vendredi 1 décembre 2017

Le maître et son cocher (G VII)

Dans cette rubrique paraît une série d’articles portant sur la connaissance de soi,
articles se composant d’extraits de l’enseignement de G. I. Gurdjieff,
selon les notes prises par P. D. Ouspensky, l’un de ses élèves.

G. I. Gurdjieff tenait sa connaissance de la « tradition ancienne ».

Ma motivation : se désenvoûter (un max. d'entre nous). 

Soyez votre propre flambeau et votre propre recours.
– Sagesse orientale
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Poursuivons avec la métaphore du cocher.

Pour faciliter la compréhension :
dans la parabole, le cocher symbolise l’humain commun, sa pensée,
avec ses « moi-je » changeant constamment selon ses humeurs, le survenu extérieur, etc.
Il y est donc question de la plupart d’entre nous
(quels que soient le titre social et/ou les avoirs bancaires).

Le maître (en soi-même) symbolise un humain ayant développé
des capacités d’entendement supérieures (à la norme).


G. I. Gurdjieff rendait attentif au fait que l’humain peut développer
une capacité émotionnelle supérieure et,
grâce à l’évolution du sentiment,
développer parallèlement une capacité de raison supérieure.
Les capacités émotionnelle et intellectuelle supérieures forment le « quatrième corps ».

Un maître a développé, et fonctionne consciemment avec, ses quatre corps.

En le cocher ne se sont développés que deux des trois « corps »
(ou centres de fonctionnement ou aussi, "cerveaux").
Dans le meilleur des cas,
le cocher a une certaine conscience, par moments-éclairs, de ses trois corps
(moteur-instinctif, émotionnel et intellectuel), et même du quatrième.


Voici une première version de la parabole du cocher,
écrite par G. I. Gurdjieff, parue dans son livre « Récits de Belzebuth… » :
Une analogie pour éclairer la diversité d’origine et de nature
des personnalités de l’homme :
un équipage destiné au transport d’un passager,
et composé d’une voiture, d’un cheval et d’un cocher.
 
Il faut remarquer avant tout que
la différence entre un vrai homme et un pseudo-homme,
c’est-à-dire entre l’homme qui a son propre "Moi" et celui qui ne l’a pas,
est mise en évidence, dans cette comparaison, par le passager assis dans la voiture.
Dans le premier cas, celui du vrai homme, le passager est le maître ;
tandis que, dans le second, il n’est que le premier passant venu qui,
comme le client d’un "fiacre-taxi", change à tout instant.
 
Le corps physique de l’homme, avec toutes ses manifestations réflexomotrices,
correspond simplement à la voiture elle-même ;
l’ensemble de son fonctionnement et de ses manifestations du sentiment
correspond au cheval attelé à la voiture, et qui la tire ;
quant au cocher sur son siège, conduisant le cheval,
il représente ce que l’on nomme habituellement le conscient ou le penser ;
enfin, le passager assis dans la voiture, et qui commande au cocher,
est ce que l’on appelle le "Moi".
 
Tout le malheur des hommes (…) est que la quatrième personnalité (…) leur fait défaut ;
les trois personnalités s’étant formées toutes seules, et n’importe comment.
En d’autres termes, les hommes contemporains d’âge responsable
ne représentent rien de plus qu’un "fiacre-taxi", et dans quel état !...
une vieille rosse de cheval… et, sur le siège, un cocher en loques,
moitié endormi, moitié ivre, qui passe le temps
assigné par la Mère Nature pour le perfectionnement de soi
à attendre au coin des rues, perdu dans des rêveries fantastiques,
quelque passager d’occasion.
Le premier passant venu le hèle, le loue à l’heure, dispose de lui à son gré,
et non seulement de lui mais de toutes les parties de l’équipage qui lui sont soumises.
 
Si nous poursuivons cette comparaison entre un homme,
avec ses pensées, ses sentiments, son corps,
et un fiacre-taxi avec cheval et cocher,
il nous apparaît clairement qu’en chacune des parties constituantes
de ces deux assemblages doivent se former des habitudes,
des besoins et des goûts nettement définis, n’appartenant qu’à elle seule.
En effet, conformément à leur diversité d’origine,
aux conditions de leur formation et à leurs possibilités particulières,
doivent se constituer en chacune d’elles son propre psychisme,
ses propres notions, ses propres règles subjectives,
ses propres points de vue, et ainsi de suite…
 
L’ensemble des manifestations du penser humain,
avec toutes les inhérences propres à son fonctionnement
et toutes ses particularités spécifiques,
correspond presque à tous égards à l’essence
et aux manifestations d’un typique cocher de fiacre.
 
