jeudi 7 décembre 2017

But, devenir, altruisme (G VIII)

Dans cette rubrique paraît une série d’articles portant sur la connaissance de soi,
articles se composant d’extraits de l’enseignement de G. I. Gurdjieff,
selon les notes prises par P. D. Ouspensky, l’un de ses élèves.

G. I. Gurdjieff tenait sa connaissance de la « tradition ancienne ».

Ma motivation : se désenvoûter (un max. d'entre nous). 

Soyez votre propre flambeau et votre propre recours.
– Sagesse orientale
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G. I. Gurdjieff répond aux questions de ses élèves.
Genre de question posée : « peut-on devenir immortel ? »

Remarque : un maître ne peut donner (de lui, de sa connaissance)
qu’en fonction de ce que peut recevoir son(es) élève,
ainsi que de la capacité à comprendre
et de la motivation de ce(s) dernier.

L’un des élèves a demandé à G. I. Gurdjieff « quel était le but de son enseignement » ?
(…) « l’enseignement même, il ne saurait avoir de but ».
Il ne fait qu’indiquer aux hommes le meilleur moyen d’atteindre leurs buts,
quels qu’ils soient.
 
La question des buts est primordiale.
Aussi longtemps qu’un homme n’a pas défini son propre but,
il n’est même pas capable de commencer à "faire". (…)
Avant toute chose, "faire" présuppose un but.
(…)
Je ne parlais pas du but de l’existence, dans un sens philosophique.
L’homme ne le connaît pas et ne peut pas le connaître,
aussi longtemps qu’il reste ce qu’il est.
Et d’abord parce que l’existence n’a pas un seul, mais de nombreux buts.
(…)
Je vous interrogeais sur votre but « personnel »,
sur ce que vous voulez atteindre (…)
P. D. Ouspensky formule son but : « vouloir connaître l’avenir ».
G. I. Gurdjieff de répondre :
Pour connaître l’avenir, il faut d’abord connaître dans tous leurs détails
le présent aussi bien que le passé.
Aujourd’hui est ce qu’il est parce qu’hier fut ce qu’il fut.
Et aujourd’hui est comme hier,
demain sera comme aujourd’hui.
 
Si vous voulez que demain soit différent,
vous devez rendre aujourd’hui différent.
 
Si aujourd’hui n’est qu’une conséquence d’hier,
demain à son tour ne sera qu’une conséquence d’aujourd’hui.
(…)
Ce qui arrive ou ce qui peut nous arriver
dépend de l’une ou l’autre de ces trois causes :
l’accident, le destin, ou notre propre volonté.
 
Tels que nous sommes,
nous nous trouvons presque entièrement sous la dépendance de l’accident.
Nous ne pouvons pas avoir de destin au sens vrai de ce mot,
pas plus que nous ne pouvons avoir de volonté.
Si nous avions la volonté, nous serions par cela seul capables de connaître l’avenir,
parce qu’il nous serait possible de construire notre avenir,
de le rendre tel que nous le voulons.
(…)
L’avenir ne peut être prédit que pour des « hommes ».
L’avenir ne peut pas être prédit pour des « machines folles ».
Leur direction change à tout moment.
À un moment donné, une machine de ce genre va dans une direction
et vous pouvez calculer l’endroit qu’elle peut atteindre,
mais cinq minutes plus tard elle se précipite
dans une direction complètement différente
et tous vos calculs s’avèrent faux.
(…)
Si un homme veut prévoir son propre avenir,
il doit avant tout se connaître lui-même.
 
Ensuite il verra si cela vaut la peine pour lui de connaître son avenir.
Parfois, peut-être, sera-t-il préférable pour lui de ne pas le connaître.
(…)
(…), il est indispensable d’"être".
Si un homme change à chaque minute,
s’il n’y a rien en lui qui puisse résister aux influences extérieures,
cela veut dire que rien en lui ne peut résister à la mort.
Mais s’il devient indépendant des influences extérieures,
s’il apparaît en lui "quelque chose" qui puisse vivre « par soi-même »,
ce "quelque chose" peut ne pas mourir.
 
Dans les circonstances ordinaires, nous mourons à chaque instant.
Les influences extérieures changent, et nous changeons avec elles ;
cela veut dire que beaucoup de nos "moi" meurent.
(…)
S’il devient le maître de sa vie, il peut devenir le maître de sa mort.


Un autre élève lui demande : « comment devenir un Chrétien ? »
(…) Pour être Chrétiens, nous devons être capables de "faire".
Nous ne pouvons pas "faire" ; avec nous, tout "arrive".
 
Le Christ dit : « Aimez vos ennemis », mais comment aimer nos ennemis,
quand nous ne pouvons même pas aimer nos amis ?
(…)
Et un homme ne peut pas désirer longtemps cette seule et même chose,
parce que soudain, au lieu de désirer être Chrétien,
il se souvient d’un tapis très beau mais très cher qu’il a vu dans un magasin.
Et au lieu de désirer être Chrétien,
il commence à penser au moyen d’acheter ce tapis,
en oubliant tout ce qui concerne le Christianisme.
Ou si quelqu’un d’autre se refuse à croire qu’il est un excellent Chrétien,
il sera prêt à le manger ou à le faire rôtir sur des charbons ardents.
 
Pour être Chrétien, il faut "être".
Être signifie : être maître de soi.


Concernant le but personnel, un autre élève suggéra :
« l’altruisme, aider les autres ».
G. I. Gurdjieff de prendre la parole :
L’amour de l’humanité, l’altruisme, ce sont de très jolis mots,
mais ils n’ont de sens que lorsqu’un homme est capable,
suivant son propre choix et sa propre décision,
d’aimer ou de ne pas aimer,
d’être un altruiste ou un égoïste.
Alors son choix a une valeur.
 
Mais s’il n’y a aucun choix, s’il ne peut pas faire autrement,
s’il est seulement ce que le hasard l’a fait ou est en train de le faire,
un altruiste aujourd’hui, un égoïste demain,
et de nouveau un altruiste après-demain,
quelle valeur cela peut-il avoir ?
 
Pour aider les autres, un homme doit apprendre d’abord à être un égoïste,
un égoïste conscient. Seul un égoïste conscient peut aider les autres. (…)


G. I. Gurdjieff de conclure, au sujet du « but personnel » :
Parmi les buts exprimés, le plus juste est sans conteste celui d’être « maître de soi »,
parce que, sans cela, rien d’autre n’est possible.
Et en comparaison de ce but, tous les autres ne sont que des rêves d’enfants, (…)





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