on ne peut pas vivre autrement qu’en société civilisée
qu’on part de l’idée ‒ un a priori ‒ que le choix de ce gars, de s’isoler de notre société,
est anormal.
Pourtant, il existe des ermites, des moines, des yogis, des gurus et autres.
Depuis la nuit des temps des individus choisissent la solitude, durant une période ou plus.

Difficile de se dire à soi-même et donc, d’accepter, que peut-être et simplement
ce gars n’aimait pas et ne voulait pas de notre monde "hum’anus-capitaliste".
De se contenter de cette éventualité met mal à l’aise, puisqu'il se pourrait
que cet homme ait eu raison de s’isoler, de fuir notre société avide et malsaine,
ce qui impliquerait des remises en question concernant notre mode de vie
et nos certitudes. Aïeuh, veux pas.

Vrrrouuuummm…

Après la parution de ce livre,
autant le journaliste-écrivain, que des spécialistes, que des lecteurs et internautes,
plusieurs de rationaliser notamment en décidant que cet homme est un « autiste Asperger ».
Ah, voilà ! Ça explique tout. On a tout compris : le gars est un drôle, un « pas normal ».
On peut donc continuer notre train-train de vie, dévastateur pour les âmes et la Nature.
En quoi cela fait-il avancer le schmilblick d’étiqueter cet homme d’Asperger ?
Que comprenons-nous de son expérience ayant duré 27 ans ?
Que nous dit, nous apprend, nous réfléchit, son choix de vie ?
Après avoir lu lire ce livre et avec cette façon de diagnostiquer, on n’apprend rien.


Conclusion : faire la part des choses avec esprit critique.
Réfléchir en remettant la situation dans le contexte.
Dans l’exemple,
on ne se sent pas pareillement dans une forêt que dans une prison,
pire, qu’en cellule d’isolement d’une prison !
Évidence.
D’autant plus si l’individu a choisi de rester seul,
contrairement au prisonnier contraint.

Les deux situations ne sont pas du tout semblables
aussi, elles ne peuvent pas et ne doivent pas être comparées,
et il ne faut pas prendre des faits d’une situation
pour expliquer l’autre situation.
Non-sens délirant.

NB : ce propos renvoie également à la relation que chacun entretient avec soi-même.
Fonctionnez-vous plutôt à la contrainte ou agissez-vous selon votre souhait, votre élan ?
Avez-vous remarqué qu’agir de sa propre volonté, selon sa propre conception du monde,
n’est pas du tout pareil que lorsqu’on se contraint à agir d’une certaine façon ?


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