lundi 21 mai 2018

Misère affectivo-sexuelle (+18 ans)

Un médecin, psychiatre, psychanalyste, nommé Wilhelm Reich
a poussé un coup d’gueule en été 1945.

Pour l’histoire,
ce scientifique créatif s’est fait expulser de l’ordre des psychanalystes,
puis, plus tard, s’est fait huer pour sa découverte de l’orgone.
(Il est question de l’énergie vitale. Certains relient « orgone » à l’éther, au prana, au Ki).
Poursuivant tout de même ses recherches, malgré un interdit gouvernemental,
il a été emprisonné en 1956. Quelques mois plus tard, il meurt en prison
suite à une crise cardiaque, dit-on (il n’y a pas eu d’autopsie).

En mai 1957, depuis la bibliothèque de la prison, peu avant son décès,
W. Reich écrivait ces mots à son fils :
« Je suis fier de me retrouver en si bonne compagnie avec les Socrate, Christ,
Giordano Bruno, Galilée, Moïse, Savonarole, Dostoïevski, Gandhi, Nehru,
Mindszenty, Luther et tous les autres qui combattirent contre le démon de l'ignorance,
les décrets illégitimes et les plaies sociales… »

NB : la « libération sexuelle » ne signifie pas « baiser à tous vents »,
n’importe comment et avec n’importe qui(s).
W. Reich encourageait à aimer l’amour et les rapports sexuels qui font du bien.
Mais nous confondons qualité avec quantité…
Et l’émancipation des êtres dérangent, encore aujourd’hui.


C’est un miroir qu’il nous tend,
prévoir quelques anxiolytiques et somnifères car ça fait mal, très mal…

W. Reich commence par introduire son propos intitulé « Écoute, petit homme ! » :

« Écoute, petit homme ! » n’est pas un document scientifique mais un document humain.
(…) Il est l’aboutissement de tempêtes et luttes intérieures d’un homme de science
et d’un médecin qui a observé pendant des décennies,
d’abord en spectateur naïf, puis avec étonnement et enfin avec horreur,
ce que l’homme de la rue « s’inflige à lui-même », comment il souffre et se révolte,
comment il admire ses ennemis et assassine ses amis ;
comment – au moment même où il accède au pouvoir
en assumant la fonction de « représentant du peuple » –
il abuse de sa puissance
et la rend pire que celle dont auparavant il avait à souffrir
de la part de certains sadiques des classes supérieures.
(…)
Or, c’est la recherche sur l’orgone
que dépendent pour une large part la vie et la santé de l’homme.



Il a semblé nécessaire que l’homme de la rue apprenne ce qui se passe
dans un laboratoire de recherche, qu’il sache ce qu’il représente
aux yeux d’un psychiatre expérimenté.


L’homme de la rue doit prendre contact avec la réalité
qui est seule capable de contrecarrer sa nostalgie pernicieuse de l’autorité.


Il faut lui faire savoir quelle « responsabilité » il assume,
qu’il travaille, qu’il aime, qu’il haïsse ou qu’il se livre aux commérages.


(…) quiconque lutte pour la sauvegarde de la vie (…)
doit être un adversaire du fascisme (…)
parce qu’il fait d’enfants pleins de vie et bien portants des infirmes,
des robots, des idiots moraux ;
parce que pour lui l’État passe avant le droit, le mensonge avant la vérité,
la guerre avant la vie ; (…)


Ces propos (…) s’insurgent contre la prétention cachée et méconnue
de la peste émotionnelle (…)
Ils dévoilent la nature de la peste émotionnelle,
ses manières d’agir et de retarder tout progrès.
Ils proclament la confiance dans les immenses trésors inexploités
qui se cachent au fond de la « nature humaine »
et qui ne demandent qu’à combler les espoirs des hommes.
(…)
Car l’individu pestiféré
(émotionnellement) attribue à ses semblables également
les traits de sa propre manière de penser et d’agir.
L’individu aimable s’imagine que tout le monde est aimable et agit en conséquence.
Le pestiféré croit que tous les hommes mentent, trompent,
trahissent et convoitent le pouvoir.
Il va sans dire que, dans ces conditions, la vie est désavantagée et menacée.
Quand elle se montre généreuse pour le pestiféré, elle est vidée de tout son sang,
puis tournée en dérision ou trahie ;
quand elle fait confiance, elle est dupée.




