La peur est la petite mort qui conduit à l'oblitération totale. La peur tue l'esprit.
J'affronte ma peur. Je lui permets de passer sur moi, au travers de moi.
Et lorsqu'elle sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur son chemin.
Et là où elle sera passée, il n'y aura plus rien. Rien que moi.

mercredi 7 février 2018

S'identifier, et s'oublier (G XVI)

Rappel du dernier paragraphe de la précédente parution :
Mais l’homme n’oublie jamais rien plus facilement
que ce qui a trait à lui-même,
par exemple : ces « photographies mentales" qu’il a pu prendre.
Et ses opinons, ses théories se trouvent, de cette façon,
dépourvues de toute stabilité et de toute précision.
 
L’homme ne se rappelle pas ce qu’il a pensé ou ce qu’il a dit ;
et il ne se rappelle pas « comment » il a pensé
ou « comment » il a parlé.

G. I. Gurdjieff continue, en expliquant les causes de « l’oubli de soi » :
Ceci, à son tour, est en rapport avec l’une des caractéristiques fondamentales
de l’attitude de l’homme envers lui-même et envers son entourage, à savoir :
sa constante "identification" à tout ce qui prend son attention,
ses pensées ou ses désirs, et son imagination.
"L’identification" est un trait si commun que,
dans la tâche de l’observation de soi,
il est difficile de la séparer du reste.

G. I. Gurdjieff poursuit sur le sujet de l’identification,
une manie à l’en croire :
L’homme est toujours en état d’identification ;
seul change l’objet de son identification.
 
L’homme s’identifie à un petit problème qu’il trouve sur son chemin
et il oublie complètement les grands buts qu’il se proposait au début de son travail.
 
Il s’identifie à une pensée et il oublie toutes les autres. 
Il s’identifie à une émotion, à une humeur,
et il oublie ses autres sentiments plus profonds.
 
Les deux ou trois arbres les plus proches viennent à représenter pour eux toute la forêt. 
L’identification est notre plus terrible ennemi parce qu’elle pénètre partout.
Au moment même où nous croyons lutter contre elle, nous sommes encore sa dupe.
Et s’il nous est si difficile de nous libérer de l’identification,
c’est que nous nous identifions plus facilement aux choses
qui nous intéressent davantage,
celles auxquelles nous donnons notre temps, notre travail et notre attention.
 
Pour se libérer de l’identification,
l’homme doit donc être constamment sur ses gardes
et impitoyable envers lui-même.
C’est-à-dire qu’il ne doit pas avoir peur
de démasquer toutes ses formes subtiles et cachées.
 
Il est indispensable de voir, d’étudier l’identification,
afin d’en déceler en nous-mêmes jusqu’aux racines les plus profondes.
Mais la difficulté de la lutte contre l’identification s’accroît encore du fait que,
lorsque les gens la discernent, ils la regardent comme une qualité excellente
et lui décernent les noms d’ "enthousiasme", "zèle", "passion",
"spontanéité", "inspiration", etc.
(…)
L’homme identifié n’est plus qu’une chose, un morceau de viande ;
il perd jusqu’à ce peu de ressemblance qu’il avait avec un être humain.
(…)
Regardez les gens dans les magasins, les théâtres ou les restaurants.
Voyez comme ils s’identifient avec les mots quand ils discutent
ou essaient de prouver quelque chose,
particulièrement quelque chose qu’ils ne connaissent pas.
Ils ne sont plus que désir, avidité, ou « paroles » :
d’eux-mêmes, il ne reste rien.
 
L’identification est le principal obstacle au rappel de soi.
Un homme qui s’identifie est incapable de se rappeler lui-même.
Pour pouvoir se rappeler soi-même,
il faut d’abord « ne pas s’identifier ».
Mais pour apprendre à ne pas s’identifier,
l’homme doit avant tout « ne pas s’identifier avec lui-même »,
ne pas s’appeler lui-même "moi", toujours et en toutes occasions.
(…)
Tant qu’un homme s’identifie ou est susceptible de s’identifier,
il est l’esclave de tout ce qui peut lui arriver.
 
La liberté signifie avant tout : se libérer de l’identification.

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