vendredi 6 avril 2018

Force du groupe et pouvoir du solitaire


- Pour quelles raisons restes-tu isolé, dans ta tanière ?
Tu devrais sortir, t’inscrire dans des clubs, associations,
pour faire des rencontres, non ?

- C’est que… euh…
ma capacité de supporter les autres atteint ses limites.
J’ai l’impression que si je subis une déception supplémentaire,
le baromètre va descendre sous la barre du définitivement écœuré.
Je ressens encore, un tout petit peu, la capacité de m’émerveiller et d’aimer,
alors je tente de préserver cet état d’être, de le protéger, et de le nourrir aussi.

- M’enfin, des personnes sont décevantes, ok, mais pas toutes.

- C’est exact, mais jusqu’ici, et durant quelques décennies,
au niveau relationnel, je me suis trompé. Mauvais choix.
Il me reste un sentiment de n’avoir pas rencontré les bonnes personnes.

- Relationnel parasité et insatisfaisant, mauvais choix, mauvaises personnes, faux-moi.
Comment sait-on quand on est dans le "vrai-moi", à ton avis ?

- Lorsqu’une continuité d’être et d’agir harmonieusement ressort de notre parcours,
peut-être ?

- Joli !
Complexe tout ça.
Et de reformer un couple, ça te dit ?

- Mmh, oui, quand je la rencontrerai, je ne me poserai pas la question.
Cependant, je n’ai aucune envie d’intégrer le mode de vie
et le rythme de quelqu’un d’autre.
Commencer quelque chose à deux implique des changements pour chacun,
de commencer l’histoire en un lieu neutre, n’appartenant ni à l’un ni à l’autre,
de trouver un mode de vie, ainsi qu’un rythme, convenant à tous deux.
Figures-toi que je ne rencontre pas de personne disponible et libre ; tu le crois ?

- On mène des vies de fous, et on a nos familles, amis, travail, distractions, etc.

- Effectivement, nous sommes constamment agités.
Cet incessant activisme nous plonge en mode « non disponible ».
La TV et le smartphone sont terribles à ce propos,
puisque ces écrans attirent notre attention,
en nous pompant notre énergie,
tout en nous suggérant des façons de se comporter,
et de consommer.
C’est l’ensemble de ce mode de vie que je réprouve.

- Tout choix comprend un sacrifice.
On choisit une option ou un chemin et ce,
forcément, au détriment de l’autre(s) option.
On ne peut pas prendre les deux options ni suivre deux chemins.

- Exactement. De la sorte,
soit je reste sensible et encore un peu émerveillé du vivant,
soit je mets le masque du conforme et devient totalement indifférent.
J’ai choisi.

- Peut-être que tu considères cela de façon trop tranchée et excessive, non ?
Je trouve que tu prends les choses trop à cœur.

- Oui, sûrement. Mais notre mode de vie, la société,
nous pousse à ne plus écouter notre conscience, et cela je le refuse.
La pression politico-financière s’accentue. C’est de pire en pire.
Regardes donc l’état de la planète, c’est de pire en pire.
Ce que je me demande : comment font les autres pour continuer leur vie comme si de rien ?
Comment tu fais, toi ?

- J’ai ma famille, mes enfants.
Isolé, tu ne pourras rien pour améliorer le fonctionnement du monde.

- Qui sait ?
Une personne seule peut entreprendre ce qu’un groupe de personnes ne peut pas,
et vice-versa. Pour lutter contre le système, il vaut mieux s’allier,
être ensemble, former des tribus unies contre l’ennemi commun, certes.
Néanmoins, toute option se révèle avec des mauvais et bon côtés, aspects ;
et toute action engendre des effets non désirés et inattendus.
En groupe, le mauvais côté consiste à s’abrutir ensemble,
et à tout compliquer.
On s’influence les uns les autres.
Et il y a des luttes de pouvoir notamment pour les prises de parole,
et pour imposer des idées, organisation, décisions, etc.
On passe beaucoup trop de temps à discuter, parlementer, s’expliquer,
raconter, rendre compte, accuser, se justifier, promettre, mentir, etc.
Ensemble, chacun risque de se limiter, c’est l’effet indésirable.
Et, en groupe, la majorité décide, et chacun de s’y plier ;
mais s’il arrive que tu ne sois pas en phase avec la décision de la majorité,
que se passe-t-il ? Est-ce que tu vas agir à l’encontre de ton point de vue ?