Il en a toujours été ainsi.
Il est grand temps que la vie se durcisse
là où la dureté est indispensable à la lutte pour sa sauvegarde et son développement ;
en agissant ainsi, elle ne perdra pas sa bonté,
à condition de s’en tenir courageusement à la vérité.


Ce qui nourrit notre espoir c’est le fait qu’on trouve,
parmi des millions d’individus actifs et honnêtes,
seulement « une poignée » de pestiférés qui provoquent des malheurs sans nom
en faisant appel aux impulsions ténébreuses et dangereuses de l’individu cuirassé,
nivelé dans la masse, et en le poussant à l’assassinat politique organisé.


Il n’y a qu’un seul remède contre les germes de la peste émotionnelle
dans l’individu nivelé dans la masse : sa propre perception de la vie agissante.


La vie ne réclame pas le pouvoir,
mais le droit de « remplir » la tâche qui lui est dévolue dans l’existence humaine.
Elle se fonde sur trois piliers qui ont pour nom amour, travail, connaissance.




W. Reich commence son propos en expliquant le titre de l’ouvrage :

Ils t’appellent « petit homme », « homme moyen », « homme commun » ;
ils annoncent qu’une ère nouvelle s’est levée, l’« ère de l’homme moyen ».


Cela, ce n’est pas « toi » qui le dis, petit homme !
Ce sont « eux » qui le disent, les vice-présidents des grandes nations,
les leaders ouvriers ayant fait carrière,
les fils repentis des bourgeois,
les hommes d’État
et les philosophes.
Ils te donnent ton avenir mais ne se soucient pas de ton passé.
(…)
Jamais je n’ai entendu dans ta bouche cette plainte :
« Vous prétendez faire de moi mon propre maître et le maître du monde,
mais vous ne me dites pas comment on peut se maîtriser,
vous ne me révélez pas mes erreurs dans ma façon de faire, de penser et d’agir ! »




Tu t’en remets au puissant pour qu’il exerce son autorité sur le « petit homme ».
Mais tu ne dis rien.
Tu confies aux puissants ou aux impuissants animés des pires intentions
le pouvoir de parler en ton nom.
Et trop tard tu t’aperçois qu’une fois de plus on t’a trompé.
(…)
Ne te sauve pas. Aie le courage de te regarder toi-même !
(…)
Tu as peur de te regarder,
tu as peur de la critique, petit homme,
tout comme tu as peur de la puissance qu’on te promet.
Tu n’as aucune envie d’apprendre comment utiliser cette puissance.


Tu n’oses pas t’imaginer que tu pourrais un jour ressentir autrement ton Moi ;
que tu puisses être libre et non plus comme un chien battu,
franc et non plus tacticien ; (…)
Tu te méprises toi-même, petit homme.
Tu dis : « Qui suis-je pour avoir une opinion personnelle,
pour décider de ma vie, pour déclarer que le monde m’appartient ? »




La différence entre un petit homme et un grand homme :
Le grand homme sait quand et en quoi il est un petit homme.
Le petit homme ignore qu’il est petit et il a peur d’en prendre conscience.



W. Reich poursuit en définissant le petit humain :

Il dissimule sa petitesse et son étroitesse d’esprit derrière des rêves de force et de grandeur,
derrière la force et la grandeur « d’autres hommes ».
Il est fier des grands chefs de guerre, mais il n’est pas fier de lui.
Il admire la pensée qu’il n’a pas conçue, au lieu d’admirer celle qu’il a conçue.
Il croit d’autant plus aux choses qu’il ne les comprend pas,
et il ne croit pas à la justesse des idées dont il saisit facilement le sens.



Face aux petits humains, craindre de dire la vérité.

Craindre également le petit homme(femme) en soi-même :

Mon esprit me dit : dis la vérité quoi qu’il t’en coûte.

Le petit homme en moi-même me dit :
c’est stupide d’encourir le courroux du petit homme, de se mettre à sa merci.


Le petit homme ne tient pas à apprendre la vérité sur lui-même.
Il ne tient pas à assumer la grande responsabilité qui est la sienne.
Il tient à rester un petit homme ou à devenir un petit grand homme.
(…)
Moins tu comprends, plus tu es disposé à admirer.
Tu connais mieux Hitler que Nietzsche, Napoléon que Pestalozzi.
(…)
Dans quelques pays lointains, de petits hommes ont soigneusement étudié
ton désir d’être l’esclave de n’importe qui et ont appris à devenir
sans grands efforts intellectuels de grands petits hommes.
Ces grands petits hommes sont issus de « ton » milieu,
ils n’ont pas grandi dans des palais ou des châteaux.
(…)
Tes maîtres (…) t’ont dit de mille manières :
Tu es un être inférieur sans responsabilité, et tu le demeureras.
Et tu les appelles « Sauveurs », « Nouveaux libérateurs »,
et tu t’égosilles en hurlant « heil, heil », et « viva, viva ».