Comme tous les cochers de fiacre en général, il est du genre "Colignon".
Il n’est pas complètement illettré, attendu que la législation de son pays
a décrété "l’instruction publique obligatoire" et qu’il a bien fallu
dans son enfance user de temps à autre ses fonds de culotte sur les bancs d’école (…)
Bien qu’il vienne lui-même de la compagne et soit demeuré aussi ignare
que ses compagnons restés au village, néanmoins,
appelé de par sa profession à se frotter à des gens de niveau et d’éducation différents,
il a ramassé de-ci de-là tout un choix d’expressions recouvrant des notions variées ;
et maintenant, il regarde de son haut, avec un parfait mépris,
tout ce qui vient du village, le rejetant avec indignation comme "obscurantisme".
(…) Il se tient pour compétent même en matières de religion, de politique,
et de sociologie. Avec ses égaux, il aime à discuter ;
avec ceux qu’il considère comme ses inférieurs, il enseigne ;
avec ses supérieurs, il se montre flatteur, servile ; "il est à quatre pattes devant eux."
Une de ses plus grandes faiblesses est de courir après les femmes de chambre
et les cuisinières du quartier, mais ce qu’il aime par-dessus tout, c’est,
après un bon gueuleton, siroter un ou deux petits verres ;
après quoi, pleinement repu, à demi assoupi, il rêve…
Pour satisfaire ses faiblesses, il vole régulièrement une partie de l’argent
que lui a confié son maître pour le fourrage du cheval.
Comme tout "mercenaire", notre Colignon ne marche qu’à coups de trique,
et s’il lui arrive de faire quelque chose sans être talonné,
c’est toujours dans l’attente d’un pourboire.
Cet attrait du pourboire l’a peu à peu amené à deviner
certaines faiblesses des gens auxquels il a affaire, pour en tirer profit,
et il a automatiquement appris à ruser, à flatter, à "passer de la pommade",
bref, à mentir.
Dès qu’une occasion se présente et qu’il a un moment libre,
il se faufile dans un café ou dans un bar où il reste des heures à rêvasser
devant un verre de vin, à faire la conversation avec un type de son espèce,
ou encore à lire le journal.
(…)
Cette comparaison du cheval et de l’organisation du sentiment humain
nous permettra d’ailleurs de mettre en évidence le caractère erroné
et unilatéral de l’éducation infligée aujourd’hui à la jeune génération.
 
Le cheval,
par suite de la négligence dont fit preuve son entourage dès son plus jeune âge,
et du fait de sa constante solitude, s’est en quelque sorte renfermé en lui-même :
en d’autres termes, sa "vie intérieure" s’est vue refoulée,
et il ne dispose plus, pour ses manifestations extérieures, que de la seule force d’inertie.
En raison des anormales conditions environnantes,
il n’a jamais reçu d’éducation spéciale ; il a grandi et s’est formé
sous la seule influence de rosses brutales et de perpétuelles vociférations.
On l’a toujours tenu à l’entrave ; et quant à sa nourriture, en guise de foin et d’avoine,
il n’a jamais reçu que de la paille, ce qui ne correspond en rien à ses besoins réels.
N’ayant jamais perçu, dans aucune manifestation de son entourage,
le moindre signe de tendresse ou d’amitié,
le cheval est prêt maintenant à se donner de tout son être
à quiconque lui fera la moindre caresse.
Tant est si bien que les tendances du cheval,
sevré de toute aspiration et de tout intérêt,
doivent inévitablement se concentrer sur le manger, sur le boire
et sur une attraction automatique pour l’autre sexe ;
aussi rôde-t-il toujours là où il peut les satisfaire
et si par hasard il aperçoit quelque endroit où l’un de ces besoins a été assouvi
ne serait-ce qu’une fois, il guette l’instant propice pour s’y échapper.
 
Il faut encore ajouter que,
tout en ayant une compréhension très faible de ses devoirs,
le cocher est encore capable de penser tant soit peu logiquement, et,
tenant compte du lendemain, de chercher, dans la crainte de perdre sa place,
ou l’espoir de recevoir une récompense,
à faire quelque chose pour son maître sans y être littéralement forcé.
 
