mercredi 30 août 2017

Pudeur

Dans son livre, G. I. Gurdjieff parle de « pudeur êtrique ».
Comment chacun l’entend ?

Je l’entends comme étant une réaction provenant des profondeurs de l'être,
se manifestant tel un réflexe. Une réaction instinctive, en quelque sorte.

Il n’est pas question ici de moralité institutionnalisée, pas directement.
La pudeur n’est pas qu’un concept intellectuel ou un commandement.
Exemple : un enfant, à partir d’environ 6-7 ans,
commence à devenir pudique, surtout envers les étrangers (à la famille) ;
mais aussi envers les parents, notamment en voulant se laver lui-même.

A distinguer :
- il y a la pudeur décrétée, faisant partie du comportement social civilisé,
avec des interdits comme, par exemple, ne pas se balader torse nu en ville ; 
- et il y a la pudeur « êtrique », réflexe, liée à notre personnalité profonde.
Cette forme de pudeur fait partie de notre relation à notre corps (à notre moi-peau)
et à notre propre sens de la morale.

Conscience de soi, conscience de sa pudeur.

La pudeur êtrique est donc immanente.


Prenons la simple nudité :
depuis les très saintes Ecritures,
dans l’invraisemblable récit de la Genèse,
Adam et Eve doivent dissimuler leurs sexes,
après avoir été chassés de l’Eden par Dieu Himself !
Il est question, dans cette Genèse, de pudeur conventionnelle.
Cependant, il nous faut considérer que,
contrairement à ce que laisse croire ce commandement,
on peut apprécier vivre nu tout en étant pudique,
comme les naturistes et certaines tribus de primitifs vivant dans la jungle.

Bien-sûr, il faut considérer l’éducation de chacun et ses influences ;
par exemple, un enfant qui a grandi avec des parents dépourvus
de pudeur êtrique risque lui-même de ne pas s’écouter,
sur les questions de pudeur.

S’écouter.
En s’écoutant, en portant de l’attention à soi, à son fonctionnement,
chacun peut constater cette réaction réflexe de pudeur êtrique.


Pudeur êtrique et sexualité :
il se trouve que depuis le temps des Romains,
dont nous restons sous l’influence,
cette forme naturelle, innée, de pudeur a été piétinée.
De nos jours, avec la fin de la mainmise de l’Eglise,
l’invention de la pilule contraceptive,
et dorénavant Internet,
notre rapport à la sexualité a changé, s’est "re-libéré".
La pornographie est accessible facilement maintenant,
le voyeurisme et l’exhibitionnisme se normalisent.
Les jeunes grandissent dans un environnement audiovisuel où,
entre les pubs suggestives, les clips-vidéo sexy, les séries
et films comprenant, pour le moins, une scène intime,
tout semble normal, consommable, en matière de sexe-performance.
Avec qui l’on veut, comme on veut, combien on veut.
Et youp-là boum. Vive la mode des sextapes !

Les réseaux sociaux du Net semblent faire éclater les dernières résistances :
on veut tout voir et savoir sur tout le monde,
avec des gros plans ; et pas seulement des visages.
Des caméras partout.

La pudeur êtrique ne concerne pas que la nudité et la sexualité,
elle porte également sur les croyances et valeurs, par exemple,
ou sur l’histoire personnelle, familiale (ce que les avocats piétinent
notamment lors des divorces difficiles).

Pudeur êtrique ?

Morale immanente ?

Y a-t-il quelques âmes à bord de notre montgolfière abstraite ?

Pas les capitaines ni leurs investisseurs financiers, me semble-t-il.

?


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5 commentaires:

  1. Eric,
    Intéressant. Dans la rencontre la pudeur joue un rôle, accélère, freine, alimente... Le tout tout de suite peut faire reculer. Le pas maintenat peut saouler. Tout est question de dosage dans la rencontre.
    Belle soirée.
    Thierry

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    1. Effectivement, elle joue un rôle dans le cadre des rencontres.
      Bien vu. J'aime bien ce que tu as écrit, ça me parle.
      Ciao Thierry-les-doigts-de-pieds-bronzés

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  2. Il y a aussi la pudeur maladive qui empêche de vivre...
    Pour autant je suis d'accord avec toi quand tu dis que c'est trop aujourd'hui, à la tél, sur internet, sur les réseaux...la pudeur n'existe plus on montre tout, on dit tout, sans se poser de questions sur la suite et ensuite on s'étonne de comportements déviants de certains ados ou jeunes adultes . Ils n'ont eu que ça comme modèle alors pourquoi feraient-ils autrement ?

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    1. Je n'y ai pas pensé, à la pudeur maladive.
      L'excès de pudeur me semble provenir des complexes.
      Dans le texte, j'ai bien précisé "le moi-peau" =
      relation avec son corps et son image.
      Si je ne suis pas bien dans mon corps, pour X raisons,
      et que j'ai plein de complexes (trop petit, grand, trop ci ou ça, etc.)
      la "pudeur maladive" devient, en fait, un moyen de défense,
      de protection (pour cacher mes complexes, dans l'exemple).
      Ce n'est donc pas la pudeur qui empêche de vivre,
      mais l'image que l'on a de soi ne correspondant pas à l'image idéale
      que j'aurais voulu avoir...
      C'est terrible, les complexes physiques, du corps-moi-peau.

      Ok, avec ton analyse (2e paragraphe).
      Ciao Vi

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    2. Oui, la pudeur maladive est liée aux complexes, mais le pire c'est qu'ils n'ont pas lieu d'être la plupart du temps. je connais quelqu'un qui ne veut plus se mettre en maillot sur la plage à cause du regard des autres alors que c'est quelqu'un de tout à fait "normal", il n'est pas laid du tout, il n'est pas gros, il se met des barrières parce qu'il ne se sent pas bien dans sa peau, il se dévalorise sans arrêt alors qu'il n'y a vraiment pas lieu. c'est dur car on ne sait pas quoi faire pour l'aider.

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