C’est pourquoi j’ai peur de toi, petit homme, une peur mortelle !
Car c’est de toi que dépend le sort de l’humanité.


Et j’ai peur parce que tu ne fuis rien autant que toi-même.
Ce n’est pas ta faute.
Mais il ne tient qu’à toi de te débarrasser de ton mal.
(…)
Aucune force de police au monde ne serait assez puissante pour te supprimer
s’il y avait, dans ta vie quotidienne, seulement une étincelle de respect de toi-même,
si tu avais la conviction intime que sans toi, la vie ne continuerait pas un seul jour.
(…)
Il faut que tu comprennes que tu as fait de tes petits hommes tes oppresseurs,
que tu as martyrisé les grands hommes authentiques ;
que tu les as crucifiés, assassinés et laissé mourir de faim ;
que tu n’as pas accordé une seule pensée à leur personne
et à la peine qu’ils se sont donnée pour toi ;
que tu n’as pas la moindre idée à qui tu dois les réalisations de ta vie.




Névrosés, nous sommes malades émotionnellement :

J’ai appris que c’est ta maladie émotionnelle
et non une puissance externe
qui t’opprime à toute heure de la journée, (…)


Tes oppresseurs se recrutent dans tes « propres rangs »,
alors qu’ils provenaient naguère des couches supérieures de la société.
Ils sont même plus petits que toi, petit homme.
Car il faut une bonne dose de bassesse pour connaître d’expérience ta misère
et pour s’en servir ensuite pour « mieux t’exploiter et mieux t’opprimer ».




Si, petit homme, tu étais par hasard psychiatre, (…),
tu ferais de tous les grands hommes des sortes de criminels
ou des quasi-criminels ayant mal tourné, ou des psychopathes.


Car le grand homme se distingue en ceci de toi
qu’il ne considère pas comme le but suprême de la vie d’amasser de l’argent,
de marier ses filles à des hommes d’un haut rang social,
de faire carrière dans la politique ou d’obtenir des titres universitaires.
(…)
Tu te permets, petit homme, aveuglé par ta dégénérescence incommensurable,
d’appeler « anormal » un homme franc et simple,
parce que tu te prends pour le prototype de l’homme normal,
pour l’« homo normalis ». Tu lui appliques les critères
de tes misérables « normes » et tu conclus qu’il en dévie.


Qui a fait de lui (le grand homme « peu sociable ») ce qu’il semble être
après des décennies de souffrances indicibles ?
« Toi », ta légèreté, ton étroitesse d’esprit, tes faux raisonnements,
tes « axiomes inébranlables » qui ne résistent pas à dix années d’évolution sociale.


(…) c’est toi le « peuple », l’« opinion publique », la « conscience sociale ».
(…)
Est-ce que tu t’es jamais demandé si ton raisonnement tient debout,
s’il résiste à une étude sérieuse, fondée sur des faits sociaux permanents,
sur la nature, (…) ?
Non, tu ne t’es jamais posé la question de savoir si tes idées sont vraiment fondées.
Tu as préféré écouter l’avis de ton voisin,
ou te demander si ton honnêteté allait te coûter de l’argent.
Voilà, petit homme, le genre de questions que tu t’es posées.



Tu as tout oublié (de tes vilenies).
Mais c’est le propre du grand homme de ne pas oublier (…)
Mais crois-moi : si tu fais souffrir cent, mille, un million de fois,
si tu infliges des blessures inguérissables – même si l’instant d’après tu n’y songes plus –
le grand homme souffre à ta place, (…)


Il aimerait savoir ce qui te pousse à faire certaines choses ;
à salir un conjoint qui t’a déçu,
à tourmenter un enfant qui déplaît à un méchant voisin,
à railler ou à exploiter une personne aimable,
à prendre où l’on donne,
à donner où l’on exige,
mais à ne jamais donner là où l’on te donne avec amour ;
à donner le coup de pied de l’âne à l’homme qui tombe ou qui est sur le point de tomber ;
à mentir quand il faudrait dire la vérité,
à persécuter toujours la vérité et non le mensonge.
Tu es toujours du côté des persécuteurs, petit homme !