- Ouais…
Pour ma part, j’aime pas rester seul trop longtemps.
Mais c’est pas faux que les groupes finissent souvent par déconner,
enfin cela dépend du meneur, roi ou dirigeant, et de son entourage.

- Un groupe, peut-il avancer sans chef ?

- Apparemment, c’est difficile.

- Et avec un chef aussi, c’est difficile, la preuve au quotidien.

- Ouaip, c’est incontestable.

- Admettons qu’un solitaire soit capable de faire des miracles,
qui s’en apercevrait dans l’agitation ambiante au sein de laquelle
notre attention se trouve constamment sollicitée, par des publicités,
des horaires à tenir, des informations (disant tout et son contraire),
des bulletins météo, des coms sur les réseaux sociaux, etc. ?
Je veux dire qu’un solitaire peut faire des choses dont lui seul est le témoin.

- T’as déjà vécu une situation miraculeuse ?

- Qui me croirait ?
Il faudrait en débattre et, surtout, le prouver.
Voilà une des limites du fonctionnement en groupe :
devoir convaincre tout le monde, la majorité pour le moins.

- Ah ah ah, tu déconnes, hein ?

- Qui sait ?

- Dis, tu crois qu’un groupe pourrait produire un miracle ?

- J’sais pas.
Peut-être bien que oui,
pour autant que les membres du groupe parviennent à une réelle entente,
à se moduler sur une même longueur d’onde, chacun détaché de son ego affecté ;
et pour autant que chacun agisse pour la communauté, sans intérêt personnel.
Dans ces conditions, peut-être que ce serait possible.
C’est comme dans un couple : soit tu restes égoïste,
centré sur tes plaisirs et compensations,
soit tu penses à la relation,
non pas à faire plaisir à l’autre ni à lui plaire ni à lui être soumis,
mais à ce qui est sain et bon pour le couple (ou famille, ou tribu).

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8 commentaires:

  1. Eric,
    Toujours aussi profonds et truculents tes dialogues hauts perchés et à la fois bien enracinés dans le sol.
    @+
    Thierry

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    1. "... hauts perchés et à la fois bien enracinés..."
      _/\_

      A + Thierry

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  2. Oh !!! mais ? tu es moi dans l'autre sexe ? " Mmh, oui, quand je la rencontrerai, je ne me poserai pas la question. Cependant, je n’ai aucune envie d’intégrer le mode de vie
    et le rythme de quelqu’un d’autre. Commencer quelque chose à deux implique des changements pour chacun, de commencer l’histoire en un lieu neutre, n’appartenant ni à l’un ni à l’autre, de trouver un mode de vie, ainsi qu’un rythme, convenant à tous deux.
    Figures-toi que je ne rencontre pas de personne disponible et libre ; tu le crois ?"
    ça me parle !!!! ;)
    bon, j'ai de la chance, cette année j'ai fait la rencontre de deux personnes avec qui le courant passe à merveille, on travaille ensemble et pas contre l'autre, on s'écoute, on parle, on discute, on vit quoi et c'est chouette. De quoi me guérir un peu de mon isolement .

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    1. Coucou Virevolte, chouette. Elles ont de la chance de faire connaissance avec une personne comme toi.
      A +

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    2. :D, c'est moi qui ait de la chance. Sinon celle qui m'a quittée a dit il y a quelques jours qu'elle savait ce qu'elle avait perdu ! " Ben, moi, je sais ce que j'ai gagné ! :D

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