Mais le cheval, en l’absence de toute éducation spéciale, adaptée à sa nature,
n’a reçu en temps voulu aucune donnée qui lui permette de manifester
les aspirations qu’exigent une existence responsable ; il ne peut donc comprendre,
et on ne peut même pas attendre de lui qu’il comprenne, pourquoi il devrait faire
quelque chose. Aussi considère-t-il ses obligations avec une totale indifférence
et ne travaille-t-il que par peur d’une rossée supplémentaire.
 
Quant à la voiture, qui dans notre analogie correspond au corps
considéré isolément des autres parties indépendantes
de la présence générale de l’homme,
sa situation est encore pire.
Cette voiture, comme toutes les voitures, est faite de matériaux divers.
Sa construction est des plus compliquées.
Elle avait été destinée (…) au transport de tous fardeaux,
et non pas à l’usage que l’on en fait aujourd’hui,
c’est-à-dire au seul transport des clients de passage.
La principale cause des innombrables malentendus dont elle est victime
tient au fait qu’elle avait été prévue pour circuler par les chemins vicinaux,
et que les maîtres carrossiers avaient agencé en conséquence
certains détails intérieurs de sa construction.
Par exemple le principe du graissage – qui est l’un des principaux besoins
d’un véhicule fait de matériaux divers – avait été conçu de telle façon
que la graisse pût se répandre sur toutes les pièces métalliques,
sous la seule action des secousses dues aux cahots, inévitables sur de tels chemins.
Or cette voiture, destinée à de petits chemins vicinaux,
stationne maintenant le plus souvent en ville,
et quand elle roule, c’est sur des avenues asphaltées, unies comme des billards.
Faute de secousses, le graissage de toutes les pièces ne se fait plus uniformément ;
aussi certaines d’entre elles finissent-elles par rouiller
et cessent-elles de remplir le rôle qui leur était assigné.
En règle générale,
une voiture roule bien lorsque ses parties mobiles sont bien graissées.
Si elles ne le sont plus suffisamment, elles chauffent, et,
portées au rouge, abîment les pièces voisines.
Par ailleurs, s’il y a quelque part excès de graissage,
la bonne marche de la voiture est compromise.
Dans l’un et l’autre cas,
il devient de plus en plus difficile pour le cheval de la tirer.
 
Le cocher contemporain, notre "Colignon", ignore tout cela.
Il n’a pas la moindre idée de cette nécessité d’un graissage uniforme de sa voiture,
et, même s’il la graisse, il le fait sans connaissance véritable, par ouï-dire,
suivant aveuglément les suggestions du premier venu.
Aussi lorsque cette voiture maintenant plus ou moins adaptée à des routes unies
doit pour une raison quelconque se risquer à passer par un chemin de traverse,
lui arrive-t-il toujours quelque chose : tantôt c’est un écrou qui saute ;
tantôt c’est un boulon tordu – il y a toujours une pièce qui se détraque :
et après de telles tentatives, le voyage se termine rarement sans réparations
plus ou moins considérables.
Dans tous les cas, il est devenu aujourd’hui de plus en plus dangereux
de se servir de cette voiture pour les fins auxquelles elle était destinée.
(…)
En raison de l’absence, chez nos contemporains, de toute connaissance
et de toute capacité à préparer convenablement les adolescents
à une existence responsable en éduquant les différentes parties
qui composent leur présence générale, chaque homme apparaît aujourd’hui
comme quelque chose de vraiment absurde et comique au plus haut point,
offrant, pour reprendre notre exemple, un tableau de ce genre :
Une voiture du dernier modèle, à peine sortie de l’usine,
vernissée par d’authentiques carrossiers allemands (…),
et, dans les brancards, cette sorte de cheval (
écorché) (…)
Sur le siège de cette voiture de grand style se tient un cocher somnolent,
mal rasé, hirsute, vêtu d’une redingote graisseuse qu’il a ramassé dans les poubelles (…)
Sur sa tête reluit un haut de forme flambant neuf,
exacte réplique de celui de Rockefeller,
tandis qu’à sa boutonnière s’épanouit un énorme chrysanthème.
Et l’homme contemporain doit inévitablement présenter cet aspect bouffon, (...)
 
Depuis le premier jour de son apparition, ces trois parties formées en lui (…)
commencent à "vivre" isolément, pour ainsi dire,
et à se fixer chacune dans des manifestations spécifiques,
sans jamais s’habituer à se prêter mutuellement le soutien automatique indispensable,
non plus qu’à se comprendre les unes les autres, même de manière approximative ;
et aussi, plus tard, lorsque sont requises des manifestations concertées,
celles-ci ne peuvent-elles se produire.
 