Dans le secret de ton âme, tu te méprises,
même – et surtout – quand tu te drapes dans ta dignité ;
et comme tu te méprises tu es incapable de respecter ton ami.
Tu ne peux pas croire que quelqu’un qui s’est assis à la même table que toi,
qui a a habité la même maison, soit capable d’accomplir de grandes choses.
(…)
Près de toi, petit homme, il n’est pas facile de penser.
Il est possible de réfléchir « sur toi », mais non de réfléchir « avec toi ».
Car tu étrangles toute pensée vraiment novatrice.
Comme mère tu dis à ton fils qui explore le monde : « Ce n’est pas pour les enfants ! »
Comme professeur de biologie, tu dis : « Les étudiants sérieux
ne se préoccupent pas de telles choses ! » (…)
Comme maître d’école tu dis : « Les enfants doivent se tenir tranquilles,
ils n’ont pas d’avis à donner ! »
Comme épouse tu dis : « Une découverte ? Tu as fait une découverte ?
Pourquoi ne vas-tu pas gagner ta vie honnêtement dans un bureau, comme les autres ? »



Je vais te dire quelque chose, petit homme : tu as perdu le sens
de ce qu’il y a de meilleur en toi. Tu l’as étranglé.
Tu l’assassines partout où tu le trouves dans les autres,
dans tes enfants, dans ta femme, dans ton mari,(…)
Tu es petit et tu veux rester petit.
(…)
Je sais combien la droiture te répugne,
je connais la terreur qui te frappe
quand on te demande de suivre ta vraie et authentique nature.
 

Il ressort de ce propos le défaut d’identification :

Je voudrais que tu cesses d’être un Untermensch et que tu deviennes toi-même.
Que tu ne t’identifies plus au journal que tu lis, aux opinons de ton méchant voisin.
(…)
Si on te place devant le choix d’aller dans une bibliothèque
ou d’assister à une rixe, tu choisiras infailliblement la rixe.


Tu cherches le bonheur, mais tu préfères ta sécurité,
même au prix de ta colonne vertébrale, même au prix de ta vie.




Concernant les publicités et les propagandes :

Tu ne te rends pas compte de la stupidité incommensurable
et du goût détestable de ces choses destinées à capter « ton » attention.

As-tu jamais prêté l’oreille aux plaisanteries que l’animateur
d’un club de nuit fait sur ton compte, sur lui-même, sur le monde rétréci et misérable ?

Écoute la publicité sur un laxatif et tu sauras qui tu es et comment tu es.

Pourquoi se moque-t-on de toi, petit homme, depuis des siècles (…) ?
Avec une grande précision, ta pensée passe toujours à côté de la vérité
comme un tireur facétieux manque toujours d’un cheveu le centre de la cible. (…)
Ton raisonnement ressemble à celui-ci : « C’est la faute des Juifs ! »
(…)
Ainsi, tu radotes, petit homme.
Par ton radotage, tu mets sur pied des unités armées qui exterminent
dix millions de Juifs alors que tu ne sais même pas ce que c’est qu’un « Juif ».
Voilà pourquoi on se moque de toi, (…)
Quand tu parles du « Juif » tu te sens un être « supérieur ».
Et tu recours à ce subterfuge parce qu’en réalité tu te sens minable.
Et tu te sens si minable,
parce que tu es toi-même ce que tu tues dans le prétendu « Juif ».
Voilà une petite parcelle de la vérité sur toi, petit homme !



Du pouvoir de l’émotion et de l’enrichissement mutuel au travers des interactions :

Tu ignores l’amour.
(…)
Tu ne sens pas l’enfant dans tes bras
et tu le traites comme un chiot qu’on peut frapper à loisir.

