jeudi 8 juin 2017

Compétition et conflits, les tricheurs (III)

Introduction : ce qui ressort de l’histoire des danseurs

Revenons sur le "roman" My Ishmael de Daniel Quinn.
Suite à l’histoire métaphorique des danseurs,
Ishmael d’expliquer à Julie, concernant l’agriculture :
(…) Quand votre "révolution" a commencé (il y a environ dix mille ans),
les gens qui existaient depuis deux cent mille ans étaient aussi futés que toi.
Chaque génération a eu son lot d’esprits doués.
Mais il n’est pas besoin d’être un génie pour découvrir que les plantes poussent
à partir des graines et qu’il est bon de planter quelques graines en terre
quand on quitte une région pour une autre.
Pas besoin d’être un génie pour faire un peu de sarclage et de désherbage. (…)
La jeune fille de s’assurer avoir bien compris la métaphore des danseurs,
ainsi que le tour de force de Ceux-qui-prennent :
- (…) vous dites aussi que la véritable innovation de notre culture
ne fut pas de faire pousser les aliments, mais de les mettre sous clef.
- Oui, c’est là que tout s’est joué en effet. (…)

Ishmael demande à Julie : qu'est-ce que « démontre cette histoire (des danseurs) ? »
Julie de répondre :
Elle démontre qu’on nous a présenté comme allant de soi
un certain nombre de mensonges.
Premièrement, qu’il y a dix mille ans, tous les hommes ont abandonné
la cueillette pour s’établir comme fermiers.
Deuxièmement, que les humains attendaient cet événement depuis la nuit des temps.
Troisièmement, que notre mode de vie étant le mode de vie dominant,
tout le monde doit l’adopter comme étant le seul bon,
celui pour lequel nous sommes tous faits.

Commentaire : imposer ses idées, volonté et certitudes, est violence.
Par exemple, une telle posture « notre mode de vie et notre culture sont les seuls valables »
annihile la culture des autres (et donc, anéantit leurs idées et volonté de vivre autrement)…

La violence vient des idées, car certaines idées privent de la liberté
notamment de vivre comme on le veut.
Cette privation de liberté tend à exacerber l’agressivité de certains,
et "étouffe" l’élan, la flamme intérieur, des autres (de la plupart),
qui dansent et dansent, en oubliant de s’écouter.

La violence paraît s'être développée en même temps
que nos facultés intellectuelles de calculateurs (agriculture intensive et élevage d’animaux).
« Danser plus, pour avoir plus de nourritures préférées ».


Concernant la compétition et les conflits entre les peuples primitifs

Je continue de rendre compte de ma lecture de My Ishmael,
car D. Quinn aborde la compétition et les conflits, ce qui est important
puisque ce sujet touche à notre façon d'être en relation les uns avec les autres.

De nos jours, la non-violence est un thème à la mode.
On veut la paix.
Remarque :
la plupart des gens instruits n’aiment pas, ont peur et évitent les conflits ouverts,
pour leur préférer les coups retors, à couvert et indirects.
Au sein d’un système qui, du simple fait de son "existence", génère de la violence,
plaider la non-violence me semble aussi vain que de souffler contre le vent.
Un exemple d’inconséquence : fabriquer des armes tout en évoquant la paix.

Revenons au roman, le gorille poursuit son instruction :
Julie, au point où nous en sommes, il me semble utile
de faire quelques commentaires d’ordre général sur la compétition
telle qu’elle se pratique dans la communauté du monde vivant.
Remarquons comment l'auteur désigne Ceux-qui-laissent (les primitifs) :
la communauté du monde vivant (à méditer).
(…) Un ensemble de règles ou de stratégies s’est développé dans la communauté
du vivant qui garantit une compétition active, mais limitée, entre les espèces.
En gros, on peut les résumer ainsi :
"Battez-vous tant que vous le pouvez, mais sans vous acharner sur vos concurrents,
sans détruire leur nourriture ni les empêcher d’y accéder."
Il m'est venu un exemple de notre perfidie : le massacre des bisons,
dans le seul but d'asservir les Natifs d'Amérique qui résistaient encore.
Avec nos mots d'aujourd'hui, on peu évoquer un crime contre l'humanité
(le plus grand génocide de tous les temps) et contre une espèce animale.

