La peur est la petite mort qui conduit à l'oblitération totale. La peur tue l'esprit.
J'affronte ma peur. Je lui permets de passer sur moi, au travers de moi.
Et lorsqu'elle sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur son chemin.
Et là où elle sera passée, il n'y aura plus rien. Rien que moi.

dimanche 19 septembre 2021

Ici, un lieu ailleurs

Ma gratitude à l'égard d'un généreux personnage hors norme.

 
Je me souviens de mon arrivée en ce lieu, en marchant, le sac au dos.

Les vacances d'été débutaient, les prix augmentaient : je commençais à appréhender la suite du périple.

Cela faisait un peu plus d'un mois et demi que j'étais en vadrouille, officiellement en pèlerinage.
Depuis mon dernier domicile, j'ai marché, fais du stop et pris des autobus.

J'avais repéré cet endroit une semaine auparavant, depuis un bus.

Ce jour-là, en fin de matinée, j'ai voulu me renseigner au camping d'un village,
mais les gérants s'étaient absentés pour se rendre à un enterrement.
À pied, j'ai ensuite grimpé un col.
C'est en marchant qu'on découvre des gîtes pas forcément signalés.
En chemin, je me suis arrêté vers un gîte, au calme, dans un grand domaine.
Les propriétaires étaient absents mais des employés m'ont informé que le gîte serait plein dès le lendemain.
J'ai poursuivi ma route. Longeant le sommet du mont, après une marche harassante,
j'ai trouvé un camping qui ne louait ni caravane ni bungalow ni autres que des emplacements.
Je n'avais pas de tente ni moyen de me faire à manger, rien que mon sac à dos.
Déçu et fatigué, je suis revenu au village où il y avait un arrêt d'autobus.

C'est suite à cette débâcle que je me suis souvenu de l'endroit entraperçu depuis la route.
Il me faut aller voir cet endroit, pensais-je.
Après un trajet en bus, j'ai marché.

Je suis arrivé ici tôt l'après-midi, vers 15h., heure de la fin de sieste.
Il faisait chaud, le soleil cognait fort.
L'accueil du lieu était fermé.
Sur la porte était affiché un numéro de téléphone.
Je n'avais pas de téléphone pour pouvoir appeler.

Il y avait des chaises placées à l'ombre de grands arbres. Je m'y suis assis, délesté du sac.
Derrière moi se trouvait la cour-terrasse grillagée d'une vieille et grande bâtisse.
Un gars est passé en voiture, s'est arrêté et m'a informé que le gérant « est parti par là,
il faut lui téléphoner
». J'ai répondu que j'allais attendre, que j'avais le temps.

Fatigue. Me reposer.

Après un moment, j'ai entendu marcher dans la cour.
Je me suis levé pour appeler « hep, s'il vous plaît ».
L'homme, occupé, s'est engouffré dans une pièce du domaine sans me "calculer".
J'ai pensé qu'il était un employé.
Je me suis assis à nouveau. C'était calme, apaisant.
Au bout d'un moment, j'ai entendu à nouveau marcher dans la cour.
Je me suis tourné et vis l'homme. Je l'ai appelé plus fort, en insistant.
Cette fois, il m'a entendu et s'est rapproché de la grille.
Moi : « est-ce possible de louer une caravane ou un bungalow ? »
Lui, vague : « hum, peut-être, il faut voir. Les caravanes ne sont pas prêtes.
Je ne sais pas où se trouve tel gars. Pouvez-vous revenir demain ?
»
Moi : « euh, ça ne m'arrange pas tellement. Pouvez-vous au moins me dire si c'est possible ? »
Lui : « bon, attendez ici 1/4 d'heure et je reviens. J'vais voir. »

Sieste.
Pourvu qu'il me trouve quelque chose, c'est chouette ici.

Il est revenu ~1 heure plus tard en me disant « venez avec moi ».

Il n'était pas l'employé, il était le gérant, le propriétaire du domaine.

C'était le 8 juillet 2021.


Nous sommes aujourd'hui le 1er septembre de la même année
et je me demande : qu'est-ce qui me retient ici ?

C'est un endroit où l'on se sent « hors espace-temps » (Elsa).
Un lieu insolite où l'on se sent hors agitation civilisée.
Le modernisme et sa technologie y côtoie l'intemporel
ainsi que l'humidité ambiante de l'environnement verdoyant.

Sentiment plaisant de pouvoir être, en me laissant être, à mon rythme,
en restant connecté au rythme des éléments naturels, des arbres, du vivant.

L'ambiance décontractée est générée par l'hôte, sa personnalité, son état d'esprit.
Ce dernier insuffle en ce lieu un lâcher prise ainsi que la tranquillité, la détente.
Sans règlement ni interdiction (hormis l'administratif), il est parvenu
à instaurer des limites allant de soi ; et ça fonctionne.
Les résidants de courte ou longue durée respectent autant le lieu que le personnage.
Il me semble que la personnalité du propriétaire encourage à se prendre en charge
et à la responsabilité de ses actes.
Cet endroit attire toutes sortes de gens, jeunes et âgés,
BCBG et décontractés, conformes et marginaux, riches et pauvres.

L'air de rien, le propriétaire est perspicace et, surtout,
il paraît "saisir" les gens, leurs besoins.
Il ne court pas après l'argent, la rentabilité.

Sans revendiquer quoi que ce soit,
Monsieur C. fait ce qui lui plaît, quand ça lui plaît ;
et ses hôtes pareillement, sans débordement.

Pour moi, c'est comme un lieu de transition où je peux m'octroyer le temps qu'il me faut,
sans me ruiner financièrement.
J'y respire et y dors bien.
Être ici est comme se retrouver entre parenthèses.
Se retrancher entre des parenthèses n'est pas du tout évoluer dans une bulle hors réalité.
Au contraire, ici, on peut se retrouver et faire le point sur sa situation en ce monde
en écoutant les oiseaux, les insectes, les feuilles d'arbres secouées par le vent...


 

8 commentaires:

  1. Et bien il a l'air génial ton lieu, il me fait penser au terrain de ma nièce, je repense à mes bonnes nuits à côté du ruisseau qui les a bercées ! je repense au temps qui n'avait plus de prise sur nous, je repense au groupe qui fonctionnait à merveille s'occupant des tâches essentielles d'un commun accord pour faire plaisir à tout le monde. :D

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    1. En te lisant, je me dis que tu décris parfaitement l'ambiance.
      ;)

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  2. Ça me parle, ton image des parenthèses.
    http://thierrymoral.fr/2021/09/14/dessin-poeme-texte-2/

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  3. L'essentiel ... je te fais la bise

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  4. Trebuie să fie un loc frumos și interesant! Captivantă narațiune. Mulțumesc.

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