lundi 18 mars 2019

Estime et culpabilité (II)


Pour comprendre le travail de Paul Diel, l’intellect ne suffit pas,
encore faut-il se regarder à l’intérieur de soi-même, s’observer,
et identifier, en soi-même, les repères qu’il nous a laissé.



Avant de poursuivre avec sa méthode d’introspection,
voici un exemple de la compréhension des mythes par Paul Diel :
N’est-il pas évident, avant même tout tentative de déchiffrement,
que les personnages mythiques figurent les causes de la santé et de la maladie de l’âme ?
Dans la mythologie grecque, Zeus symbolise la lucidité d’esprit ;
Héra, l’amour ; Athéna, la combativité de l’esprit ; Apollon, l’harmonie.

Les monstres à combattre se nomment Méduse, Chimère, Sirène.
Comment ne pas voir que ces figures monstrueuses
symbolisent les tentations chimériques du subconscient
et leurs fausses promesses de satisfaction, pathogènes
parce que suggestives au point d’être médusantes, irrésistiblement obsédantes.
Ces quelques exemples donnent un aperçu de l’immense importance de la symbolique
et de ses sous-jacentes significations pour la santé et l’insanité de l’âme humaine.
Remarque : P. Diel déchiffrait les mythes et rêves grâce notamment à son calcul Ψ,
technique majeure de sa « psychologie de la motivation ».


Reprenons l’étude de son approche des choses dans la psyché (en notre intériorité).

NB : selon P. Diel, la première fonction psychique à se dérégler est ce qu’il a nommé « la Vanité ».
Dans la Vanité sont inclus l’ego, le faux-moi, l’image de soi, l’idéal du moi, l’orgueil.
Notons que la Vanité est étroitement liée à l’estime de soi.

Autant la sous-estime de soi que la surestime de soi sont vanités.

La fausse estime de soi (ou Vanité) dérègle la fonction de la culpabilité
qui, ensuite, devient, soit excessive, soit absente car la personne banalise
en niant et refoulant son sentiment de culpabilité. À la longue,
ce type de personne n’entend plus la voix de son surconscient, du bon sens,
passant son temps à s’autojustifier et à rationaliser, en se complaisant dans sa suffisance.

Paul Diel invitait à distinguer trois degrés majeurs de la psyché :
le subconscient, le conscient et le surconscient (ou extra-conscient).

Note : un subconscient n’existe pas comme existe un organe, par exemple.
Ce que nous avons refoulé et inhibé forme une sorte de kyste dans le conscient,
en quelque sorte, ce qui provoque des interférences dans le raisonnement.

En le subconscient évolue le refoulé : les désirs frustrés, honteux et insatisfaits,
ainsi que le produit de la culpabilité déniée.
L’énergie du subconscient, en nous-mêmes, est morbide,
ce qui génère une production d’imagination, de pensées et d’idées,
fausses, contraires au bon sens et, à la longue, pathologiques
(une dysharmonie qui perdure provoque des maladies,
soit psychiques, soit somatiques, soit psychosomatiques).
Le subconscient (…) ne désigne pas le non-connu,
mais le connu dont nous ne voulons rien savoir : le refoulé.
Ce que nous dérobons ainsi au conscient est la vérité essentielle,
la vérité sur nous-mêmes.
Nous refoulons cette vérité à des degrés d’intensité variables,
désorganisant ainsi notre vie intérieure, la vie des désirs, la vie tout court.
C’est bien là que réside le secret du psychisme.

Le surconscient est la voix du bon sens en chacun de nous.
C’est ce qui, en nous-mêmes, sent-sait ce qui est bon et juste pour soi.
Il est question du savoir-rester en bonne santé tant psychique (intérieure) que physique,
ainsi que d’entretenir une relation harmonieuse entre soi et le monde extérieur.
En effet, la vie psychique se résume par le conflit entre valeurs et non-valeurs.
Il s’agit de mettre de l’ordre en soi-même, en son intériorité,
notamment en triant entre les désirs à valoriser et les autres, les vains.
Il n'est pas question de se frustrer (ascétisme, discipline de fer, etc.) ni de s’interdire,
mais de prendre conscience des conséquences possibles à long terme de chaque désir.

Durant la nuit, nos rêves ont fonction de nous réharmoniser
notamment au travers, et grâce, au conflit entre le surconscient et le subconscient.
Il s’agit de comprendre que le surconscient, par les rêves,
tentent de faire entendre raison au faux-moi.
Si les images mythiques ont anciennement guidé les sociétés
(autant dire l’espèce humaine), les rêves, continuation nocturne
de l’intime délibération journalière, nous proposent – symboliquement figurée –
la solution sensée des problèmes vitaux qui inquiètent l’homme,
indécis jusque dans son sommeil.
Dans le sommeil, le conscient étant éliminé,
le surconscient et le subconscient s’affrontent.