Tu as confondu les « conditions économiques » de la joie de vivre et d’aimer
avec une « machinerie »,
la libération des êtres humains avec la grandeur de l’État ;
le désir de sacrifice avec la « discipline » stupide du parti ;
la montée des masses avec une parade militaire ;
l’émancipation de l’amour avec le viol de chaque femme (…) ;
l’élimination de la pauvreté avec l’extermination des pauvres,
des faibles, des êtres désarmés ;
l’éducation avec la « pépinière de patriotes » ; (…)

« Tu dévores ton bonheur ! »
Tu n’as jamais connu le bonheur en toute liberté.
(…)
On t’empêche d’apprendre comment on préserve son bonheur,
comment on le soigne, comme le jardinier soigne les fleurs, le paysan la moisson.
(…)
Tu ne viens jamais prêter main forte à ton sauveur. Sais-tu pourquoi ?
D’abord parce que le chercheur n’a rien d’autre à offrir que des « idées ».
Pas de bénéfices, pas d’augmentations de salaire, pas de convention salariale,
pas de prime de fin d’année, pas de vie confortable.
Tout ce qu’il sait donner, c’est des soucis,
or, tu ne te soucies pas des soucis, tu as assez de soucis !
(…)
S’il (le chercheur-sauveur) fait tout cela c’est parce que ses fonctions vitales l’y poussent.
Il laisse aux leaders politiques et aux hommes d’Église le soin de s’occuper de toi
et de te plaindre. Son seul souci est de te rendre capable « de te tirer d’affaire toi-même ».
Mais tu ne te borne pas à une attitude passive ; tu le molestes et tu craches. (…)
Pour toi, ton prestige professionnel, ton compte en banque,
tes intérêts dans l’industrie du radium sont plus importants
que la vérité et la recherche. Voilà pourquoi tu es petit et misérable, petit homme.


« Pour posséder le bonheur, il faut travailler, il faut le mériter. »
Toi, tu ne songes qu’à dévorer ton bonheur ;
c’est pourquoi il t’échappe ; il ne tient pas à être dévoré par toi.
(…)

Il est vrai que tu tiens à avoir des « génies » et à les honorer.
Mais tes génies doivent être de « bons » génies, des génies pondérés et officiels,
sans idées démesurées – bref des génies « convenables, braves, conciliants » –
et non des génies fougueux et indomptables qui renversent toutes les barrières,
tous les obstacles. Tu rêves de génies bornés, aux ailes rognées, à l’allure civilisée,
que tu puisses promener sans rougir en triomphe par les rues de ta ville.


Tu es incapable d’évoluer, de concevoir une pensée nouvelle,
car tu n’as jamais rien donné,
mais fait que prendre ce que d’autres t’ont présenté sur un plateau d’argent.
(…)
(…) tu es saisi de panique quand tu sens le mouvement originel de l’AMOUR
ou du DON de toi. C’est pourquoi tu as « peur de donner ».

Ton geste d’accaparer n’a qu’une seule signification fondamentale :
tu es forcé de te gorger de nourriture, d’argent, (…), car tu te sens vide,
affamé, malheureux, sans connaissances authentiques
et sans le vrais désir de savoir.
C’est pourquoi tu prends la fuite devant la vérité, petit homme.
Car tu as peur qu’elle ne déclenche en toi un réflexe d’amour.
Elle te montrerait inévitablement ce que je suis en train de te démontrer.
C’est cela que tu veux éviter, petit homme.
Tu ne désires être qu’un consommateur et un patriote.


(…) la démonstration de ta constipation psychique.

Regarde un peu tes patriotes !
Ils n’avancent pas, ils marchent au pas.
Ils ne détestent pas l’ennemi mais ils ont des « ennemis héréditaires »
qu’ils remplacent tous les dix ou douze ans par d’autres ;
ils en font leurs « amis héréditaires » et puis, après un certain temps,
de nouveau leurs « ennemis héréditaires ».
Ils ne chantent pas des chansons mais des hymnes de guerre.
Ils n’étreignent pas leurs femmes, ils les « baisent » (…)

L’amour, le travail, la connaissance n’ont pas de patrie,
pas de tarifs douaniers, pas d’uniformes.
Ils sont internationaux, universels, et tout le monde les comprend.
(…)
Tu voles le bonheur comme un cambrioleur, la nuit ;
tu ne peux voir sans jalousie le bonheur des autres.


Si tu es par hasard un représentant du Ministère public,
c’est ton dernier souci de protéger la loi ou le citoyen ;
ce que tu cherches c’est un « cas » te permettant de prendre de l’avancement.
Voilà à quoi rêve un petit procureur de la République !


Mettez un casque, Mesdames, j'espère que vous êtes assurées tous risques,
on ne sait jamais avec cet empêcheur de tourner en rond :

Et toi, petite femme, (…)
Je te reproche de faire une vertu de ta laideur et de ton inaptitude à l’amour,
d’étouffer, poussée par ton amertume et par ta haine, tout amour dans les enfants,
si par hasard tu travailles dans une « école moderne » ;
c’est là ton crime, vilaine petite femme !

