La peur est la petite mort qui conduit à l'oblitération totale. La peur tue l'esprit.
J'affronte ma peur. Je lui permets de passer sur moi, au travers de moi.
Et lorsqu'elle sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur son chemin.
Et là où elle sera passée, il n'y aura plus rien. Rien que moi.
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vendredi 5 juin 2020

Citadelle, vanité (XIII)


L’orgueil justement estimé (Paul Diel parlait de « fierté légitime ») n’est pas vanité :

Je condamne ta vanité, mais non pas ton orgueil,
car si tu danses mieux qu’une autre,
pourquoi te dénigrerais-tu en t’humiliant devant qui danse mal ?

Il est une forme d’orgueil qui est amour de la danse bien dansée.

Mais l’amour de la danse n’est point amour de toi qui danses.
Tu tires ton sens de ton œuvre,
ce n’est point l’œuvre  qui se prévaut de toi.
Et tu ne t’achèveras jamais, sinon dans la mort.

mercredi 3 juin 2020

Citadelle, prendre conscience (XII)


Prendre conscience passe par ne plus dénier « ce qui est » de dérangeant,
et ne plus nier nos erreurs.
Par exemple, prendre conscience que notre instruction, notre civilisation, nous abrutit l’esprit.

Voyons ce qu'en dit Antoine de Saint-Exupéry :

Prendre conscience, ce n’est point recevoir le bazar d’idées qui ira dormir.

Peu m’importent tes connaissances
car elles ne te servent de rien sinon de me construire un pont,
ou de m’extraire l’or, ou de me renseigner si j’en ai besoin sur la distance des capitales.
Mais ce formulaire n’est point l’homme.

mercredi 27 mai 2020

Citadelle, l'obsession de l'ordre (XI)


Le besoin d’ordre n’est pas un but, Antoine de Saint-Exupéry nous le rappelle.

Un fonctionnement socio-politique s’appuyant sur une force armée pour imposer un ordre
ne peut que mener aux conflits, à la violence et à la mort de l’âme (manque de « ferveur ») :

Car si tu fais appel à tes gendarmes et les charges de te construire un monde,
aussi souhaitable soit-il, ce monde ne naîtra point
car il n’est point du rôle ni de la qualité du gendarme d’exalter ta religion.
Il est de son essence non de peser les hommes mais de faire exécuter tes ordonnances (…)
Mais si tu renforces son rôle et le charges de peser l’homme,
ce que nul au monde ne saurait faire,
et de te dépister le mal selon son propre jugement
‒ et non de seulement observer les actes, lesquels actes sont de son ressort ‒
alors comme rien n’est simple,
comme la pensée est chose mouvante et difficile à formuler,
et qu’en réalité il n’est point de contraires,
seul subsisteront libres et accéderont au pouvoir
ceux qu’un puissant dégoût n’écartera point de ta caricature de vie.
Car il s’agit d’un ordre qui précède la ferveur d’un arbre
que prétendent construire les logiciens
et non d’un arbre né d’une graine
.
Car l’ordre est l’effet de la vie et non sa cause.
L’ordre est signe d’une cité forte et non origine de sa force.
La vie et la ferveur et la tendance vers, créent l’ordre.
Mais l’ordre ne crée ni vie, ni ferveur, ni tendance vers.


Et ceux-là seuls se trouveront grandis qui, par bassesse d’âme,
accepteront le petit bazar d’idées qui est du formulaire du gendarme,
et troqueront leur âme contre un manuel.

Car même si haute est ton image de l’homme et noble ton but,
sache qu’il deviendra bas et stupide en s’énonçant par le gendarme.
Car il n’est point du rôle du gendarme de charrier une civilisation,
mais d’interdire des actes sans comprendre pourquoi.

vendredi 22 mai 2020

Citadelle, ennui et cruauté (X)


Pour A. de St-Exupéry, l’ennui provient du manque d’activité sensée.
Comme vu, d’aller chercher son eau au puits donne sens à la vie,
alors que d’envoyer quelqu’un le faire à sa place ôte, à force, le goût de vivre.

Autre chose est de réussir l’ascension de la montagne,
ou, porté en litière, de rechercher de paysage en paysage la perfection.
Car à peine as-tu mesuré les contours de la plaine bleue,
que tu y trouves déjà l’ennui
et pries tes guides de te porter ailleurs.


Et te donnerais-je dix mille femmes que,
l’une après l’autre, tu les viderais aussitôt de leur vertu particulière,
et qu’il t’en faudrait bien plus encore pour te combler,
car tu es divers selon les saisons, selon les jours, selon les vents.

vendredi 15 mai 2020

Citadelle, de l'ennemi (VIIII)


Suite d’extraits tirés de Citadelle de Antoine de Saint-Exupéry.