Le surconscient tend à imposer au subconscient disharmonisant
son impératif d’harmonisation.
Le rêve nocturne assume ainsi (…) une fonction assainissante.

Concernant le surconscient, il précise plus avant :
Le surconscient est plus que conscient : il sait que
la condition de la joie est l’harmonie des désirs.

Note : par « délibération », P. Diel désigne l’action du dialogue (ou bavardage) intérieur
jugeant, considérant, justifiant, rationalisant, etc., c’est-à-dire qu’en nous-mêmes
nous délibérons, souvent inconsciemment (automatiquement et mécaniquement)
notamment en réfléchissant, en ressassant, en rêvassant, etc.


Paul Diel poursuit en abordant la fonction centrale, selon lui, de la culpabilité :
Or, et ceci est d’une importance primordiale,
le surconscient exerce sa fonction d’avertissement
non seulement par le rêve nocturne, mais tout au long de la délibération diurne.

L’avertissement salutaire (du surconscient) (…) se manifeste sous la forme
du « sentiment contraignant de culpabilité ».
L’ « angoisse coupable » constate la disharmonie intime,
le désaccord de l’homme avec lui-même.
Elle le constate sous la forme d’un saisissement émotif destiné à
le contraindre d’abandonner ses projets discordants : les motivations faussées.

Elle fournit la preuve que les promesses de satisfaction sont fausses,
puisque ce sont elles qui provoquent, au lieu des satisfactions promises,
l’insupportable angoisse coupable.
La culpabilité est le sentiment d’automésestime.
L’angoisse coupable s’aggrave en autocondamnation si, en dépit
de l’avertissement surconscient, le conscient se laisse entraîner
à réaliser activement les désirs, les projets, les motifs, frappés de l’interdit salutaire.
Mais c’est dans les cas où le conscient refoule – par voie de fausse autojustification –
l’insupportable autocondamnation que se produit l’autochâtiment : le dérèglement
symptomatique du raisonnement (nervosité, névroses, psychoses)
ou le dérèglement de l’harmonie somatique, la dysfonction des organes
chargés de la réalisation active des désirs disharmonieusement exaltés
(appareil sexuel ou digestif, système moteur, système nerveux)
.

P. Diel détaille divers aspects de la culpabilité.
La culpabilité aussi peut être faussée, ce qui énerve le corps.
L’auteur explique que la morale sociale, hypocrite, cause une « pseudo-culpabilité »,
soit idéologique, soit moralisante.
Pour l’auteur, rien de pire que la morale sociale et que le moralisme.

Il continue :
Les diverses formes de culpabilité, leur sublimation ou leur refoulement,
étant la « plaque tournante du fonctionnement psychique sain ou malsain »,
il est capital de percer à jour plus clairement encore la différence essentielle
existant entre l’« angoisse coupable » du surconscient, d’une part,
et, d’autre part, les deux attitudes pathologiques : la fausse culpabilité de la nervosité
et l’absence de culpabilité, phénomène fréquent qui mérite le nom de « banalisation ».
Je comprends qu’il s’agit de distinguer entre un sentiment de culpabilité immanent
d’entre le faux-sentiment de culpabilité se référant à des repères extérieurs à soi
(idéologies, morales religieuses, culpabiliser les victimes du système en les accusant de…, etc.)

Concernant les premières manifestations de la culpabilité, P. Diel a écrit :
La culpabilité reste, à l’âge tendre, fixée aux louanges et aux blâmes,
mais elle possède néanmoins déjà à cet âge un soubassement plus authentique,
car l’enfant voudrait de tout son élan vivre sans culpabilité :
en accord avec lui-même et en lien d’amour avec les parents.

Commentaire : la culpabilité morbide est liée au faux-moi
qui se réfère à des valeurs et morales du monde (extérieures à soi).
De penser et d’agir en adhérant à une morale extérieure nous déconnecte de nous-mêmes,
en quelque sorte. Pour le dire autrement, on ne s’écoute pas (notre éthique personnelle)
pour obéir à des idéologies et disciplines inculquées par des tiers (bientôt par des ordinateurs),
ce qui détraque notre rapport à la culpabilité.
De ce mauvais fonctionnement de la culpabilité découle, soit la banalisation (on devient indifférent),
soit l’angoisse, la nervosité (on culpabilise pour tout, pour rien,
sans se rendre compte qu’on évolue à côté de nos baskets).

La culpabilité saine est liée à l’écoute de la part surconsciente de soi-même.
Ce sentiment nous avise, soit d’une erreur – d’une action qui dévie, d’un choix inapproprié –,
soit d’un besoin de remise en question eu rapport à un survenu, etc.
Le jour (en phase d’activités), le surconscient envoie des signes, par exemple physiques,
pour nous informer du besoin de rester bien centré et équilibré sur notre voie,
alors que la nuit (en phase de sommeil) le surconscient s’exprime
par le symbolisme, à travers les rêves.

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