Ton existence est nuisible, parce que tu aliènes des enfants bien portants
à leurs pères bien portants,
parce que tu considères comme un symptôme pathologique l’amour enfantin.



Et toi, petit homme, tu es ce que tu es, tu vis comme tu vis,
tu penses comme tu penses, tu habites un monde comme le tien,
parce que tu permets à une telle femme de s’occuper de tes enfants bien portants,
de baver son amertume et son poison sur leurs âmes bien portantes.




Une histoire, une métaphore :

Sais-tu, petit homme, ce que ressent un aigle qui a couvé des œufs de poule ?
Tout d’abord, il pense qu’il va faire éclore de petits aigles qu’il élèvera
et dont il fera de grands aigles.
Mais les petits aigles se révèlent bientôt de petits poussins.
L’aigle, désespéré, veut néanmoins en faire des aigles.
Mais il ne voit autour de lui que des poules qui caquettent.
Alors, l’aigle a beaucoup de peine à réprimer son désir de dévorer tous ces poussins,
toutes ces poules. Ce qui le retient, c’est le faible espoir que parmi tous ces poussins
se trouvera peut-être un petit aigle qui, en grandissant,
deviendra un grand aigle comme lui-même, explorant à partir de son aire
de nouveaux mondes, de nouvelles idées, de nouvelles formes de vie.
C’est ce faible espoir qui empêche l’aigle triste et solitaire
de dévorer les poussins et les poules.
Mais ces derniers ne se rendent même pas compte que c’est un aigle qui les élève.
Ils ne remarquent même pas qu’il vit sur une aiguille de rocher,
au-dessus des vallées brumeuses et sombres.
Ils se contentent de manger ce que l’aigle leur apporte au nid.
Ils se réchauffent et se mettent à l’abri sous ses ailes chaudes
quand sévissent l’orage et la tempête qu’il brave sans la moindre protection.
Quand l’ouragan souffle trop fort, ils se sauvent
et lui lancent de loin de petits cailloux aigus pour le blesser.
Quand l’aigle voit cette méchanceté, son premier réflexe est de les anéantir.
Mais en réfléchissant il finit par les prendre en pitié.
Il ne perd pas l’espoir que parmi les poussins caquetants,
picotants et myopes, il se trouvera un petit aigle capable
de devenir un jour un grand aigle comme lui.
L’aigle solitaire n’a jamais abandonné cet espoir.
Et il continue de couver de petits poussins.

Tu refuses d’être un aigle, petit homme,
c’est pourquoi tu es la proie des vautours.
Tu as peur des aigles, tu préfères le grand troupeau ;
c’est pourquoi tu te fais manger avec le grand troupeau.
Car quelques-unes de tes poules ont couvé des œufs de vautour.
Les vautours deviennent tes Führer s’acharnant contre les aigles
qui voulaient te conduire vers un avenir meilleur.
Les vautours t’apprennent à te contenter de charognes
et de quelques rares grains de blé.
(…)

Tu as construit ta maison sur le sable
et tu agis ainsi parce que tu es incapable de sentir la vie en toi,
parce que tu tues l’amour dans chaque enfant avant même qu’il naisse ;
parce que tu ne supportes aucune manifestation de la vie,
aucun mouvement libre et naturel.
Tu t’effraies et tu demandes : « Que dira Madame Jones, qui dira Monsieur Meier ?


On respire, plusieurs fois...

Lire attentivement ce qui suit :

Tu n’as pas le courage de penser, petit homme,
parce que toute pensée réelle s’accompagne de sensations somatiques
et que tu as peur de ton corps.

Beaucoup de grands hommes t’ont dit :
Retourne à tes origines,

écoute la voix qui parle au fond de toi-même,
suis tes sensations authentiques, aime l’amour !
(…)
C’est parce que tu rejettes ta responsabilité
que ta maison est construite sur du sable.
Le plafond s’écroule, mais tu as ton « honneur de prolétaire »
ou ton « honneur national ».
(…) ton enfant est sur le point de se noyer,
mais tu continues à préconiser la manière forte en matière d’éducation.



Pendant des siècles, tu verseras du sang là où il faudrait protéger la vie,
et tu t’imagineras que tu instaures la liberté en te faisant aider par tes bourreaux ;
par conséquent, tu ne sortiras jamais du bourbier.
(…)

Car tu as peur de la vie, petit homme, très peur.
Tu l’assassineras au nom du « socialisme, de l’État, (…), de la « gloire de Dieu ».


