dimanche 17 septembre 2017

Eloge de la fainéantise

Fainéant : qui ne veut rien faire, qui ne veut pas travailler.

Internaute,
qui que vous soyez, ouvrier, cadre, chef ou président :
je vous mets au défi de ne rien faire !

Durant le prochain week-end, ou ces prochains jours, ne faites rien.
Ne rien faire = se contenter d’aller au WC, de manger au minimum,
de rester allongé ou assis dans son fauteuil préféré-adoré. Basta.
Ah oui, inutile de préciser : ne pas allumer la TV ni radio ni ordi
ni, sacrilège, le smartphone. Ne pas lire ni autre.
Ne rien faire.
Tout au plus, méditer, rêvasser, dormir.




Tentez cette expérience au moins une fois,
pour constater combien il nous est impossible de ne rien faire.

Il n’est rien de plus difficile que de ne pas faire.

Depuis l’école, tout petit, on nous a conditionné à faire quelque chose,
car autrement, automatiquement, nous culpabilisons
et/ou on se fait accuser de : paresse ou fainéantise.

Fainéant = accusation insensée formulée par des hyperactifs ou des jaloux
ou sinon, art du sage ermite.

La fainéantise ne peut être et prendre sens qu’en comparaison à son contraire :
l’hyperactivité.
Je ne puis m’évaluer fainéant que par rapport à au moins une autre personne
qui ne cesserait de s’activer, de faire pour faire.
Et vice-versa.

Par exemple :
une personne qui travaille de 35 à 60 heures par semaine,
au bout de tant d’années, méprisera celui(eux) qui chante comme une cigale.
Pourtant la cigale n’a rien demandé, exigé, espéré ni autre, de la fourmi,
contrairement à ce qu’a écrit J. de La Fontaine.
Pourquoi la fourmi, en prévention, s’attaque-t-elle à la cigale,
en l’accusant de fainéantise, alors que dans les faits la cigale refuse
de rentrer dans le modèle de fonctionnement d’un monde pensé à l’avance ?

Chacun sait que les cigales mènent leur existence sans le concours des fourmis.
Chacun sait que les fourmis mènent leur vie sans rien exiger des autres.

La fourmi-humaine devient amère et intolérante, psychorigide,
à force de s’activer pour détruire en empilant du métal,
pendant que des cigales chantent au soleil.
Frustrée, la fourmi se persuade que le monde ne peut aller que de la sorte :
en travaillant selon des idées de production et d’entassement,
en acceptant des conditions de travail dégradantes, dévalorisantes,
travail servant à enrichir ceux-qui-ont-déjà-trop qui, eux,
passent leur temps dans des réunions,
dans des hélicoptères et des limousines,
dans des restaurants gastronomiques et des apéros d’affaire,
notamment à discuter de la nouvelle loi du travail.

Il y a deux sortes de cigales-humaines :
- les nantis, qui chantent en remodelant le monde et ses lois à leur guise,
- et il y a les malins, parfois complètement fauchés, qui chantent
en observant le monde, les autres animaux, la végétation.

Tout, absolument tout en ce monde se comporte en mode
que certains qualifient de fainéant, mais qui est le mode « ne pas faire pour faire »
.

Il n’y a que les humains à s’activer constamment, en détruisant tout.

Fainéantise : art de ne-pas-faire,
dont seuls de sages esprits tempérés et intelligents sont capables.

Hyperactivité : mode de vie de plus de 80% de la population mondiale.

Ne pas vouloir se plier à des lois injustes et déséquilibrées,
refuser des salaires de misère pour toujours plus d’heures de présence, etc.,
cela n’est pas fainéantise, mais opposition, résistance, refus d’obéir.


Dans les livre et film intitulé « le secret »,
il ressort que tout se fait tout seul.
Voilà le secret.
Mais alors,
pourquoi les humains ne laissent rien se faire comme cela se présente ?
Pourquoi certains humains, autoproclamés supérieurs, exigent
que d’autres humains taxés d’inférieurs doivent mériter un mode de vie décent,
en travaillant pour eux, selon leurs exigences, désirs et caprices du moment ?

Encore cette impression que tout est inversé.
L’hyperactivité est un grave problème dénotant un dysfonctionnement,
un déséquilibre psychique, qui, chacun peut le constater,
amène à la détérioration de l’environnement naturel.
La fainéantise, en comparaison, signale un lâcher-prise, un laisser-faire,
ce qui n’empêche nullement d’intervenir lorsque cela s’avère nécessaire.

Qui ne s’activerait pas pour pouvoir manger s’il avait faim ?

Se faire manipuler à travers des mots, des discours retors et des accusations,
formulés par des êtres dépourvus d’âme et obsédés par les résultats :
buildings, plateformes pétrolières, centrales nucléaires, bombes…

________________________________

14 commentaires:

  1. Eric,
    Une fois de plus tu n'as pas fainéantisé sur cet article, comme toujours. Les mise en case, répartition en deux groupes nient encore et encore l'interaction entre les choses, les usages, les comportements, les sentiments. Nous ne sommes pas carrés, mais ronds, on ne range pas facilement et on perd toujours un peu de place, mais on gagne en liberté.
    Ça part un peu ailleurs ce comm' désolé j'ai du être fainéant sur les explications.
    C'est un dimanche et je bosse, avec le sourire !
    Belle journée à toi.
    Thierry

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. "... nient encore l'interaction entre les choses, les usages, les comportements, les sentiments. Nous ne sommes pas carrés, mais ronds..."
      J'aime bcp, ça me parle.
      A + le bosseur

      Supprimer
  2. Et que penses tu du fainéant qui profite de l'hyperactivité de l'autre ? :lol:
    Moi, c'est ce que j'ai vécu pendant près de 20 ans. Pourquoi faire quand l'autre fait ? ;)
    Mais je suis d'accord avec toi, on est hyperactifs et on détruit tout, mieux vaudrait être fainéant, faire le minimum vital, on vivrait bien mieux, plus sainement et on ferait moins de dépressions et de burnout!
    je suis pourtant bien incapable de ne rien faire ! je crois même pouvoir dire qu'il ne m'est jamais arrivé de ne rien faire .... pauvre de moi ....

