La peur est la petite mort qui conduit à l'oblitération totale. La peur tue l'esprit.
J'affronte ma peur. Je lui permets de passer sur moi, au travers de moi.
Et lorsqu'elle sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur son chemin.
Et là où elle sera passée, il n'y aura plus rien. Rien que moi.

jeudi 25 février 2021

Rebondir, accepter, pas pardonner

 
En cas d'agression l'animal réagit de 3 façons :
- la défense (la contre-attaque, par exemple) ;
- rester figé (se tenir immobile, en attendant que le danger s'éloigne ou que l'agression se termine) ;
- la fuite (notons que la fuite peut être psychologique : je fais allusion au mystère du détachement
du corps, c'est le principe du traumatisme et de la perte de mémoire conséquente).

La vengeance sert au ré-équilibrage : en effet, en cas d'agression,
la victime est déséquilibrée par l'agresseur.
La vengeance consiste donc, pour la victime, à retrouver un équilibre.
Il s'agit de rétablir les choses, comme on dit.


En cas d'agression (verbale, physique ou psychologique) plus spécifique à l'animal-humain,
les 3 façons instinctives de réagir :

- la défense : réagir aussitôt, se défendre, contre-attaquer.
Notons qu'en ce cas, il n'y a pas lieu de se venger,
les choses se réglant au fur et à mesure de l'interaction conflictuelle.

- être tétanisé (pour éviter l'agression ou les dégâts) : en cas d'agression,
la balance est déséquilibrée, c'est pourquoi, après coup, la victime ressentira le besoin
de réparation, de se venger.
Important : la vengeance doit s'effectuer le plus rapidement possible
afin que le sentiment noir ne perdure pas (éviter la cristallisation d'un sentiment de haine
ou d'injustice, par exemple, et éviter d'avoir honte, de culpabiliser à tort, etc.)
Relevons qu'en ayant recours à la police et justice, la reconnaissance du tort subi
peut prendre plusieurs mois, années parfois, sans être certain de la décision finale !

- la fuite : en fuyant, si on parvient à éviter l'agression, pas de mal, pas de déséquilibre,
pas de vengeance.
Si la fuite est psychologique (traumatisme), au "retour" dans son état de conscience habituel,
un besoin de réparation (ré-équilibrage) se fera probablement ressentir.

L'humain a encore une autre façon de gérer le déséquilibre causé par un tiers,
une quatrième façon de réagir, cette fois non pas instinctive mais de conscience, grâce à l'esprit :
une fois "digéré" ce qu'il s'est passé,
au lieu de se venger l'humain peut aussi "tourner la page" et décider d'avancer.
Toutefois, il est important que la victime se sente suffisamment bien, ayant retrouvé un équilibre ;
et, surtout, la victime doit se sentir en paix avec elle-même et avec le survenu (plus de ressassement
ni sentiment morbide ni idée noire).
Cela n'est possible que si la victime comprend  ce qu'il s'est passé, comprend complètement,
profondément (notamment les motivations de l'agresseur).
De vouloir avancer, en gardant la peine subie en soi, refoulée,
va avoir pour conséquence la stagnation ou, pire, la répétition du survenu (sous une autre forme). 


À retenir : ne pas laisser le mal continuer d'agir en soi (souvenirs, ressassement,
sentiment de mal-être, inhibition de l'élan, angoisse de subir une autre agression, etc.)
Comprendre que si la vengeance (le ré-équilibrage) ne s'effectue pas,
le mal continue à agir de l'intérieur (de la victime) et, comme vu, se propage sur son entourage.

Saisir la fonction de la vengeance qui n'est pas forcément nécessaire
pour qui est capable d'introspection lucide.

Notons que le pardon n'a rien à faire ici.
Pour tourner la page (sur le survenu) et avancer, pas besoin de pardonner (l'agresseur),
plutôt tourner le dos (à l'agresseur, au survenu).


Je prends le risque de bousculer une croyance profonde inscrite même chez les athées
en me référant à mon expérience : enfant, sans le vouloir (cela se faisait tout seul),
quand on m'agressait j'en avais pour 1 à 3 jours (selon la gravité) à m'en remettre,
période durant laquelle toutes sortes de pensées noires me traversaient l'esprit
comme "ils comprendront leur erreur ; les méchants ; ils verront ; pourquoi ? ; etc."
Puis, sans que je puisse l'expliquer, quelque chose en moi faisait le tour du tort subi et,
au matin, c'est comme si les compteurs avaient été remis à zéro.
Je ne me rappelle pas une seule fois m'être dit "je pardonne ou les excuse", non, pas du tout.
Je tournais la page et laissais l'incompréhensible derrière moi.
Jusqu'à la nouvelle agression…
Vers l'âge de 15 ans, je continuais de fonctionner de la sorte (capacité innée de tourner la page
après un jour ou deux de repli sur moi),
par contre je commençais à me défendre, non physiquement, mais verbalement,
simplement en énonçant des vérités.
Rien de pire qu'une vérité imposée à qui évolue dans le déni.
Je dirais aujourd'hui que je ne pardonnais pas,
j'acceptais que les choses étaient comme ça, en attendant d'avoir 18 ans.

Pour accepter (un survenu, une fois digéré) et rebondir, nul besoin de pardonner.

Le pardon est foutaise mentale qui se veut morale, selon moi.

 

Pawel Kuczynski



6 commentaires:

  1. Alors... nous parlerons de réconciliation en soi.

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    1. B'jour Miche, oui. Tu sais, mon texte était trop long,
      un moment j'avais écrit un truc comme : "plutôt que de prétendre pardonner
      à autrui, pardonnes-toi à toi-même".

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    2. Tu ne peux pardonner à ton agresseur c'est inimaginable , donc il faut rebondir mais faut du temps pour digérer accepter .....

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    3. Merci Saby (... "inimaginable" ; c'est pourquoi le texte précédent "pardonnez-moi" est classé sous "étrangetés").

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  2. Finalement ne devrait-on pas appliquer le pardon à soi même? il est difficile de pardonner aux autres mais on peut se pardonner à soi-même, ho'oponopono ?
    Prendre conscience de soi et accorder moins d'importance à l'extérieur pour avoir moins de colère, d'idées noires, de mauvais ressentis ?
    C’est aussi accepter ce qui est, sans jugement de bien ou de mal. L'accepter comme une expérience qui nous traverse et nous permet de grandir, d’évoluer, et puis mettre en œuvre des pensées et des actions pour changer la situation.
    Si l’on n’a pas la possibilité de changer les autres ou certains événements inéluctables de notre parcours, nous avons en revanche la capacité de changer notre regard sur ces choses et de modifier notre façon d’aborder la vie, de penser, de parler et d’agir. Ce qui au final modifiera nos expériences.

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