Ishmael de poursuivre : 
(…) C’est pourquoi les règles qui régissent la compétition entre espèces sont,
et doivent être, très différentes des règles qui régissent la compétition
interne à l’espèce.
La compétition interne est toujours plus âpre, car les membres d’une espèce donnée
sont voués à se faire concurrence pour obtenir les mêmes ressources

(
ce qui n’est pas le cas dans le cadre d’une compétition entre deux espèces différentes,
puisque les besoins en ressources sont différents d’une espèce à l’autre,
explique D. Quinn)
.
(…)
En gros, la stratégie suivie par chacun des (primitifs) peut se résumer ainsi :
"En cas de conflit, sois agressif, mais abandonne si l’autre est plus grand que toi,
sauf si l’objet de votre querelle t’est indispensable. Dans ce cas, montre les dents,
pour voir si l’autre est prêt à renoncer. S’il réagit en devenant plus agressif, file,
sauf si tu as vraiment besoin de l’objet convoité et que tu te sens en veine." (…)
La plupart des espèces terrestres résolvent leurs conflits internes de cette manière.
(…)
Où que tu ailles dans l’univers, tu verras qu’il n’est pas bon
d’avoir à combattre à mort pour la moindre parcelle de nourriture.

D. Quinn aborde le sujet du territoire, de l’appropriation des terres.
Ishmael d’expliquer à Julie :
(…) j’ai estimé préférable de remettre à plus tard la question fondamentale
du territoire. (…) Les humains la comprennent mal chez les animaux,
car ils y projettent leurs propres concepts. Un groupe humain commencera
en général par mettre la main sur un territoire, qu’il considérera comme lui
appartenant. (…) Les hommes supposent donc qu’un animal fait le même genre
de déclaration quand il marque un territoire de son odeur. Cet anthropomorphisme
conduit à bien des confusions, non seulement parce que les animaux sont incapables
de ce genre d’abstraction
, mais aussi parce que cela ne présente pour eux aucun intérêt.

Les premiers primitifs vivaient dans les arbres (selon l’auteur)
et appliquaient le « chacun-pour-soi » notamment en cas d’attaque de prédateurs.
Mais, au fil du temps et des changements climatiques,
ils ont vécus de plus en plus sur terre ferme.

Ishmael de poursuivre :
(…) Désormais, ils doivent faire bloc et se défendre en groupe.
L’individu qui part de son côté risque fort de finir le premier
dans le ventre du prédateur. (…)
Pour compenser ce manque (les difficultés d’une vie à terre),
ils développent peu à peu une nouvelle capacité,
celle de travailler en équipes ; grâce à elle, ils deviennent bons chasseurs,
ce dont leurs ancêtres s’étaient très bien passés.
La compétition intra-espèces a elle aussi changé de nature.
Même si des individus rivalisent pour l’obtention des ressources,
la réussite de chaque individu dépend également
de sa coopération avec d’autres pour assurer la réussite du groupe. (…)

Les groupes s’organisent, chacun à sa façon, selon sa culture.
Les individus développent un esprit de groupe.
Des groupes progressent plus rapidement que d’autres.
Les individus ont commencé à transmettre à leurs enfants leurs connaissances.
Apparition de l’héritage culturel.
Ishmael d’expliquer :
(…) les lois tribales. Elles n’ont qu’un point en commun :
ce ne sont pas des listes d’interdits,
plutôt des manières de régler les problèmes qui se posent
inévitablement dans toute vie communautaire. (…)
Contrairement aux lois que tu connais, Julie, ces lois-là
n’ont pas été formulées par un comité.
Comme les stratégies de compétition, elles sont nées et ont évolué
parmi les membres de la tribu grâce à un filtrage permanent
qui a fait rejeter à ceux-ci ce qui ne marchait pas
ou ne correspondait pas à leurs désirs,
et cela durant des dizaines de milliers d’années.
(…)
les lois de chaque tribu représentent la volonté de la tribu.

Elles s’inscrivent dans le contexte général de la culture
et prennent ainsi tout leur sens.
(…) Les lois tribales représentent ce qui fait
l’identité propre (de chaque tribu).
Contrairement à vos lois, Julie, qui sont en grande partie inutiles,
ignorées, méprisées et sujettes à bien des fluctuations,
elles remplissent leur fonction année après année,
de génération en génération, à travers les âges.
Voici un exemple de l’harmonisation (naturelle) de vie entre les diverses tribus :
En pratique, cela signifie que si (une tribu) ne vous cherchent pas d’ennuis,
il ne faut pas les provoquer ; dans le cas contraire, il ne faut pas hésiter
à leur rendre la pareille.
Et même si (une tribu) vous laissent en paix, il est bon
de les asticoter de temps en temps.
C’est cela, ne pas être trop prévisible.
Bien-sûr, ils prendront leur revanche,
mais c’est le prix à payer pour qu’ils sachent que vous êtes là
et que vous ne vous êtes pas ramollis.
Une fois que le score a été déclaré nul, le moment est venu
de rassembler tout le monde pour fêter la réconciliation
(entre les tribus belliqueuses),
célébrer l’amitié de toujours et faire un peu de frotti-frotta
dans le but de favoriser les mariages intertribaux,
car il n’est pas bon de se marier toujours entre membres d’une même tribu.
Cette stratégie d’attaques-surprises peut sembler assez combative,
mais en réalité elle favorise la paix.
(…) ils sont en état de guerre permanent, mais à un très faible niveau.