Certes, grâce au "système d’éducation de la nouvelle génération",
déjà solidement établi dans la vie de l’homme, (…),
le cocher est encore capable d’expliquer tant bien que mal
à ceux qui sont du même type que lui les désirs qu’il éprouve,
et parfois de comprendre tant soit peu ses semblables.
Par ses bavardages avec les autres cochers, en attendant le client,
et par ses "flirts" répétés, au seuil des portes, avec les servantes du voisinage,
notre Colignon s’est même assimilé diverses formes du "savoir-vivre".
Il s’est également adapté aux conditions extérieures de la vie des cochers en général ;
par exemple, il s’est automatisé à distinguer une rue d’une autre,
et à trouver, devant une voie barrée pour cause de travaux,
quelque autre chemin pour se rendre à l’adresse voulue.
 
Mais le cheval !... S’il est vrai que cette funeste invention contemporaine
que l’on nomme "éducation" ne s’étend pas jusqu’à lui
– ce qui préserve de l’atrophie ses facultés héréditaires –
sa formation s’effectue cependant dans les conditions anormales
du processus d’existence ordinaire ; aussi grandit-il oublié de tous,
comme un orphelin, et par surcroît maltraité,
n’acquérant rien qui corresponde au psychisme bien déterminé de son cocher,
ni à son savoir, si bien qu’il demeure tout à fait ignorant
des formes de relations réciproques devenues habituelles à ce dernier,
et qu’entre eux ne s’établit en définitive aucun contact
qui leur permette de se comprendre.
Il se peut que, dans sa vie renfermée, le cheval en vienne
à découvrir quelque forme de relation avec son cocher,
et même à se familiariser avec quelque "langage" ;
mais par malheur le cocher l’ignore
et ne soupçonne même pas que la chose soit possible.
En dehors du fait que, dans ces conditions anormales,
aucune donnée ne se constitue entre le cheval et le cocher
pour leur permettre si peu que ce soit de se comprendre automatiquement,
il y a beaucoup d’autres raisons extérieures, indépendantes d’eux,
qui leur enlèvent toute possibilité d’atteindre ensemble
le but unique auquel ils ont été destinés. (...)
 
(...) de même que les différentes parties indépendantes d’un "fiacre-taxi"
sont reliées entre elles, la voiture au cheval par les brancards,
et le cheval au cocher par les rênes,
de même toutes les parties distinctes de l’organisation générale de l’homme
sont reliées entre elles, le corps avec l’organisation du sentiment par le sang,
et l’organisation du sentiment avec celle du penser
par ce qui est appelé "ghanbledzoïne"*,
c’est-à-dire par cette substance qui se constitue dans la présence générale de l’homme
à partir de tous les efforts êtriques intentionnellement accomplis.
 
Le déplorable système d’éducation actuel a abouti à ce résultat
que le cocher a cessé d’avoir sur son cheval la moindre influence ;
c’est tout juste s’il peut susciter dans le conscient de l’animal,
au moyen des rênes, ces trois idées : droite, gauche et stop.
Et encore n’en est-il pas toujours ainsi, car les rênes sont faites, en général,
de matériaux qui réagissent à tous les phénomènes atmosphériques :
par exemple, sous une pluie battante, elles gonflent et s’allongent
quand il fait chaud, c’est le contraire ;
aussi leur action sur la sensibilité automatisée de perception du cheval est-elle variable.
La même chose se produit dans l’organisation générale de l’homme ordinaire
toutes les fois que se modifie en lui, sous l’effet d’une impression quelconque,
ce que l’on pourrait appeler "la densité et le rythme du ghanbledzoïne" :
sa pensée perd alors toute possibilité d’action sur l’organisation du sentiment.
 
Ainsi donc, pour résumer tout ce qui vient d’être dit,
il nous faut bon gré mal gré reconnaître que tout homme
doit s’efforcer d’avoir son propre "Moi" ;
autrement, il ne sera jamais qu’un "fiacre-taxi"
où pourra prendre place n’importe quel passager, qui disposera de lui à sa guise.
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* Le "ghanbledzoïne » n’est autre chose que le "sang" du corps "kessdjan" de l’être.
Le "ghandbledzoïne êtrique" est la substance cosmique nommée "magnétisme animal".
Les substances nécessaires au revêtement et au perfectionnement du "corps êtrique supérieur kessdjan"
pénètrent dans la présence général de l’homme avec l’air
qu’ils absorbent par ce qu’ils appellent la "respiration", et par certains "pores" de la peau.