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Coucou Virevolte,
      On en revient au juste milieu : ne pas s'activer pour s'activer,
      s'activer lorsque c'est nécessaire.
      "On vivrait mieux", oui, j'en suis certain
      ;)

      Supprimer
  3. difficile en effet de ne rien faire, d'autant que je suis en pleine action en train de commenter ton billet. Saloperie de fainéants !

    RépondreSupprimer
  4. Mais oui on ne sait pas rien faire car comme tu dis on est formaté depuis le plus jeune âge .......... Et je crois que plus ça va plus on motive les enfants à faire plein de choses .... comment veux tu te poser et ne pas culpabiliser??? Mais je m'y colle à apprendre à ne plus rien faire le week parfois .... je ne fais que lire lire lire .... donc je fais quelque chose ah mince !!! (rire) PFFFF

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Mdr
      Comment bien faire bien ?
      :)
      Au sujet des enfants, j'en vois de plus en plus, de 2-3 ans,
      qui apprennent à marcher, parler et utiliser un smartphone
      ou une tablette (pour des jeux, me suis-je dit ?) !
      Ciao Saby

      Supprimer
  5. Oh puree oui dès un an ils ont en main le tel de leur parent. .. mais ca paraît normal .... mmmm ... un jouet qui coûte cher quand même s'il tombe parterre.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. "ça paraît normal"
      Je crois que nous, la plupart, ne considérons pas suffisamment
      l'effet addictif (effet indésirable) de ces appareils très sophistiqués,
      d'autant si l'enfant l'utilise dès un an = pour lui ce "jouet" sera aussi normal et, surtout nécessaire, qu'un arbre qui pousse.

      Supprimer
    2. J'ai croisé l'autre jour en fin de marché un petit garçon blond aux longs cheveux bouclés, c'est tout ce que j'ai vu, pas moyen de voir son visage, il était rivé à un grand portable et regardait apparemment une vidéo. On s'est fait la même remarque grande et moi, on a trouvé que les bruits étaient plutôt étranges pour un petit garçon de cet âge, 4 ou 5 ans ? j'ai supposé que la vidéo n'était pas adaptée du tout au gamin et qu'il aurait pu être en train de faire tout autre chose, faire du vélo par exemple, parler avec ses parents, s’intéresser à ce qui se passait autour de lui ? En tout cas j'aurais imaginé tout autre chose pour lui que de passer sa matinée à côté de l'étal de ses parents devant une vidéo bruyante et surement violente ...

      Supprimer
    3. Puisque ces appareils rendent dépendants (aux USA, il existe plein de groupes, comme les AA, servant à lutter contre les diverses addictions au Net), un enfant jusqu'à au moins 14 ans, selon moi 16 à 18 ans, n'est pas en mesure ni en capacité de gérer les addictions = avant un certain âge, l'enfant ne devrait pas utiliser un smartphone...
      Quand j'étais enfant, les adultes nous disaient : "non, cela tu le feras quand tu seras grand, cela est affaire d'adulte, etc." (Je précise que je vivais dans un quartier où il y avait bcp d'enfants, et donc des parents de toutes sortes (permissifs, sévères, etc.)
      Bref, un enfant peut entendre que pour certaines choses (comme pour le sexe), il faut qu'il attende d'être adulte...
      Mais le commerce, lui, semble ne pas vouloir attendre.
      Vendre, consommer, produire...

      Salut Virevolte (les jeux vidéo, je ne les connais pas, mais cette violence virtuelle est récriée depuis longtemps. Et ça ne change rien. Tant que ça se vend.)

      Supprimer
    4. ben oui, tu as raison mais aujourd'hui, les parents, ce qu'ils veulent , c'est la paix, alors rien de plus facile que de coller un smartphone dans les mains du gamin pour ne plus l'entendre, c'est tellement plus simple de le coller devant un écran plutôt que de l'emmener promener.... Moi, j'ai résisté, mes enfants n'ont eu un téléphone portable qu'en arrivant en seconde, ils m'en ont voulu, ils étaient les seuls à ne pas avoir de portable au collège ! Et mon fils a fini par s'acheter lui-même un smartphone digne de ce nom pour ses 17 ans. mais il n'a pas d'abonnement internet. ça ne l'empêche pas d'être accro à son ordi, pfffff !!!!

      Supprimer
    5. Il me semble que tu mets les doigts là où ça fait mal, Vi :
      se "débarrasser" de l'enfant (ne pas l'avoir dans les pattes).
      Avant, devant la TV ; maintenant, devant le smartphone
      (au moins, la TV on ne pouvait pas l'emmener partout ni dormir avec).
      Après on s'étonne des difficultés de communication...

      De mon vécu, les enfants, une fois adulte, après bien des années (selon chacun), reconnaissent la justesse de l'éducation reçue. Je veux dire, que ça fait partie de l'éducation, de frustrer les jeunes (c'est ce qui leur donne envie, notamment, de devenir autonomes, indépendants de leurs parents : "quand j'aurai 18 ans, je ferai comme je veux")

      Tu écris : "ils étaient les seuls à ne pas avoir de portable..."
      Voilà, l'influence des uns et des autres, la compétitivité ("je ne veux pas que mon enfant ait moins que les autres"), etc. L'enchainement (dans tous les sens du terme)...

      Supprimer