Mais il y a une chose que tu ne sauras pas, que tu ne voudras pas savoir :
« que tu es le propre artisan de ton malheur, que tu le produis tous les jours,
que tu ne comprends pas tes enfants, que tu leur brises les reins
avant même qu’ils aient la force de se tenir debout ;
que tu voles l’amour ;
que tu prends un chien pour être toi aussi le « maître » de quelqu’un ».
(…)
Tu es d’avis que la fin justifie les moyens, même les moyens les plus infâmes.
Tu as tort : « la fin est contenue dans la route qui y mène.
Chacun de tes pas d’aujourd’hui est ta vie de demain. »
(…)
« Tu voles là où l’on donne,
tu donnes là où l’on vole. »
(…)
Tu veux attaquer sans t’exposer toi-même aux attaques des autres.
C’est pourquoi tu te tiens toujours en embuscade.
(…)
« La culture humaine n’a pas encore vu le jour, petit homme ! »
(…)
Tes perspectives sont infiniment trop petites, petit homme,
tu ne vois pas plus loin que du petit déjeuner au déjeuner.
(…)
Tu devras apprendre à penser en fonction de la vie (…)

Tu n’as même pas gardé le souvenir d’événements qui se sont passés il y a dix ou vingt ans,
et tu répètes les mêmes âneries que les hommes ont débitées il y a deux mille ans et davantage.
Pis, tu t’accroches à des insanités telles que « race », « classe », « nation »,
« contrainte religieuse », « interdiction d’aimer », comme un pou s’accroche à une fourrure.


Tu n’oses pas mesurer du regard la profondeur de ta misère.
(…)
Comme tu menaces toute vie,
comme il est impossible de s’en tenir en ta présence à la vérité
sans recevoir un couteau dans le dos ou de la merde dans la figure, j’ai pris mes distances.



Les méthodes pour diffuser la peste émotionnelle (il est important de comprendre,
afin de déjouer cette maladie, de déraciner ce mal) :


(…) nous avons fini par démasquer les méthodes de la peste émotionnelle.
Elle accuse la Pologne de faire des préparatifs de guerre
quand elle est sur le point de l’attaquer.
Elle attribue au rival des intentions meurtrières quand elle s’apprête à l’assassiner.
Elle reproche à la vie saine des perversions sexuelles
quand elle a l’intention de se livrer à quelque projet pornographique.
(…)
Tu te souviens sans doute du jour, petite femme,
où tu te tenais dans mon cabinet de consultation,
pleine de haine pour l’homme qui t’avait quittée.
Pendant des années, tu l’avais écrasé sous ton talon,
avec ta mère, tes tantes, tes petits-neveux, tes cousins,
mais il avait commencé à se rétrécir, car il t’entretenait, toi et toute ta parentaille. (…)
Tout ce que tu voulais c’était être entretenue par l’homme que tu détestais,
bien que tu aies un métier (…)
Tu ne sais pas que tu représentes un « certain type »,
qu’il existe des millions de femmes de ton espèce qui ruinent le monde.
Oui, oui, je sais : tu es « faible », « esseulée », trop liée à ta mère,
« désarmée devant la vie »,
tu détestes même ta haine,
tu vis en conflit avec toi-même,
tu es désespérée.
C’est pourquoi tu ruines la vie de ton mari, petite femme !
Tu te laisses emporter par le courant de la vie, telle qu’elle est aujourd’hui.



« Si vous aviez été capables de donner une seule fois votre amour à un homme »,
vous auriez sauvé la vie à plus d’un Nègre, à plus d’un Juif, (…)
(…)
Tu es malheureuse, pauvre petite femme,
parce que tes fils vont au-devant du désastre, tes filles se débauchent,
tes maris se dessèchent, ta vie pourrit avec tes tissus.
(…)

Tu veux continuer de jouer ton rôle de délateur et de dénonciateur,
de faire jeter en prison ton voisin innocent parce qu’il ne vit pas comme toi,
parce qu’il ne te salue pas assez bas.
(…)
Et la brave ménagère qui paie aussi ses impôts lance une pétition
contre le maître de la vérité (…)
Tu es plus puissante que quatre mille années de philosophie de la nature,
petite ménagère honnête, génitrice de patriotes !
Mais on commence à percer tes agissements, et ton règne prendra bientôt fin.