Il a suffi d’une tribu (dénaturée, irrespectueuse, cupide et obnubilée par des idées)
pour changer le fonctionnement intertribal multimillénaire
et corrompre de la sorte l’harmonie générale.

Ishmael demande à Julie :
- Pourquoi (cette tribu) se contentent-ils de riposter aux attaques de leurs voisins
et de lancer à l’occasion une attaque contre eux ?
Ils pourraient les anéantir
une bonne fois pour toutes, non ?
- Pourquoi feraient-ils ça ?
- La question n’est pas là, Julie. (…) supposons (…)
- Cela change complètement les règles du jeu.
- Continue.
- Ce serait comme d’accepter de jouer à pile ou face
pour ensuite refuser de se plier à l’issue du jeu.
- Pourquoi cela, Julie ?
- Parce que (cette tribu) ne pourront pas se venger si vous les exterminez.
La règle du jeu dit : "Vous savez que je prendrai ma revanche si vous m’attaquez,
et je sais que vous prendrez la vôtre si je vous attaque."
- C’est juste. Et alors, Julie ? Supposons que les (une tribu) aient anéanti (une autre tribu).
Que vont en penser les autres (diverses tribus aux alentours) ?
La lumière se fit enfin dans mon esprit. «  Je vois où vous voulez en venir, maintenant.
Voici ce qu’ils diront : "Si (cette tribu) se mettent à anéantir
leurs adversaires,
nous devrons adopter une nouvelle stratégie à leur encontre.

Ils ne jouent plus le jeu des attaques-surprises, mais celui de l’anéantisseur.
Il faut les traiter en conséquence. Sinon, ils finiront par nous anéantir nous aussi."
(…)
Ishmael hocha la tête. « C’est ce que les Amérindiens ont fait
lorsque les colons européens ont fini par dévoiler leur jeu.
Face à l’anéantisseur, ils ont tenté d’oublier leurs petits conflits intertribaux
pour unir leurs forces…
Mais il était trop tard. »

Commentaire : je comprends que ce qu’il s’est passé sous nos cieux il y a dix mille ans
– soit : la prise de pouvoir d’une tribu imposant sa culture aux autres tribus –,
s’est à nouveau passé dès 1492 sur la terre d’Amérique, où,
selon les dernières estimations, ils auraient été des centaines de millions
d’indigènes primitifs (des Ceux-qui-laissent), avant l’arrivée des colons !

Politique d’anéantissement de Ceux-qui-prennent,
n’ayant tenu compte d’aucune "loi" naturelle,
ne faisant preuve ni de respect ni de compassion ni de tolérance
pour une culture différente, pour un Rêve ou une simple envie de vivre autrement ;
et cette intolérante fermeture au vivant est subie au sein même de sa population,
par ceux qui seraient disposés à « prendre-moins » et/ou à vivre autrement.

Peut-être comprenez-vous pour quelle raison j’ai titré « genèse de la violence »
la précédente publication ?

De vouloir concrétiser des idées (ou celles des experts), plutôt que de continuer à écouter notre corps,
est violence envers soi-même (car cette dynamique n’est pas naturelle et donc, anormale).
Et il y a la violence de ceux qui obligent les gens, en acculant, à danser beaucoup d'heures,
c’est-à-dire que d’avoir imposé leurs idées, ou Culture, a donné naissance à la violence,
notamment contre ceux qui auraient préféré vivre libre, soit :
sans appropriation de terre ni autre, comme Ceux-qui-laissent.

Réfléchir :
si tout est à disposition (cueillette et, pour les amateurs, chasse,
ainsi que, pour les volontaires, de l’agriculture juste pour ses besoins)
pourquoi s’approprier, pourquoi vouloir prendre pour mettre sous clef ?

"Ils" ont poussé le vice jusqu’à écrire des Textes servant Mère Culture de Ceux-qui-prennent,
dont l’un énonce, dans la Genèse, qu’auparavant, le monde était un Eden, un paradis,
où tous de vivre heureux, insouciants, nus, etc.,
ce qui correspond, effectivement, aux centaines de milliers d’années
de vie selon la Culture de Ceux-qui-laissent, soit :
avant, nous étions primitifs, cueilleurs, chasseurs, agriculteurs,
et libres de nous déplacer comme nous le voulions,
sans connaître la violence (si ce n’est celle des bagarres) ni le Mal.
Puis, nous sommes expulsés du paradis,
pour nous retrouver dans le monde de… Ceux-qui-prennent,
où il faut mériter sa nourriture notamment en dansant (ou en vendant son Q).
Des frères s’entretuent car Dieu fait la fine bouche devant les offrandes de certains…

An 2017, mission quasiment remplie : la population du monde entier, à ~80 %,
danse et adopte le même style de vie.
L’on parle de « pensée unique », « mondialisation », « nouvel ordre mondial ».