La quête de la perfection nécessite quelques... aménagements :

Celui qui aime la perfection, il embellit toujours.

dimanche 10 mai 2020

Citadelle, nourritures (VIII)


Au sujet des diverses nourritures (et non seulement celle fournie par le manger)
que l’humain méconnaît ou plutôt, ne connaît plus, dont il a oublié les bienfaits,
Antoine de Saint-Exupéry a écrit :

M’apparut ainsi la seule fontaine où se pussent abreuver l’esprit et le cœur.
Le seul aliment qui te convînt.
Le seul patrimoine à sauver.
Et qu’il te fallait rebâtir là où tu avais dilapidé.
Car te voilà assis parmi tes ruines d’objets épars,
et si l’animal est satisfait,
l’homme est chez toi menacé par la famine
et ne connaissant point ce dont il a faim
,
car tu es de même ainsi bâti que ton besoin de nourriture est le fruit de ta nourriture
et que si une part de toi est maintenue chétive
et en demi-sommeil faute d’aliment ou d’exercice,
tu ne réclames ni cet exercice ni cet aliment.

samedi 2 mai 2020

Citadelle, une place pour chacun (VII)


Comme vu, Antoine de St-Exupéry a parlé d’efforts qui font participer le corps
et qui doivent avoir du sens pour la personne.
Il parle aussi de notre rapport au devoir :
Tu reconnaîtras un devoir, à ce que d’abord il n’est point de toi de le choisir.

C’est pourquoi se trompent ceux-là qui cherchent à plaire.
Et pour plaire se font malléables et ductiles.
Et répondent d’avance aux désirs.

Et trahissent en toute chose afin d’être comme on les souhaite.

dimanche 26 avril 2020

Citadelle, État policier (VI)


Tour de guet, porte principale de la Citadelle de Jaisalmer - Rajasthan - Inde


Contexte de l'extrait : le Roi de la Citadelle est sollicité par les gendarmes. 

samedi 25 avril 2020

Citadelle, de la ferveur (V)


Comment parvenir à distinguer un humain-humain
d’un humain-bête (à l’esprit de porc calculateur) ?

Peut-être que Antoine de Saint-Exupéry va pouvoir nous aider à les distinguer ?

vendredi 24 avril 2020

Citadelle, capitalisme (IIII)


D’abord, une redite concernant notre conditionnement :
(…) l’enchantement que procure le capitalisme :
ceux-là sont nés de la morale que t’ont enseignée les marchands,
lesquels veulent placer leurs marchandises.

Continuons, avec Antoine de Saint-Exupéry, sur le sujet du commerce,
des publicités, des slogans, des promotions, etc. :
J’interdis aux marchands de vanter trop leurs marchandises.
Car ils se font vite pédagogues
et t’enseignent comme but ce qui n’est par essence qu’un moyen,

et te trompant ainsi sur la route à suivre les voilà bientôt qui te dégradent,
car si leur musique est vulgaire
ils te fabriquent pour te la vendre une âme vulgaire
.
Or, s’il est bon que les objets soient fondés pour servir les hommes,
il serait monstrueux que les hommes fussent fondés pour servir de poubelles aux objets.

jeudi 23 avril 2020

Citadelle, en ordre (III)

Extraits de Citadelle, de Antoine de Saint-Exupéry
(la présentation et la mise en gras sont de mon fait)


Citadelle de Jaisalmer - Rajasthan - Inde


Un message d’actualité :
Nous n’avons qu’une action importante à entreprendre :
Il n’est jamais que du présent à mettre en ordre.
À quoi bon discuter cet héritage ?

L’avenir, tu n’as point à le prévoir mais à le permettre.
Et certes tu as du travail quand le présent t’est fourni comme matériau.

jeudi 16 avril 2020

Citadelle, sciences et efforts (II)

 Extraits de Citadelle, de Antoine de Saint-Exupéry, écrit à partir de 1936.


Notons combien reste d'actualité le propos.


Le Roi (de la Citadelle dans le désert) observe ses généraux qui :
dans leur solide stupidité, étudiaient des tactiques habiles
et discutaient et cherchaient la perfection

avant d’agir.
Car ils n’étaient point animés par Dieu,
mais honnêtes et travailleurs.
Ils échouaient donc.

lundi 13 avril 2020

Citadelle, de la mort au langage (I)


Anecdote : vers l’âge de 25 ans j’ai découvert « Le petit prince » de Antoine de Saint-Exupéry.
Génial de sensibilité et de tendresse sauvage, pure, ce conte original m’a plu, touché, "parlé".

Plus tard, j’ai emprunté un autre livre de cet auteur à la bibliothèque, soit « Carnets »,
soit « Courrier Sud » (je ne me souviens plus), mais le contenu ne m’a pas intéressé.

En fin février dernier (~30 ans plus tard), dans une boîte à livres, je suis tombé sur « Citadelle ».
Je n’en avais pas entendu parlé.
Pfff…, oh la la, cela fait un moment, sauf erreur depuis le roman de D. Quinn (merci Virevolte et Redelf),
que je n’ai pas été autant remué et enthousiasmé par le contenu d’un livre, par ailleurs assez hermétique.
Ce n’est pas un roman ni un conte ni de la poésie, plutôt, selon moi, un essai mené par métaphores
retraçant les pensées et regard que pose l’auteur sur le monde (des humains).
Comme l’explique son épouse, en conclusion du livre,
A. de St-Exupéry voulait « l’élaguer et le mettre en ordre » selon un plan précis,
toutefois il a disparu en plein vol. Cet essai inachevé est paru quelques années après.