lundi 14 août 2017

Accès par l'émotion

Revoyons le poème Andin afin de l’étudier ensemble :
Garde ses feuilles (de coca) avec amour.
Et quand tu sens la peine dans ton cœur,
la faim dans ta chair et les ténèbres dans ton esprit,
porte-les à ta bouche.
Tu trouveras amour pour ta peine,
nourriture pour ton corps
et lumière pour ton esprit.
Point besoin de s’attarder sur le final (prophétique) :
Mais pour l’homme blanc, le chercheur d’or,
dès qu’il la touchera (la plante de coca),
il ne trouvera que poison pour son corps et folie pour son esprit.

Je répète que la feuille de coca ne fait pas plus d’effet que le thé ou le café.
La coca n’est ni toxique ni dangereuse.
La coca n’a absolument rien à voir avec ce qu’ils en ont fait officiellement :
la cocaïne (un résultat complètement chimique) et ses dérivés.


Revenons sur le début du poème, sur la première phrase :
Garde ses feuilles avec amour.

Le contact s’effectue par l’humain qui s’intéresse à la plante (de coca ou autre).
En l’observant, en apprenant à la connaître, il commence à l’aimer
(il s’agit de la forme « storgé » d’amour soit, l’amour de toute chose).
Quand vient le moment approprié, l’humain peut prendre de ses feuilles,
comme lorsqu’on prend des pommes alors qu’elles sont mûres.
Sentiment de reconnaissance envers la Nature-qui-donne.


Autre chose d’important : « garde ses feuilles » invite à la tempérance,
à une consommation modérée soit, intelligente.
Pour le dire autrement, il s’agit de ne pas "exploiter" la plante
ni d’en consommer sans raison ou n’importe comment.
L’esprit est le suivant : je ne mange que quand et lorsque je ressens la faim (un besoin)
et uniquement la quantité de nourriture nécessaire à ce moment-là
(ce qui est valable pour toutes les sortes de nourritures).


Un autre point :
De parvenir à l’amour n’est possible qu’en passant par la case « respect ».
Si l’on ne respecte pas une plante (ou un animal ou un humain),
on ne peut tout simplement pas l’aimer (sauf au travers du discours, intellectuellement,
puisque sur le plan mental toutes les inepties, tricheries et leurres sont envisageables.)


Un dernier aspect à voir démontrant le niveau élevé de sagesse amérindienne :
l’humain fonctionne avec trois cerveaux ayant, chacun, ses rythme et besoins propres.
La plupart des maîtres à penser (dans le monde) ont mis l’accent sur l’émotionnel
comme étant la "porte d’accès" à une conscience supérieure.
Si l’on cherche à élever son niveau vibratoire d’être,
si l’on souhaite "grandir" en esprit et en sagesse,
la première étape à traverser se situe au niveau du sentiment
(c’est une façon de dire, ce sont les dynamisme et processus qu’il s’agit de comprendre).

L’émotion de base, primaire, est propre à la plupart des animaux vertébrés.
Cependant, notre rapport à l’émotion peut être perfectionné, sublimé-spiritualisé.
Des émotions primaires, nous pouvons parvenir à éprouver des émotions sublimes.
La purification de notre centre émotionnel et le contrôle de notre centre moteur-instinctif
permettent le développement d’une raison objective, de l’esprit (devenant Esprit).

Les religions officielles le signifient également, à leur façon,
quand elles parlent de « illumination ou béatitude »,
cela n’est pas intellectuel ni affaire corporelle, mais bien un état émotionnel.


En résumé, « garde ses feuilles avec amour »
sous-entend de faire preuve d’Esprit à l’égard de cette plante sacrée et de son utilisation.
Faire preuve d’Esprit implique l’harmonisation préalable du fonctionnement
de nos trois cerveaux : cœur, corps et esprit.

La suite du poème confirme la nécessité d’une consommation modérée, sensée,
de la plante de coca (comme pour tout) :
Et quand tu sens la peine dans ton cœur,
la faim dans ta chair et les ténèbres dans ton esprit,
porte-les à ta bouche.
Tu trouveras amour pour ta peine,
nourriture pour ton corps
et lumière pour ton esprit.

En apprenant à aimer cette plante,
cette plante nous aime en retour.

La coca nous aime entièrement, tels que nous sommes.
Ses effets agissent et font du bien à l'entièreté de notre personne.

Les Natifs d’Amérique (d’avant les conquistadors)
parvenaient à une spiritualité élevée et, surtout,
effective, pratique, concrètement vécue.
Sans loi ni interdit. Sans théorie ni blablabla.
Sans appropriation ni commerce. Sans gourou.
Ils respectaient toute forme de vie et savaient prendre les fruits de la Nature
sans abuser ni, surtout, souiller, manipuler, dénaturer, avilir, anéantir…


Remarquons une chose (qui me semble révélatrice, à méditer) :
dans le dernier paragraphe prophétique de ce poème,
l'émotionnel n'apparaît plus (lorsqu'il est question de l'homme blanc) !

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Liens

* Étude d’une expression amérindienne valant
le rayon de philosophie d’une bibliothèque :
« marche ta parole ».
Un verbe, un pronom et un mot : tout un enseignement.


* Les 4 accords toltèques (servant notamment à se reconnecter
avec tous les aspects de sa personne, et à les harmoniser,
ainsi qu’à entretenir des relations saines, que ce soit avec soi-même
comme avec autrui comme avec l’environnement naturel ;
ou encore, ces accords-à-passer-avec-soi-même aident à « marcher sa parole »).

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2 commentaires:

  1. Eric,
    Passionnant cet article. Les amérindiens ont beaucoup à nous apprendre. Je découvre leur culture surtout à travers leurs contes. Grand Corbeau étant de la partie je ne pouvais pas faire l'impasse sur eux. terrible humain ce grand corbeau là. Quant aux contistadors, j'ai eu l'occasion de faire un voyage de collectage de contes au Nicaragua (encore ailleurs) et comment dire je n'en n'ai rien tiré sauf du syncrétisme bizaroïde et quelques bribes de bouts de légendes orales relevant plsu de la légende urbaine qu'autre chose. Comme quoi, ceci n'est pas un mythe...
    @+

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    1. Tmor (roulements de tambours) :
      en ce jour de la montée de la vierge au Ciel,
      te voilà convié à adhérer à l'e-tribu des Simples et ce,
      pour avoir débuté ton com en exprimant un sentiment.
      Bienvenue parmi les Simples renouant avec leur sphère émotionnelle.
      J'ai parlé.

      Grand Corbeau ?

      Perso, je ne crois pas que les Natifs avaient des contes et légendes avant l'arrivée des con-quistadors. Ce n'était pas leurs habitudes et coutumes de conceptualiser, de raconter des histoires. Tout au plus, ils avaient leurs mythes comme celui du Serpent à plumes Quetzalcoatl (au Centre et Sud).
      Par ex : sur le Net ils prétendent que ce poème Andin aurait 800 ans. Je n'y crois guère. (Blancs, chercheurs d'or = ce poème a été sûrement écrit après l'invasion, une fois que les Natifs découvraient notre véritable nature et notre état d'esprit d'anéantisseurs...)
      A toute, merci Thierry

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