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Et voilà une version plus technique de la parabole du cocher,
l'une de celle que G. I. Gurdjieff a enseigné à ses élèves :
L’homme est une organisation complexe.
Il est formé de quatre parties qui peuvent être reliées, non reliées ou mal reliées.
La voiture est reliée au cheval par les brancards,
le cheval au cocher par les rênes,
et le cocher à son maître par la voix de son maître.
Mais le cocher doit entendre et comprendre la voix du maître,
il doit savoir comment on conduit ;
et le cheval doit être dressé à obéir aux rênes.
Quant à la relation du cheval avec la voiture, il doit être correctement attelé.
Ainsi, entre les quatre parties de cette complexe organisation,
existent trois relations, trois liaisons.
 


Si une seule d’entre elles (liaisons) présente quelque défaut,
l’ensemble ne peut pas se comporter comme un tout.
Les liaisons ne sont donc pas moins importantes que les "corps".
Travaillant sur lui-même, l’homme travaille simultanément
sur les "corps" et sur les "liaisons".
Mais il s’agit là de deux sortes de travail.
Le travail sur soi doit commencer par le cocher.
Le cocher est l’intellect.
Afin de pouvoir entendre la voix du maître, le cocher, avant tout,
ne doit pas «être endormi » – il doit se réveiller.
Ensuite,
il peut arriver que le maître parle une langue que le cocher ne comprenne pas.
Le cocher doit apprendre cette langue. Quand il la saura, il comprendra son maître.
Mais cela ne suffit pas, il doit aussi apprendre à conduire le cheval,
à l’atteler, à le nourrir, à le soigner,
et à bien entretenir la voiture
– parce qu’il ne servirait de rien qu’il comprenne son maître,
s’il n’était pas en état de faire quoi que ce soit.
Le maître donne l’ordre du départ.
Mais le cocher est incapable de démarrer parce que le cheval n’a pas été nourri,
il ne l’a pas attelé, et il ne sait pas où sont les rênes.
Le cheval, ce sont les émotions.
La voiture, c’est le corps.
L’intellect doit apprendre à commander les émotions.
Les émotions tirent toujours le corps après elles.
C’est dans cet ordre que le travail sur soi doit être mené.
Mais notez-le bien : le travail sur les "corps",
c’est-à-dire sur le cocher, le cheval et la voiture,
est une chose.
Et le travail sur les "liaisons",
c’est-à-dire sur la "compréhension du cocher" qui l’unit à son maître,
sur les "rênes" qui le relient au cheval,
sur les "brancards" et les "harnais" qui rattachent la voiture au cheval
– c’est une tout autre chose.
Il arrive parfois que les corps soient en excellent état,
mais que les "liaisons" ne se fassent pas. Alors à quoi bon toute l’organisation ?
Comme il en va pour les corps non développés,
l’organisation totale est alors commandée inévitablement « d’en bas ».
En d’autres termes : non par la volonté du maître, mais par accident.



Chez l’homme qui a deux corps,
le second corps est actif par rapport au corps physique ;
cela signifie que la conscience dans le "corps astral"
a plein pouvoir sur le corps physique.



Chez l’homme qui a trois corps,
le troisième, c’est-à-dire le "corps mental", est actif
par rapport au "corps astral" et au corps physique ;
cela veut dire que la conscience dans le "corps mental"
a plein pouvoir sur le "corps astral" et sur le corps physique.
 


Chez l’homme qui a quatre corps,
le corps actif est le quatrième.
Cela signifie que la conscience dans le quatrième corps a plein pouvoir
sur le "corps mental", le "corps astral" et le corps physique.
 

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Un humain à 4 corps, un maître, dans le rayon de création :




3 commentaires:

  1. Eric,
    Wahou, complet et complexe, donc très humain, mais très structuré cet article. La parabole est claire et profonde. Merci de nous emmener sur ces chemins là !
    Thierry

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  2. Cette parabole est centrale dans l'enseignement de Gurdjieff.

    La comprendre, non seulement avec l'intellect mais en la reconnaissant en soi-même,
    en identifiant un tant soit peu ce qu'elle exprime (en soi-même),
    et on s'engage dans la voie de l'évolution...

    Point de départ :
    je suis un Colignon, tu es un Colignon, vous êtes le Colignon cocher.
    ;)

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