Faire tourner le monde dans le bon sens :

Est-ce que tu as déjà vu une punaise, petit homme,
à la lumière d’une aurore boréale ? (…)
Un jour, il y aura des lois sévères contre les punaises humaines,
« des lois protégeant la vérité et l’amour ».
Tout comme tu envoies aujourd’hui les jeunes gens amoureux dans une maison de redressement,
on t’enverra dans une maison spécialisée si tu salis la réputation d’un honnête homme.

Il y aura des juges et un Ministère public
qui ne se contenteront pas d’un simulacre de justice,
mais qui administreront une justice authentique et humaine.
« Il y aura des lois sévères pour la protection de la vie »
auxquelles tu devras te conformer même si tu les détestes.

Je sais que pendant les trois, cinq ou dix siècles à venir,
tu continueras à répandre la peste émotionnelle,
la calomnie, l’intrigue, la diplomatie, l’inquisition.
Mais un jour, tu seras vaincu par ton propre sens de l’honnêteté qui,
actuellement, est si profondément enfoui dans ton être que tu ne peux y accéder.

Je te le dis : aucun empereur, aucun tsar, aucun Père de tous les prolétaires
n’a pu te vaincre. Tout ce qu’ils ont pu faire, c’est te réduire en esclavage ;
ils n’ont pu te libérer de ta mesquinerie.
« Mais c’est ton sens de la propreté, ta nostalgie de la vie, qui auront raison de toi ».
(…)
Débarrassé de ta petitesse et de ta mesquinerie, tu te mettras à « penser ».
(…)
Tu as une peur mortelle de ta profondeur, c’est pourquoi tu ne la sens ni ne la vois.
C’est pourquoi tu es pris de vertige et tu chancelles comme au bord d’un abîme,
quand tu aperçois ta propre profondeur.
Tu as peur de tomber et de perdre ainsi ton « individualité »
si jamais tu obéis aux pulsions de ta nature.
Quand, avec la meilleure bonne foi, tu tentes de parvenir à toi-même,
tu ne trouves jamais que le petit homme cruel, envieux, goulu, voleur.
(…)
C’est cette profondeur en toi qui est ton avenir.
(…)
Tu es grand, petit homme, quand tu exerces amoureusement ton métier,
quand tu t’adonnes avec joie à la sculpture, à l’architecture, (…) ;
tu es grand quand tu trouves ton plaisir dans le ciel bleu,
dans le chevreuil, dans la rosée, dans la musique, dans la danse,
quand  tu admires tes enfants qui grandissent,
la beauté du corps de ta femme ou de ton mari ; (…) ;
quand tu lis ce que d’autres hommes et femmes ont écrit sur la vie.
Tu es grand quand, grand-père, tu berces ton petit-enfant sur tes genoux
et lui parles des temps passés, quand tu regardes l’avenir incertain
avec une confiance et une curiosité enfantines.
Tu es grande, petite femme, quand, jeune mère,
tu chantes une berceuse à ton nouveau-né, quand, les larmes aux yeux,
tu formules au fond de ton cœur des vœux pour son avenir,
quand tu édifies cet avenir, jour après jour, (…)



W. Reich parle de ses recherches, celles qui lui ont valu la prison (!) :

J’ai découvert que ton esprit est une fonction de ton énergie vitale,
en d’autres termes qu’il y a unité entre le corps et l’âme.

Je me suis rué dans cette brèche, et j’ai pu montrer que
tu projettes ton énergie vitale quand tu te sens bien et quand tu aimes,
que tu la rétractes vers le centre de ton corps quand tu as peur.

Pendant quinze ans tu as jeté le voile du silence sur ces découvertes.
Mais j’ai poursuivi mon travail dans la même direction
et j’ai découvert que l’énergie vitale,
à laquelle j’ai donné le nom d’« orgone »,

existe aussi dans l’atmosphère.
J’ai réussi à la voir

et j’ai inventé des appareils pour l’agrandir et la rendre visible.


"Ils" ont cru te tuer en espérant que tes découvertes disparaîtraient ;
ils ont détruit ton corps, ce qui est l’unique chose qu’ils savent bien faire,
ces salopards prétentieux qui n’osent pas se regarder dans le miroir.

Ce que tu as donné au monde, Wilhelm Reich, jamais ils ne pourront l’anéantir.
Ils ne l’ont pas encore compris, alors ils continuent de tuer, brider, malmener,
emprisonner, corrompre le vivant et les véritables innovations bienfaisantes…

Peut-on assassiner le lumineux et le vivant ?