8 commentaires:

  1. Bonjour Eric,
    ça fait penser à une citation qui je ne connais plus mais en gros,
    "Si tu n'as pas besoin de ce que cette culture à a t'offrir c'est là que tu deviens dangereux pour celle-ci"...Et après "tu bosses pour des chaussures à 200 boule, une voiture, une équipe de foot, enfin juste pour claquer tes tunes dans des boîtes à fric". Coluche disait "sois fainéant, croyons nous encore que l'unité fait la force :)

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    1. Bonjour et merci Cres, ces citations ont leurs places ici,
      elles me font penser que en toi aussi ces mots résonnent.

      La première est cinglante, c'est exactement ça !
      ;)

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  2. Et on continue de voir d'un mauvais œil ( pas moi !) les décroissants, ceux qui veulent vivre autrement dans une yourte par exemple, ceux qui ne veulent plus travailler, ni payer...
    Je finirai par une citation anonyme :
    " Les chefs d'orchestre se divisent en trois catégories : - ceux qui laissent jouer - ceux qui font jouer - ceux qui empêchent de jouer." Ne pourrait-il pas y avoir un peu plus de chefs d'orchestre qui laissent jouer ?

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    1. Oui, c'est ça, Vi.
      Des chefs qui laissent jouer ?
      Pas dans cette culture Ceux-qui-prennent, incompatibilité,
      perte de contrôle, risque d'initiative créative (quelle horreur !)
      :)) et au quotidien :(
      Pas de chef.
      Un orchestre où chacun jouerait en écoutant les autres...
      ;)

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  3. Eric,
    Je rejoins Vi tous ceux qui n'entrent pas dans le moule sont jugés, suspects. Alors que c'est notre propre moyen d'exister, chacun à sa manière, à son rythme. Article fort qui donne à réfléchir comme toujours.
    Belle journée à toi.
    Thierry

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    1. Oui (concernant ceux qui n'entrent pas dans le moule) et plus que ça :
      ils deviennent dangereux (comme le dit la 1ère citation laissée par Cres).
      C'est pourquoi je me méfie de ce terme "terroriste".
      Avant, c'était "hérétique". Des termes fourre-tout pour justifier la torture et la mise à mort notamment des opposants...
      A + Thierry

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  4. J'ai lu un jour sur un tableau noir "l'anarchie c'est l'ordre sans le pouvoir" ... au-delà de cette citation, je me souviens qu'à maintes reprises en lisant ce livre m'est venue la question du nombre ... j'entends du nombre de personnes, ce qui est/semble possible dans un groupe, une tribu, un clan, l'est-il aussi pour des milliers, millions, milliards de personnes ?

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    1. Aïe, Redelf, la question qui tue, dérange, met mal à l'aise !
      Vite, passons à autre chose...
      :o
      :))
      Je ne peux que donner mon avis : non (à ce que tu soulèves judicieusement sur le nombre). Nous sommes trop nombreux, beaucoup, beaucoup trop.
      Et tous (env. 80 %) sommes dépendants de la machinerie = supermarchés, danser pour avoir un compte en banque, etc. Nous ne saurions plus cueillir et chasser, nous débrouiller hors ville (ou organisation sociale).
      Un autre facteur à considérer : nous avons détruit tant de forêts, que la question se pose : comment feraient entre 7 et 8 milliards d'individus pour se nourrir (cueillette rare et des animaux sauvages, y en presque plus) ?
      Sans parler de l'eau potable, qu'ils sont en train de privatiser,
      de mettre sous clef !

      Voilà pourquoi tu poses La question.
      Voilà pourquoi, je crains fort que ça finisse dans un bain de sang.

      Comme échangé il y a peu avec Tmor, le système implose car il atteint ses limites notamment le fait qu'il n'y a plus de nouveaux territoires à exploiter (une fois les dernières forêts rasées),
      c'est sûrement une des raisons pour lesquelles ils espèrent tant trouver une planète habitable, dansable, rentable...
      Cette machinerie a besoin constamment de carburant ou énergie.
      Une fois toute surface terrestre exploitée,
      que lui donnerons-nous comme combustible ?

      J'en suis là : comment penser la suite, sachant que nous sommes complètement dépendants du système et que nous sommes trop d'humains
      pour revenir à un mode de vie Ceux-qui-laissent ?

      Cela nous amène au début de ton com, à l'anarchie, qui nous ramènerait à un mode de vie primitif, ce qui, à mon avis, serait la meilleure chose qui puisse nous arriver.
      Mais, il y a la situation décrite ci-dessus...
      Aïe, aïe-aïe-aïe...

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